XXXI II
L'Ange et le Prêtre au saint tribunal.
Voici enfin prosternée au tribunal de la pénitence cette âme, objet durant si longtemps des miséricordieuses poursuites de son ang-e gardien. Elle s'est ouverte à ses inspirations ; elle a reconnu son état; elle redoute les jugements de Dieu ; le vice a perdu pour elle ses attraits et la vertu lui est apparue avec tous ses charmes.
Malgré ces bons mouvements et ces heureuses dispositions, elle reste souillée et captive ; elle est dans les chaînes du démon ; elle lui appartient. Le ciel est fermé au-dessus de sa tête et l'enfer est ouvert sous ses pieds. Qui lui rendra la grâce, et avec la grâce, la beauté, la paix, la liberté, les complaisances du Père céleste ?
Venez, chœurs angéliques, vous à qui Dieu donna la mission de poursuivre partout les âmes coupables, de vaincre leurs résistances, de les lui
ramener. Exercez sur celle Ame les sublimes poiivoirs dont il vous a munis.
Anges i^ardiens, minisires des divines lendresses et des divines bontés; Archanges, ministres des divins oracles et des nouvelles du salut; Principautés, ministres envoyés pour établir Tordre et la paix dans les cœurs où régnent le désordre et la confusion; Puissances qui réprimez la fureur des démons, restreignez leur pouvoir et leur imposez des chaînes; Vertus qui opérez les miracles et à qui nulle force ne résiste; Dominations qui étendez l'empire de Dieu là où il n'était point encore parvenu ; Trônes qui communiquez la sainteté et qui avez pour mission de rendre les cœurs purs; Chérubins qui portez la lumièi'e dans les Ames et dissipez partout les ténèbres; enfin, brûlants Séraphins (jui consumez les imperfections et purifiez tout par le feu de votre amour.
Ouel est, parmi ces innombrables Ksprits des neuf Chœurs, envoyés en mission pour le salut des hommes, celui qui va étendre la main et dire : Ame coupable, je t'absous de tes péchés, sois-en délivrée, je te remets dans la grAce, va en paix ?
Nulle main ne s'étend, nulle bouche ne s'ouvre pour proférer la parole libératrice. Eh bien, ô neuf Chœurs, ô innombrables esprits, étendez tous ensemble vos mains, unissez les immenses pouvoirs dont vous êtes dépositaires et d'une
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seule voix, écriez-vous : Ame coupable, nous Tabsolvons de tes péchés: sois pure.
Tous se taisent, ou plutôt tous redisent ensemble : Quel autre que Dieu peut remettre les péchés et rendre pur ce qui est impur? Ce pouvoir absolument divin ne fut conféré à aucun Ang-e; il fut réservé au prêtre. C'est aux prêtres et non aux Anges que le Sauveur envoya le lépreux qu'il venait de guérir.
Les Anges sont toujours les contemplateurs et les admirateurs du prodige ; ils nen seront jamais ni les auteurs, ni les instruments.
Pourquoi une si étonnante préférence donnée au prêtre ? Est-ce parce que, pécheur lui-même, il se sentira plus porté à la compassion envers les pécheurs? Les Anges sont si pursl Mais non; la l)onté des Anges égale leur sainteté. Ils connaissent notre faiblesse et leur tendresse n'en est point diminuée. Plût à Dieu que nous eussions toujours leur charité envers les âmes coupables 1
La préférence donnée au prêtre, pour la rémission des péchés, entrait dans le plan du Sauveur. Aux Anges d'agir par de saintes inspirations; au prêtre daccomplir les actes visibles auxquels est attachée la grâce. Les sacrements sont le grand honneur de son sacerdoce.
A cette vue, o prêtre, combien tu dois t'abaisser dans ton humilité, et combien tu dois désirer ardemment ta sanctification I Toi qui purifies les
Ames des autres, oublierais-tu de conserver la tienne dans la pureté? Toi qui brises les chaînes des captifs du démon, deviendrais-tu toi-même son captif?
Après avoir purifié une ûme, incline-toi devant Dieu et dis l'hymne d'actions de grâces. Demande-lui la persévérance pour cette âme et le retour de tant d'autres qui restent éloignées. Tiens-toi toujours en garde contre le fléau de l'habitude, dans les choses les plus saintes, et considère-les souvent telles qu'elles sont en réalité, telles qu'elles apparaissent aux yeux des Anges. Quels tressaillements éprouveraient les Anges, s'il leur élait donné d'opérer les merveilles que lu opères chaque jour !
