‹ L'ange du bagneChapitre 7 sur 17 · LE COXTEUR DU BAU.NE · texte numérisé non relu

LE COXTEUR DU BAU.NE

danger le compagnon de l'infortuné qu'un moment d'oubli précipita dans le gouffre? S'il envisage le scélérat sans frémir, n'est-il pas près de ne point s'indigner du forfait? S'il cesse d'être lui pour devenir semblable aux vétérens du bagne, n'est-ce pas pour une perversité plus grande et des actes plus coupables encore qu'on semble le réserver ! Que le châtiment ne soit pas une cause de dégradation, que la justice ne dégénère pas en vengeance, que le bagne devienne un lieu de repentir et non pas une école de mauvaises mœurs. L'assainissement de l'esprit doit être le résultat de la punition infligée par la société.

Voilà ce que disait souvent l'abbé Pascal à l'administrateur, homme éclairé, sérieux et bon, qui trouvait dans sa position une responsabilité énorme, acceptait sa tâche comme un sacerdoce tenant à la fois du mandat du juge et du ministère du prêtre, et ne cessait de chercher avec l'aumônier le moyen d'alléger les immenses douleurs qui se concentrent dans les prisons. De grandes améliorations avaient signalé l'union intime du prêtre et du commissaire; ils s'estimaient et s'aimaient. Quand l'autorité ne pouvait faillir, le ministre saint avait le droit de demander grâce et les forçats reconnaissants s'attachaient à l'abbé Pascal par les liens de la reconnaissance. La reconnaissance! ah! ce sentiment ne meurt jamais, même dans les âmes que l'on croit le plus envahies par le mal. Le besoin de remercier, de bénir, de rendre grâce est inhérent au cœur de l'homme. Et qui sent mieux le prix d'une

douce parole, d'un regard de pitié, d'un geste affectueux que le banni du monde qui a perdu ses droits, son rang, son costume, et ne garde qu'un numéro d'ordre et est coiffé d'un bonnet rouge ou vert!

Le forçat! nous nous sentons pris pour lui d'une pitié immense! non pas à la manière de ceux qui ont voulu faire au crime une apothéose et rendre le scélérat intéressant et poétique, nous avons pitié de ces êtres que l'abandon de la famille jeta sur la voie publique, que la mendicité conduisit par le vol dans la maison de correction où leur âme s'endurcit; la maison de correction à la prison, et la prison au bagne i Ont-ils eu une mère? Beaucoup ne l'ont jamais connue; d'autres se souviennent qu'une femme les encourageait à l'escroquerie et les battait quand ils' rentraient les mains vides. Ce qu'ils apprirent, c'est d'abord à enlever adroitement de menus objets aux étalages des boutiques, puis à couper habilement une poche, à dérober une montre, à crocheter une porte... Une fois pris, condamnés, libérés, ils sont sans état, sans moyen d'existence, ils retombent entraînés par les mauvais conseils de leurs complices. Oui, nous avons pitié d'eux, nous avons plus d'une fois senti nos cœurs se fondre en songeant à leurs misères, et nous pensons que l'œuvre qui manque encore au xixe siècle, l'œuvre que bénirait la société tout entière est celle qui donnerait un asile, du travail et une existence paisible au forçat qui sort du bague. C'est à ce but que tendait l'abbé Pascal dont la fortune diminuée de moitié avait servi à faire construire une im-

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