‹ L'ange et le prêtreChapitre 18 sur 25 · LE PRÊTRE SÉRAPHIN · texte numérisé non relu

LE PRÊTRE SÉRAPHIN

il pas être lui-même comme un foyer d'amour auquel viendront se réchauffer les froides ou les lièdes et s'embraser celles qui sont déjà ferventes ? L'amour doit donc animer toutes ses actions, enflammer toutes ses paroles, se révéler^ en ses entretiens, ses exhortations, ses sollicitations, ses entreprises.

Comme chaque Séraphin du ciel et comme le Rédempteur lui-même, tout Prêtre doit pouvoir dire aux ânies vers lesquelles il est envoyé : Je vous apporte le feu du divin amour et je n'ai pas d'autre désir que de vous en embraser.

Que serait, au milieu de ses frères, un prêtre sans amour, sinon un foyer éteint, n'ayant pas une étincelle à o-ffrir à ceux dont il devait ranimer les membres engourdis ? Là où le prêtre est froid, tout n'est-il pas froid? là où il est tiède tout n'est-il pas tiède ? et là où il est plein de feu, tout ne participe-t-il pas bientôt à ses ardeurs? Le degré d'amour dans le troupeau correspond au degré d'amour dans le pasteur. Oui aime fait aimer. Qui n'aime pas ne fera jamais aimer, eùtil d'ailleurs science, éloquence et tous les dons naturels.

En sortant des entretiens et des plus simples conversations du prêtre, il faut que les fidèles puissent dire comme les disciples d'Emma us : Nonne cor nostnim ardens erat in nobis, dam loqiierelur nobis in via ?

Tout prêlre ne devrait-il pas rivaliser d'amour avec les Séraphins du ciel? Il en est qui l'ont fait. Oui aura dans l'éternité l'honneur d'avoir produit le plus grand amour de Dieu ? Sera-ce un confesseur, un martyr ou quelqu'un des purs esprits Ce devrait èlre un Prêtre.

Fondez, ô brûlants Séraphins, la glace de mon cœur et obtenez-moi de brûler, comme vous, de tous les feux du divin amour, et d'en embraser mes frères.

Le Prêtre sur l'échelle angélique.

Prêtre de Jésus-Christ, arrête un moment ta pensée sur Téchelle mystérieuse que vit Jacob. Elle s'élève jusqu'au ciel et s'appuie au trône de Dieu ; elle descend jusque sur la terre et repose au milieu des hommes. Les anges y sont en continuel mouvement. Ils montent par l'adoration et vont puiser la grâce au sein de l'adorable Trinité; ils descendent parla commisération et viennent répandre la grâce dans le sein des âmes. Ils portent à Dieu les prières et les saintes œuvres des hommes et rapportent aux hommes les trésors de Dieu.

Ne reconnais-tu pas, dans cette angélique vision, la fidèle image de ton ministère et de tes fonctions? Entre le ciel et TÉglise, que d'Anges en mouvement et que de prêtres aussi I Chaque jour, tu montes par les exercices de la piété et tu

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rélèves d'autant plus haut, lu approches d'autant plus du trône de Dieu, que ta contemplation est plus simple et plus atTectueuse et que ton cœur est plus pur. Tu es officiellement chargé d'olTrir à Dieu les prières et les œuvres des hommes: les paroi -s du divin sacrifice sont l'expression continuellement répétée de celle ofTrande.

Quand tu redescends vers tes frères et que tu te rapproches d'eux, tu ne quittes point le pied de l'échelle, tu les appelles à toi, pour les mettre en communication avec le ciel. Tu remplis à leur égard ton ministère de miséricorde, et tu le remplis avec d'autant plus de fruit que tu as conversé plus intimement avec Dieu. Tu viens à eux rempli de parfums célestes, revèlu d'une puissance toute surnalurelle. puissant en œuvres de sanctification. Ils comprennent que tu as un instant ([uillé In terre pour aller contempler les cho.-^es divines. Tu n'es plus à leurs yeux un simple homme ; tu es le vrai messager de Dieu.