La miséricorde de l'Ange et du Prêtre.
Aucun ministère n'est pour nous plus honorable et plus doux que celui de la miséricorde. Il nous associe aux tendresses du cœur même de Dieu. Nous représentons le cœur divin dans ce qu'il a de plus délicat et de plus aimable.
Nous ne pouvons exercer la miséricorde envers nos frères du ciel. Demeurés fidèles, ils n'eurent jamais besoin d'être ramenés à Dieu par la conversion.
Nous ne pouvons l'exercer envers les Anges tombés. Endurcis, dès l'instant de leur révolte, ils n'ont jamais offert d'accès à la grâce et n'ont jamais sollicité le pardon. Ils repoussent la miséricorde sous les coups même de la justice.
Toute notre miséricorde est réservée à l'homme pécheur. Il y a eu dans ses chutes tant de circonstances atténuantes qu'on chercherait vainement dans celle des mauvais Anercs 1
138 l'ange et le prèthe
Il esl d'une nature moins parfaite; son intelligence est moins vive, sa volonté moins ferme : son ,^me est enchaînée dans un corps; il a été afïaihli dans son origine; la tentation lui vient du dedans et du dehors; il est en butte à la haine d'un ennemi puissant.
Plus exposé à la chute, l'homme est aussi plus accessible au regret et plus prompt dans son repentir. C'est pour cela que la grâce communicjue à ses lai-mes une si merveilleuse vertu.
Sans la chute de l'Iiomme, la bonté divine n'eût pu se manifester sous son aspect le plus ravissant; tout l'aspect de la miséricorde fût resté voilé.
Envoyés par le divin pasteur, nous descendons des hautes collines et nous venons au désert chercher l'infidèle brebis. Oue de courses, d'appels et de pressantes invitations !
Fils aînés de la famille des élus, nous allons dans la région lointaine à la poursuite du jeune dissipateur. Xous lui ouvrons les yeux sur son misérable état ; nous réveillons en son cœur les louchants souvenirs; nous larrachons à sa dégi'adaute servitude ; nous le ramenons dans les bras de son père et nous fêtons son retour.
11 n'est crime, souillure, ingratitude qui nous rebutent. Les plus grands pécheurs sont ceux (pie nous entourons de plus de tendresse. Ne sont-ils pas les plus malheureux et les plus dignes <le compassion ?
LA MISÉRICORDE DE i/aNGE ET DU PRÊTRE 139
S'il ne nous est point donné de leur faire mériter la récompense, nous aurons du moins diminué le châtiment, en les préservant de fautes plus nombreuses et plus graves.
La miséricorde doit être aussi le ministère de prédilection du prêtre. Combien plus doucement que nous encore dcvra-t-il traiter son frère coupable I
Demeurés purs, nous ne nous reconnaissons point le droit de nous montrer exigeants et sévères envers une âme souillée. Ne devra- t-il pas aller jusqu'à la dernière limite de l'indulgence, celui qui est tombé dans la même faute que cette Ame et a séjourné dans le même état, celui qui a résisté à tant de prévenances et de sollicitations, avant de se rendre à la grâce, celui enfin qui se sent fragile et capable de tomber encore?
Qu'ils se montrent hautains, qu'ils agissent avec rigueur, qu'ils menacent et sévissent, ceux qui ne sont jamais tombés: pour toi, mon frère, tu ne saurais agir ainsi. De ta part, une pareille conduite serait le comble de la témérité.
Toi qui dois à la miséricorde de n'avoir point péri et qui lui devras à elle-même de pouvoir la chanter éternellement, tu mettras ton honneur et ton bonheur à seconder toujours son action dans les âmes.
Tu ne cesseras d'appeler tes frères, les pécheurs, au bain qui purifie, au tribunal qui jus-
lifîe, à la grâce qui donne la paix, à la pénitence qui recouvre les trésors, à la conversion qui ouvre le ciel, au Dieu qui reçoit dans ses bras le cœur de bonne volonté.
L'Ange et le Prêtre au départ d'une âme.
