E CONTEUR DU BAGNE
ils ouvriraient à leurs yeux l'horizon de l'avenir, leur montreraient le travail régénérant l'homme pervers, la religion l'absolvant de ses fautes. Ils leur promettraient un appui quand l'heure de la libération sonnerait pour eux, et ces bannis reprendraient confiance et courage.
Nous le disons avec la conviction que les condamnés et les administrateurs eux-mêmes y gagneraient : moins d'argousins et plus d'aumôniers ; moins d'articles de code, plus de paroles d'Évangile; moins de règlements mais une bibliothèque dans laquelle les malheureux puissent trouver un volume qui les instruise, les console et les fortifie.
Nous sommes loin des temps où la justice tortionnaire croyait avoir besoin , pour se grandir, de l'épouvantable appareil de la question et des raffinements de la barbarie.
Les archives des galères ne contiennent aucune ordonnance antérieure à celles du règne de Charles IX. Une des lois réglementaires de ce prince défend aux parlements de condamner à une peine au-dessous de six années de galères, parce que « trois années étant né- (c cessaires pour enseigner aux forçats le métier de la vague « et de la mer, il serait très- fâcheux de les renvoyer étiez « eux au moment où ils deviennent utiles à l'État. » Une autre ordonnance défend au général des galères de congédier les hommes qui y sont condamnés, quel que soit le temps qu'ils ont à faire, à moins qu'ils ne soient devenus impropres au service de la mer. Le marché passé
entre le bourreau et le général des gaières porte que l'exécuteur recevra :
Pour rompre. . . .
Pour pendre. . . .
Pour brûler vif. . . Pour couper les oreilles Pour couper le nez .
Pour percer la langue
20 livres,
Tout condamné convaincu d'avoir frappé un souscôme ou tout autre employé des galères, môme un simple pertuisanier, avec un instrument en fer, était rompu. A la première évasion, on lui coupait une oreille; à la seconde, on le condamnait à vie et on lui coupait le nez. Le blasphémateur avait la langue percée d'un fer rouge. Aujourd'hui le système des punitions au bagne s'est, on le voit, bien adouci, et le temps ne fera qu'améliorer la position des infortunés qui y sont renfermés pour un temps plus ou moins long. Les chiourmes deviendront moins rigoureuses, les chaînes plus légères, la bastonnade moins fréquente ; on supprimera l'accouplement de ces malheureux qui se trouvent porter en réalité deux crimes au lieu d'un, et se gangrènent complètement au contact des êtres à qui le hasard les lie : supplice rappelant trop celui inventé par Mézence , qui faisait attacher des êtres vivants à des cadavres. L'homme qui a raillé toute vertu, et dont la main dégoutte encore du sang versé, qui parle une langue infâme, sera-t-il sans