As-tu connu, sur la terre, des prêtres ne s'élevant point sur l'échelle angélique par la sainte oraison, n'éprouvant ni attrait, ni amour pour les exercices de la piété, et néanmoins puissants en œuvres de zèle et de salut? Quelle stérilité, au contraire, dans le plus auguste et le plus fécond des ministères 1 Quelle absolue impuissance auprès des âmes ! Les moyens purement naturels et humains ne produiront jamais de résultats sur-

LE PRÊTnE SUR, l'Échelle Angélique 109

nalurels et divins. Il ne saurait y avoir cletYct meilleur que sa cause.

Ceux qui savent se dégager de la pesanteur produite par les attaches charnelles et terrestres, qui brisent courageusement les liens des passions, qui ne se laissent entraîner ni à droite ni à gauche par les distractions, qui ne retombent point lâchement après quek|ues efforts, qui savent déployer largement leurs ailes par de célestes aspirations et gravissent chaque jour les degrés de l'échelle angélique, ceux-là sont les vrais puissants, les vrais hommes apostoliques, les vrais sauveurs des âmes, les vrais héros de la sainte Éghse.

Saint Paul et les autres apôtres abandonnaient à leurs disciples certaines fonctions très importantes, mais ils se réservaient toujours le ministère de Toraison et celui de la prédication. Ils regardaient comme indispensable d'aller chaque jour puiser au ciel les trésors qu'ils devaier.l répandre sur la terre.

Ce ne sont point seulement les Anges qui donnent aux prêtres l'exemple de ces ferventes ascensions et de ces miséricordieuses desceaies, c'esl le Rédempteur lui-même, le Roi des Anges, le chef et le modèle des prêtres. Durant --.m vie mortelle, il s'élevait vers son Père en prolongeant SCS oraisons au milieu de la nuit, et, durant le jour, il répandait ses bienfaits et ses grâces sur

les loules pressées autour de lui. Depuis quil est remonté au ciel, il reste uni à son Père dans l'amour de son divin Esprit, mais il descend chaque jour sur l'autel, pour se donner aux âmes. Il a. lui aussi, sa mystérieuse échelle sur laijuelle il est en perpétuel mouvement.

Allons, prêtre de Jésus-Christ, entre et reste à jamais dans ce grand mouvement de la terre au ciel et du ciel à la terre. C'est là ta place; c'est ht ta fonction essentielle. En montant chaque malin, par la contemplation, regarde en haut et ne vois que Dieu. Déploie tes ailes et appuie-les sur les ailes des Anges. En redescendant, ne vois que les âmes et leurs besoins spirituels. Que rien de terrestre ne captive ni tes yeux, ni tes oreilles, ni ton cœur. Les anges aimeront à te voir passer près d'eux et ils te tendront la main comme à un IVère.

Ohl heureux et trois fois heureux le prêtre (pii s'attache à l'échelle angélique, qui s"y plaît, qui y passe les meilleurs instants de sa vie et qui voudrait y mourir !

L'Ange et le Prêtre louant Dieu.

Louer Dieu, c'est la plus douce occupation des bienheureux Esprits : c'est leur joie, leur bonheur, leur vie.

Ils chantent les divines louanges vn neuf Chœurs. Chaque Chœur est comme une corde sonore de la vivante lyre que Dieu s'est créée pour redire ses louanges dans l'éternité.

Us redisent ses perfections et ses mystères avec un enthousiasme et des transports qui jamais ne cessent ni ne se ralentissent.

Ils célèbrent les infinies profondeurs de l'essence divine que ne saurait atteindre la plus pénétrante des intelligences créées, même illuminée par la gloire: la Trinité des personnes ; l'unité de nature; le Fils engendré du Père; le Saint-Esprit procédant du Père et du Fils ; le Père sans autre principe que lui-même; la circuminsersion des

trois per.sonncs; leurs relalions entre elles; leur égalité parfaite ; leur éternité, leur simplicité, leur immensité, leur commune action ; Dieu acte pur.