Une âme va partir de ce monde. Dans quelques instants, elle sera élue ou réprouvée. Tout dépend de l'état clans lequel elle se présentera au tribunal de Dieu. Quelle activité déploie le démon pour la perdre I
Si elle est dans l'état de grâce, il la poursuit de mille tentations. Tantôt ce sont des doutes contre la foi et des difficultés qui jamais jusque-là ne s'étaient produites en son intelligence. Tantôt c'est le souvenir d'anciennes fautes qu'elle suppose n'avoir pas été pardonnées et qui la jette dans le désespoir. Tantôt c'est un dégoût, une répulsion, même pour tout ce qui est saint et sacré. Jamais il ne se montra si acharné et si tenace qu'en ce dernier instant. Il se consolera d'avoir été tant de fois vaincu par elle, s'il peut enfin triompher de ses résistances.
Si elle est dans le péché, que ne fera-t-il pas pour l'y retenir! Il empêchera ceux qui Tentourent de lui faire connaître son étal. 11 lui inspirera la fausse honte et le respect humain. II l'aveuglera sur le danger imminent qu'elle court. II éloignera le remords, le l'epcntir, le désir de revenir à Dieu. Il l'endormira dans une fatale tranquillité. Il obtiendra au moins les l'unestes délais ([ui aboutissent ordinairement à la surprise finale.
Toutefois le démon ne peut agir que par suggestion. Il ne saurait user d'aucune coidrainte. Quelque obsédée (|u"elle soit, elle est maîtresse de sa volonté et reste libre. L'Ange et le prêtre peuvent donc intervenir. C'est en ce moment que doit se prodvdre tout ce qu'ils ont en leurs cœurs d'amour pour cette àme. Sa couche d'agonie est le théâtre où doit particulièrement éclaler leur zèle.
Son bon Ange reste auprès délie et sed'orce de dissiper les tentations de l'esprit impur. II lui inspire de saintes pensées et de salutaires regrets, soutient son courage et ranime sa confiance, lui rappelle la rigoureuse justice de Dieu et sa tendre miséricorde.
Pendant que se livre ce condjal invisible autour d'une Ame prête à lomljer dans réternilé, oii est le prêtre? Accours, ô mon livre. (Vest principalement de toi que dépend son salut. La moindre
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négligence de la part serait une coupable témérité suivie d'un irréparable malheur. Ne te laisse point arrêter par la crainte d'être mal accueilli. La hardiesse de ton zèle montrera ta foi et produira l'édification. N'attends pas que l'affaiblissement de l'intelligence el f'e la volonté ait rendu le remède inefficace.
Prosterne-toi d'abord ; levant Dieu, el sollicite la grâce puissante qui e.d nécessaire. Pendant que le bon Ange continuera de parler à l'intérieur, parle au dehors, parle avec toute l'onction de ta piété: use de toutes les industries que te suggérera ton amour. Il est une attitude et des accents • lui triomphent des cœurs les plus rebelles. Après l'accomplissement de tes fonctions, ne te hâte point de t'éloigner. Reviens bientôt, pour continuer ton aaivre de salut. Dans cette maison désolée, montre-toi toujours Ange consolateur. Rappelle-toi qu'il est meilleur et plus profitable d'aller dans la maison où règne le deuil que danscelle où éclate la joie.
Songe cjue tu peux, en ce suprême instant, ou perdre le fruit d'un zèle de [ilusieurs années, ou obtenir ce que tous tes elîon's n'avaient pu produire précédemment. A ce dernier'combat où se joue l'éternelle destinée dune àme qui est ton enfant, si tu ne ressentais aucune émotion, si tu restais indilïérent, n"aurais-tu pas un cœur de bronze ?
Du haut du ciel, les bienheureux Esprits ont les yeux fixés sur les églises de la terre, pour assister au départ des âmes. Il en est doù partent presque toujours des âmes pures conduites par leurs Anges Gardiens. Mais il en est d'autres doù ne partent souvent que des âmes réprouvées, conduites par les démons.
Dans les premières apparaissent des pasteurs qui semblent présents partout à la fois. Non contents d'avoir préparé le départ des âmes, ils veulent y assister. Ils font comme une mère qui veut jusqu'au dernier moment être auprès de son enfant partant pour un long voyage. Ils craignent toujours, comme elle, d'avoir oublié quelque précaution ou recommandation. Dans les autres, ou est le pasteur? Il semble absent de partout. Ses apparitions sont rapides et fugitives. Rarement il se tient au chevet des mourants. Que de bénédictions d'une parti Oue de lamentations de l'autre!
Allons, prêtre de Jésus-Christ, ne te sépare point de l'Ange Gardien de celte âme, au moment du départ. Après les saintes exhortations et la réconciliation du pécheur avec Dieu, confère-lui ce sacrement des mourants que ne peuvent conférer les Anges. Apporte le divin viali(iuc pour le voyage d'où l'on ne revient pas. Fais respecter, aimer et désirer les sacrements consolateurs.
Qu'elles sortent brûlantes de ton cœur ces ton-
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chantes supplications que la sainte Eglise met sur tes lèvres, ces invocations puissantes au Père, au Fils, au Saint-Esprit, à la Vierge iMarie, aux Anges de toutes les hiérarchies et de tous les chœurs, aux élus et aux saints des divers ordres. Combien tu dois t'estimer heureux d'avoir à ta disposition de pareils moyens de salut, pour ceux qui sont tes enfants spirituels et que tu ne cesseras jamais d'aimer !
L'Ange et le Prêtre au Purgatoire.
Combien est touchant le ministère des Anges auprès des Ames du Purgatoire! Après avoir reçu l'âme juste dans ses bras, au seuil du monde invisible et l'avoir assistée au tribunal de Dieu, l'Ange Gardien la conduit au lion de la dernière expiation. Là il ne l'abandonne point ; il lui fait de fréquentes visites pour l'encourager, la consoler, adoucir son tourment.
Il lui apparaît et cette vue la ravil. Elle lui rappelle la gloire et la félicité qui l'attendent. Elle augmente en son cœur l'amour qui lui fait accepter, dans un sentiment de justice et avec une douce résignation, tout ce qu'elle soufTre. Ouebpic grands que soient ses tourments, elle ne voudrait point, tant qu'elle voit en elle-même la moindre tache, voler au sein de Dieu.
A chacune de ses fréquentes visites, son bon Ange lui apporte le fruit des prières et des œu-
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vres qu'il a suggérées à ses amis de la terre et le temps de son expiation en est abrégé. Elle est touchante et vraie la pieuse image qui représente les Anges, recevant en un vase d'or le sang qui jaillit du côté de Jésus en croix et le répandant sur les flammes expiatrices.
Le ministère du prêtre auprès des âmes du Purgatoire est-il moins efficace et moins touchant que celui des Anges? Il Test autant et jjien plus encore.
C'est lui, c'est le prêtre qui tient véritablement dans le calice d'or le sang divin de la Rédemption. Il le prend en ses mains, chaque jour^ et l'offre pour les vivants et pour les morts; pour les vivants, afin d'opérer leur sanctification ; pour les morts, afin de soulager leurs âmes et de hâter leur délivrance.
Il est un père qui a une partie de sa famille autour de lui et qui sait l'autre en captivité dans une région ténébreuse. Pour lui permettre de donner cours à sa tendresse, Dieu lui a mis en main d'inépuisables trésors qui lui serviront à opérer le rachat de ceux qu'il aime. Oh! quel bonheur pour un prêtre, d'avoir à sa disposition tous les trésors du saint autel! Dès qu'il en approche, il y a des tressaillements de joie et d'espérance dans le purgatoire. Que de bras se tendent vers lui! Il est, par ses fonctions, le premier et le principal libérateur des âmes.
Avec quelle Toi cl quel amour il vienl ainsi au secours de ceux qu'il a connus sur la lerre, auxquels i' pense conlinuellemenl et dont il désire ardemment le bonheur. Par les sentiments de compassion qu'il porte en son cœur, il vit au milieu de ses enfants du Purgatoire, comme au milieu de ceux (jui lui sont présents sur la terre. Cette charité paternelle du prêtre a la vertu de couvrir la multitude des péchés, c'est-à-dire d'en obtenir la rémission et l'anéantissement.
Il a de plus reçu la mission de provoquer eu faveur des âmes du purgatoire l'intervention des fidèles. C'est lui qui a la parole dans leurs assemblées, pour leur parler de ceux qui ont quitté la terre, pour redire leurs noms, les préserver de l'oubli, appeler à leur secours, enseigner les moyens de leur venir en aide, entretenir et resserrer cliac[ue jour davantage les liens qui unissent les membres de la famille souffrante à ceux de la famille militante.