Ils célèbrent aussi lincflable bonté de Dieu, principe de tout bien, épanchée au dehors, produisant les créatures, les maintenant à Texistence, faisant resplendir en elles sa puissance, sa sagesse, sa beauté; les merveilles opérées dans la création et la glorification des Anges; les merveilles plus touchantes encore opérées en faveur des hommes; la miséricorde apparaissant aussitôt après la cliute ; la promesse et l'envoi du Rédempteur, sa vie, ses actes, sa mort, sa résurrection, sa glorification et la continuation de ses actes damour dans le ciel.

Ils bénissent Dieu, livrant leur intelligence et leur cœur au ravissement de le voir ce qu'il est, éternel, infini, parfait. Ils ne peuvent, dans leur amour, lui souhaiter quoi que ce soit ({uil ne Tait déjà, mais ils le félicitent de tout avoir et appellent toutes les créatures à l'en féliciter avec eux.

Dans la Sainte Eglise, les prêtres ont reçu, comme les Anges, la mission de bénir Dieu, de le bénir chaque jour^ de le bénir non point seulement en son nom, mais au nom de tous les fidèles. Leurs âmes doivent être divinement harmonieuses et faire écho à la voix des bienheureux

l'ange et le prêtre louant dieu 113

Esprits, résonnant la divine louange sans s'arrêter jamais.

En leurs mains a été déposé un trésor qu'ils ne doivent point laisser stérile. La sainte Église Ta formé peu à peu, à travers les âges, en y réunissant les sentiments que Dieu lui-même lui inspira, le Bréviaire, Breviariiim. C'est un abrégé de tous les sentiments qui doivent être produits dans un cœur sacerdotal par la grâce.

Là sont les ardentes adorations de lamour, les volontaires anéantissements de l'humilité, les sublimes encouragements de l'espérance, les beaux exemples de l'immolation, les ferventes invitations à la louange, les appels aux créatures animées ou inanimées, les redoutables rigueurs de la justice, les pénétrantes douceurs de la miséricorde, les louchantes supplications du repentir, les hymnes solennelles de la joie, les paroles de feu inspirées par le Saint-Esprit, les tons variés selon les mystères de la joie, de la douleur, de la gloire.

Prends, ô Prêtre de Jésus-Christ, prends avec respect et amour ce livre que t'a confié la sainte Eglise ; suis les sublimes indications qu'il te donne et réalise en ton cœur les paroles qu'il met sur tes lèvres. Comprends que pour célébrer sa divine louange, tu as besoin de la divine grâce. Pour la redire comme la redirait un ange à ta place, que Dieu lui-même ouvre tes lèvres, qu'il

purifie Ion cœur de toute pensée vaine, perverse, élrangère, qui! illumine ton intelligence et qu'il tembrase du feu de son amour, afin que tu puisses redire ces paroles dignement, respectueusement, dévotement et que tu mérites "dèlre exaucé devant la majesté divine.

Que d'âmes sur la terre ne prient ni ne chantent jamais la louange de Dieu! Tu dois les suppléer afin que la prière et la louange ne se taisent point ici-bas, mais que toujours la terre ait des voix pour faire écho à celles du ciel.

Élève ton regard et prête l'oreille ; vois quelle est l'attitude des Anges en prière et songe à l'expression de leurs accents. Pourquoi ton attitude et tes accents ne seraient-ils pas les mêmes? N'est-ce pas au même Dieu que tu t'adresses ?

N'oublie point que tu préludes aux chants que tu auras à redire avec les Anges dans l'éternité. Montre-toi digne d'entrer dans les rangs de ces célestes musiciens. Si l'harmonie est faible en ta voix, qu'elle soit parfaite en ton cœur: c'est avec le cœur que l'on chante au ciel.

L'Ange et le Prêtre bénissant.

La bénédiction est un souhait cordial et bienveillant. Ce souhait a une efficacité plus ou moins grande, selon le caractère de celui qui le fait et les dispositions de celui qui en est l'objet.

Quand nous bénissons Dieu, nous exprimons les désirs qui sont en nos cœurs, de le voir parlent, servi, adoré, honoré, glorifié.

Quand nous bénissons nos semblables, inférieurs, égaux ou supérieurs, nous leur souhaitons toutes les prospérités véritables, en cette vie et dans l'autre.

Soit que vous nous contempliez du haut du ciel, soit que vous veniez remplir, au milieu de nous, votre ministère de bonté, quels souhaits touchants en vos cœurs, ô saints Anges !

Vous nous souhaitez l'amour de Dieu, la soumission à sa loi, la ferveur à son service, le cou-

IIG l'ange ET LE PRÊTRE

rage dans nos épreuves, la sanclificalion de nos œuvres, la sainteté et toutes les vertus qui la composent.

Vous nous souhaitez de vous ressembler, afin de partager, un jour, votre félicité. Vous nous souhaitez, en un mot, tout ce que des amis célestes peuvent souhaiter à des amis de la terre, tout ce que des frères compatissants peuvent souhaiter à leurs frères éprouvés.

Et en formant ces souhaits bienveillants, vous nous offrez les moyens d'en favoriser en nous la réalisation.

Comme l'Ange, le prêtre est ministre de bénédiction. En son cœur sont tous les souhaits les plus affectueux et les meilleurs.

Le souhait contenu dans sa bénédiction a reçu de son sacerdoce une efficacité spéciale. Le pontife lui a dit, dans son ordination: Oportet sacerdolem benedicere. Et, en consacrant ses mains, il a ajouté: Que tout ce que béniront ces mains soit béni.

Le prêtre exprime, en effet, par le signe de sa main le souhait de son cœur et ce qui le rend efficace. Il bénit, en faisant le signe de la croix, car c'est par la croix que la grâce de la rédemption se répand sur les personnes et sur les choses que bénit le prêtre.

En bénissant les objets matériels, le prêtre les rend respectables et sacrés. Ils ne peuvent plus

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être traités comme le reste, sans profanalion. Ils sont destinés à produire dans ceux qui les vénèrent ou les portent sur eux-mêmes de salutaires impressions.

En bénissant les champs avec les arbres, les fruits, les moissons, le prêtre en éloigne les fléaux et y appelle la pluie, la rosée, les douces températures et tout ce qui en assure la fécondité.

En bénissant les personnes, il appelle sur chacune les faveurs célestes: faveurs spéciales pour le père, pour la mère, pour les enfants, pour les vieillards, pour les malades, pour les infirmes. pour les justes et les pécheurs.

En bénissant. les fidèles avec le corps du Sauveur qu'il élève au-dessus de leurs têtes, il appelle et fait descendre en leurs cœurs tout ce que leur souhaite lui-même le Dieu ami des âmes.

Combien est touchant ce ministère de bénédiction 1 Ministère tout de bienveillance et d'amour! Ministère céleste et divin !

Le Prêtre qui porte en son cœur la bénédiction toujours prête à se répandre sur les âmes, représente le Sauveur lui-même épanchant partout autour de lui ses faveurs divines.

Il bénit dans la prospérité, pour qu'il n'en soit fait aucun abus; dans l'adversité, pour qu'il en soit fait un saint usage. Il bénit ceux qui sont

dans Injustice pour qu'ils y persévèrent, ceux qui sont dans le péché, pour qu'ils se hâtent d'en sortir.

Dans le cœur du ministre de bénédiction, Ange ou prêtre, ne sauraient pénétrer ni l'aigreur, ni la haine, ni la vengeance, et la malédiction serait de sa part, une forfaiture. Le calme de son visage, le sourire de ses lèvres, la sympathie ou la compassion peinte en ses yeux, les paroles bienveillantes et aimables, tout, dans le prêtre, doit annoncer la bénédiction.

Les bénédictions de Dieu renferment tous les biens. Elles font prospérer les familles, fleurir les saintes sociétés, réussir les pieux desseins.

Les bénédictions des parents données à leurs enfants; celles des patriarches, des prophèles, des Apôtres, des martyrs, des saints, ont toujours été fécondes en faveurs de tout genre, comme celles de l'Ange et du prêtre.

Que vous rendrai-je, ô mon Dieu, pour la bonté que vous m'avez témoignée, en me conliant le trésor de vos bénédictions ? Combien je serais coupable en négligeant de les répandre 1 Les répandre doit être ma joie. C'est un talent d'or dont il me sera demandé compte.

0 mon bon Ange, que les souhaits bienveillants débordent toujours de mon cœur comme du vôtre et que pas une seule de mes journées sacerdotales ne s'écoule sans bénédiction, pour

l'ange et le prêtre bénissant 119

ceux qui me haïssent, comme pour ceux qui m'aiment: Maledicimiis et benedicimiis .

Que jamais le souhait malveillant de la malédiction n'effleure ni mes lèvres ni mon cœur. Bénir, bénir affectueusement et avec joie, n'estce pas le moyen d'obtenir sûrement pour moimême la bénédiction de Dieu et la vôtre? iVo/i dimittam te, nisi benedixeris mzVzi. Je vous adresse ces paroles que Jacob adressait jadis à un ange, et je me représenterai chacun de mes frères me les adressant à son tour.

La paternité de l'Ange et du Prêtre.

De quel éclat brille, au sommet de l'adorable Trinité, ce nom vénérable de Père! Il annonce, en celui qui le possède, la source el le principe de toute vie.

La paternité naturelle «[ui perpétue les générations humaines sur la terre, par la transmission de la vie du corps, est une communication de la paternité divine.

La paternité surnaturelle qui perpétue la suc» cession des élus, dans la sainte Eglise, par la transmission de la vie de la grâce aux âmes, est une communication plus haute encore de la divine paternité. Elle est réservée à l'Ange et au prêtre ! elle est leur grand honneur.

Les anges ayant tous été créés simultanément i il n'y a pas chez eux de plus âgés et de plus jeunes, mais ils sont tous les aînés de l'homme.

LA PATERNITÉ DE l'aNGE ET DU PRÊTRE 121

Us ont Dieu pour leur commun Père et sont les frères les uns des autres. Dieu ne les ayant pas créés égaux, il y a hiérarchie entre eux. Les uns commandent, les autres obéissent, mais il n'y a pas, pour cela, une famille. Il n'y a pas de générations d'Anges ; aucun Ange n'en reconnaît un autre pour son père ou pour son fils.

Toute la fécondité des Anges et toute leur inclination à communiquer la vie qu'ils possèdent s'exercent dans l'ordre de la grâce, non envers d'autres anges, mais envers les âmes humaines. Us ne peuvent créer ces âmes. La création d'un être quelconque est tellement propre à la divinité que le pouvoir ne saurait leur en être communiqué, en aucune façon. Mais ils peuvent contribuer à rendre la vie surnaturelle à celles qui l'ont perdue et à la conserver à celles qui en jouissent. Ils exercent^ sous ce rapport, une véritable paternité. Ils aiment ces âmes comme s'ils les avaient engendrées, ils les aiment comme leurs enfants. Enfants de Dieu, elles leur sont plus chères encore, et rien ne saurait nous donner une idée de la tendresse qu'ils ont pour elles. Ils aiment en elles tout ce qui est leur œuvre et tout ce qui peut la devenir, tout ce qu'ils ont mis ou peuvent mettre en elles de dons divins.

Dans cette admirable paternité de l'Ange, n'estce point la paternité du prêtre que nous venons d"exposer? Père comme l'ange, par la chasteté, le

prêtre n'eng-ondre aussi des enfants que dans l'ordre de la grâce. Il réserve pour cette paternité sublime toute son âme et tout son cœur. Sa paternité est plus complète encore que celle dr. l'Ange, car, par les sacrements, il confère la vie de la grâce d'une manière plus efficace et plus entière. Après l'avoir conférée, il la développe, l'entretient, la protège. Il a toutes les joies et toutes les tristesses de celle paternité. II doit, de concert avec les Anges gardiens, élever ses enfants spirituels dans la foi, les nourrir par les sacrements, maintenir entre eux l'harmonie, ramener ceux qui s'égarent, ne jamais les abandonner, malgré leurs fautes. C'est ainsi qu'il contribuera à perpétuer, au sein de l'Eglise, les générations spirituelles des Élus.

La place d'un père est au milieu de ses enfants. S'il s'éloigne, il semble que la bénédiction de Dieu ne leur est plus assurée. Il peut arriver alors des malheurs et il en arrive. C'est quand les enfants de .lacob ne sont plus sous les yeux de leur père que commence leur vie déréglée. Que le prêtre se rappelle lassiduilé de lange gardien auprès de celui (juil conduit. Il n'est pas indigne d un ange, d'un prince du ciel, de résider continuellement au|)r<'s d une seule âme ; et le prêtre, le père spirituel de plusieurs âmes, de plusieurs centaines et parfois de plusieurs milliers, jugerait indigne de lui de résider au milieu d'elles,.

LA PATERNITÉ DE l'aNGE ET WJ PRÊTRE 123

SOUS l'odieux prétexte quelles ne sont pas assez nombreuses I

La paternité de l'Ange et celle du prêtre s'exercent par des actes ditïérents, mais elles sont du même ordre et viennent de la même source qui est au sein de Fadorable Trinité. L'afîection est la même, les soins se correspondent, le but est identique : peupler la grande maison paternelle du ciel. En un sens vrai, le prêtre et l'Ange deviennent ainsi, comme le Rédempteur lui-même, les pères du siècle futur.

Paternité belle et féconde que Dieu aime et bénit et qui est une création de son cœur. Les enfants seront au ciel, la couronne de leur père spirituel, comme celle de leur père selon la nature. Il recevra leurs félicitations et chaque rayon de leur gloire rejaillira sur lui. Ils célébreront devant Dieu sa bonté, sa fermeté, sa patience et le triomphe définitif et final de son zèle.

Qui n'envierait un pareil bonheur? Oui ne serait jaloux de se dévouer aux devoirs d'une paternité si merveilleuse, de donner la vie surnaturelle aux âmes et de la leur rendre, quand elles l'ont perdue ? Les pères selon la nature peuventils rien de semblable? Ils peuvent donner la vie, mais peuvent-ils jamais la rendre ?

Oh ! qu'il est doux pour le bon prêtre de consacrer à ses enfants spirituels ses veilles, ses études, ses sueurs, sa santé, ses angoisses, de se

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dt'penser tout entier pour eux. de se faire tout à tous et à chacun ! Il ne les maudit jamais, il les bénit toujours, et toujours il les aime de plus en plus tendrement.

Une âme aux yeux de l'Ange et du Prêtre.

Une âme est créée. L'acte souverain de cette création est si subit et si prompt, qu'il échappe aux regards des purs esprits. Lame n'existait pas ; soudain elle leur apparaît. C'est tout ce qu'ils en peuvent dire. L'union de l'âme et du corps par un lien naturel n'a pas été moins mystérieuse. Les deux opérations ont été simultanées.

Ton attention, ô mon frère, se borne ordinairement aux âmes réunies en groupe ou en foule. C'est le groupe ou la foule que tu juges et que tu apprécies, sans considérer ce qu'est chacune de ces âmes en particulier. Une vue trop générale te distrait du chef-d'œuvre de Dieu. L'âme est, comme le pur esprit, un vivant flambeau qui, une fois allumé, brillera éternellement. Il brillera d'une lumière naturelle, qui pourra être voilée, mais qui ne s'éteindra jamais.

r2() LANGE ET LE PRÊTRE

La beauté naturelle dune àme est plus grande qu'elle ne saurait elle-même la concevoir, mais cette beauté ne lui suffit pas. Elle est appelée à être revêtue de la beauté surnaturelle de la grâce. Sans la grâce, elle apparaît incomplète, et la beauté naturelle, en rappelant la beauté surnaturelle absente, révèle une monstruosité et produit la laideur. L'âme et l'Ange les plus beaux naturellement deviennent les plus laids, s'ils sont sans la grâce. Le plus brillant des purs esprits, Lucifer, ayant perdu sa couronne, est devenu le plus repoussant des êtres. Satan est le type de toutes les laideurs morales.

Le prêtre doit toujours avoir présent, comme l'Ange, ce qu'est une àme en elle-même et ce quelle peut devenir par ses soins. A l'Ange et au prêtre de l'aider à conserver la grâce ou à la recouvrer.

Une àme peut être actuellement au dei'uier degré de l'abaissement ; elle peut être abaissée dans ses facultés, dans ses tendances, dans ses affections, dans sa conscience ; elle peut être dans la suprême dégradation. Il reste cependant en elle un principe spirituel, vivant, immortel, un flambeau semblable au feu sacré que les Israélites trouvèrent conservé dans la boue au retour de la captivité et qu'ils purent rallumer, à la grande joie du peuple.

Dépouillée des dons de la grâce, l'âme est

UNE AME AUX YEUX DE l'aXGE ET DU PRÊTRE r27

comme une plante d'une essence merveilleuse qui a été blessée et qui est devenue languissante. Il lui reste cependant un peu de vie et l'horticulteur intelligent voit en elle un trésor. Il l'environnera de soins assidus. Elle se relèvera, se ranimera et lui fournira des parfums et des fleurs qui feront sa gloire. Le cultivateur des âmes aura paré le ciel d'une nouvelle beauté.

Devant Corinthe plongée dans le vice et l'impiété, le Sauveur disait à Paul: Là m'est réservé un grand peuple. Devant l'âme la plus dégradée, le même Sauveur ne dit-il pas à l'Ange et au prêtre : Là m'est réservé un adorateur et un élu ?

Un habile artiste ne se décourage point en face du bloc informe et d'abord rebelle au ciseau. Il pressent en ce marbre une statue gracieuse et harmonieuse, telle que l'a conçue son génie et qui doit immortaliser son nom.

Que ne puis-je. prêtre mon Irère. te révéler la profondeur de l'abîme d'impiété, d'orgueil, de sensualité où furent plongées tan d'âmes aujourd'hui couronnées de gloire dans le ciel ! Jamais ton zèle n'éprouverait de découragement.

Si tu avais rencontré Saul sur le chemin de Damas, avant sa chute providentielle et sa conversion, tu aurais sans doute éprouvé un sentiment d'horreur et tu te serais détourné du persécuteur, comme d'un réprouvé. Du grand perse-

culeur cependant la divine grâce devait faire le grand Apôtre. Que de nations infidèles, transformées par sa parole en églises florissantes ! Chaque jour encore arrivent au ciel des âmes qui lui doivent leur salut.

L'âme vicieuse et perverse dont la vie te révolte, porte sous cette couche immonde l'image du Créateur. Pour elle a coulé le sang divin dont tu dois cherchera lui faire l'application. Tant que larrèt derniei- n'a pas été prononcé, espère et prie pour elle. Considère-la comme ton enfant et redouble pour elle de sollicitude et de tendresse. II est au cœur de Dieu des trésors infinis de miséricorde. Quels sont les chants que l'Épouse immaculée du Christ se plaît surtout à redire? Ce sont les psaumes de ce roi qui fut un insigne criminel, avant de devenir le modèle des pénitents.

L'Ange et le Prêtre au baptême.

Un enfant vient de naître. Il porte en son âme la souillure d'Adam prévaricateur. Oui enlèvera cette souillure ? Oui peut rendre pur ce qui est impur? L'Ange gardien ne le peut point. Un Séraphin ne le pourrait pas davantage.

Mais ce qui est impossible aux Anges, il te sera donné, ô mon frère, de le réaliser, au nom de Dieu, par le pouvoir qu'il ta conféré. Viens accomplir, sous mes yeux, une des plus belles fonctions de ton ministère.

La tache originelle donne au démon un certain empire sur cette âme. Il ne la possède pas complètement. Si elle partait de ce monde, en l'état où elle est, il ne pourrait pas la torturer comme les autres réprouvés, mais il aurait l'infernale satisfaction de la priver de la vue de Dieu.

Au tribunal de Salomon la fausse mère consentait

;ui partage de l'enfant, pour en priver la mère véritable. Ainsi le démon consentirait à ne point posséder éternellement cette Ame , s'il pouvait empêcher Dieu de la posséder.

C'est pour cela qu'il pousse intérieurement ses parents à didërer le baptême et (piil fait naître les accidents où il espère que le petit enfant trouvera la mort. Trop souvent il réussit. Il réussirait bien plus souvent encore, sans la protection de l'Ange gardien.

Vois donc, ô mon frère, sur quel abîme repose la jeune âme. Tremble pour elle et accours la délivrer. Si je pouvais rendi'e sensible à tes yeux comme elle lest aux miens la scène qui va se passer, lu en éprouverais un inetîable ravissement.

Songe d'al)ord (|ue le démon est là présent et ([ue lu es en face de lui. 11 voudrait conserver son empire sur cette âme et tu viens la lui ravir. Ouels regards menaçants il jette sur loil .Mais tu viens au nom de Dieu et il .se sent dominé par ton caractère.

Tu pourrais le faire disparaître à l'instant, mais la sainte Eglise veut (jue tu proHles de celle rencontre pour Ihumilier et le confondre. Klle met d'abord sur tes lèvres les paroles que tu lui dois adresser :

« Reconnais, ô maudit, la .sentence qui pèse sur loi, cl que lu porteras éternellement. Fuis,

l'ange et le prêtre au baptême 131

Esprit immonde, l'ais place au clivin Esprit qui veut entrer en cette àmc et y séjourner comme en son temple. Par ton impuissance et ton dépit, rends gloire et au Père et au Fils et au Saint-Esprit ».

Mais tu ne te bornes pas aux paroles; tu accomplis des actes qui le torturent. Les onctions que tu fais sur le front et sur la poitrine de l'enfant, sont comme un feu qui atteint et brûle Satan. Le contact d'un objet sacré est pour lui comme le contact d'un charbon ardent.

Interroge ceux qui se présentent pour penser au nom de l'enfant. Qu'ils expriment son désir d'avoir la foi qui donne la vie éternelle, sa volonté de se soustraire au démon et d'appartenir pour jamais à Jésus-Christ.

Prends maintenant avec respect le vase bénit. Fais couler l'eau régénératrice en prononçant les paroles sacramentelles. O merveille d'une goutte d'eau 1 O puissance du plus faible élément uni à la grâce !

La souillure a disparu. L'âme est revêtue d'innocence et ornée de toutes les vertus surnaturelles. Elle est marquée d'un signe d'Iioniïeur, d'un caractère sacré qu'elle portera éternellement. Elle est enfant de Dieu et de l'Église. Elle a reçu le nom d'un habitant du ciel qui sera désormais son patron et son protectenr. Elle a reçu le premier baiser de son bon Ange, qui la presse maintenant sur son cœur et la couvre de ses ailes.

Et le démon? Il sest replongé, rapide comme l'éclair, au fond de l'abîme.

Tu as introduit le petit enfant à linlériour de l'église et tu Fas conduit jusqu'au sanctuaire. Il aura désormais le droit d'y pénétrer. La maison de Dieu est sa maison. Il est de la société des fidèles et il va participer aux fruits de la prière commune. En vertu de la Communion des saints, toutes les saintes œuvres de ses frères lui deviendront profitables.

Reportons nos regards vers les fonts sacrés. Que de merveilles accomplies en ce coin obscur 1 C'est là qu'a été brisé l'empire du démon, là que chaque fidèle est né à la grâce, là que le Sainl- Esprit a fait son entrée dans les âmes et leur a communiqué la vie surnaturelle, là que le ciel s'est ouvert et que les Anges sont venus contempler les nouveaux enfants de Dieu.

Les fonts baptismaux sont la patrie spirituelle de tout chrétien. Ou'ils soient donc traités avec honneur. Ou'ils brillent d'une exquise propreté et d'une noble décence. Que de saintes images et de pieux emblèmes les ornent ef annoncent leur haute destination. Le théâtre habituel des bontés divines ne doit pas être traité camme un lieu profane. Sa vue doit réveiller la foi du prêtre et ranimer son zèle.

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