C'est à sa voix que se font les prières ferventes et cordiales, que se répandent les aumônes si efficaces devant Dieu, (pie sont gagnées les intiidgences par lescpielleson puise abondamment dans les trésors de la sainte Eglise, t|ue sont redoublées les pénitences et les mortifications dont le fruit est applicable aux Ames qui ne peuvent jihis en l'aire.
Combien sont reconnaissantes ces Ames envers
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ceux qui songent à elles et surtout envers le prêtre! Elles ne peuvent rieu pour elles-mêmes, mais elles sont puissantes auprès de Dieu en faveur de ceux qui les soulagent, et il est permis à leurs survivants de les invoquer, tout en leur venant en aide. Que de précieuses grâces n'obtiennent-elles pas, chaque jour, à leurs amis!
0 Dieu, que vous êtes bon envers le prêtre! Vous l'avez établi lintendant de votre maison et le dispensateur de vos trésors. Il est ce qu'était Joseph en Egypte. Quand la famine sévissait. Pharaon disait aux affamés : Allez à Joseph. Et maintenant que la famine est arrivée pour les âmes du purgatoire, vous leur dites : Allez à mon prêtre,
0 dignité merveilleuse ! 0 puissance vraiment divine ! pourrais-je ne pas l'exercer généreusement, largement, avec joie et bonheur? ^lerci, ô mon Dieu, merci de m'avoir appelé à cette fonction qui me touche et me ravit chaque jour davantage, à mesure que je la considère plus attentivement. Quelle fonction humaine, disposât-elle de tous les biens de la terre, pourrait lui être comparée!
L'Ange et le Prêtre au dernier jour.
La scène du jugement dernier appartient à la lois au temps et à réternilé. Il ne se peut rien concevoir de plus etïrayant pour les uns, de plus consolant pour les autres. Celle grande manii'estalion de la sentence déjà prononcée sur chacun, au jugement particulier, a pour but de justifier solennellement la conduite de la Providence si souvent incriminée sur la terre.
Les bons Anges el les bons Pièires y seront particulièrement en vue et v auionl un rôle glorieux.
Les Anges sonneront de la Irompelte pour annoncer la résurrection générale des morts. Ils assembleront les générations qui se sont succédé à la surface de la terre et les réuniront en un même lieu. Ils accompagneront le Souverain Juge apjiaraissant, au milieu des airs, assis sur son
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trône et portant sa croix. Au signe qu'il leur donnera, ils feront le grand et définitif partage :A droite les brebis fidèles, à gauche les boucs impurs.
Unis au Christ, les Anges et les Prêtres jugeront avec lui. Ils jugeront les Anges mauvais quils eurent à combattre et les pécheurs scandaleux qui leur disputèrent les âmes. Ils rappelleront tout ce qu'ils firent pour les arrêter dans le cours de leurs iniquités. Ils rediront avec une juste ironie les paroles de blasphèmes et les insolents défis proférés jadis contre le Christ et son Église.
Ils feront comparaître les persécuteurs de toutes les nations et de tous les temps : les cruels et les sanguinaires, les hypocrites et les lâches, les audacieux et les moqueurs. Contre ces malfaiteurs s'élèveront les Anges gardiens des âmes qu'ils ont perverties .et perdues. Contre eux pareillement se dresseront les Apôtres dont ils ont rendu les sueurs stériles. Compte sera fait des grâces divines auxquelles ils ont soustrait les âmes.
Que de secrets mystères d'iniquités révélés pour la confusion et le désespoir des orgueilleux ! Ils rendront compte de tout le mal qu'ils ont fait et de tout le bien qu'ils ont empêché. L'Ange et le Prêtre seront à la lois leurs accusateurs et leurs juges ; et à leurs voix se joindront les voix de
toutes les Ames enlrahiées dans l'abîme par les scandaleux.
L'Ange el le Prèlre deviendront pareillemenl les juges des âmes qu'ils auront sauvées. Toute une nuée d'Anges (îardiens les conduiront en triomphe et les présenteront à Jésus-Cljirist. Les prêtres auront à Ini olïrir toutes les brebis fidèles dont ils auront eu la garde, tous les enfants spirituels ([u'ils auront formés à la vertu.
Les Apôtres paraîtront chacun à la tête des nations et des peuples qu'ils convertirent à la Foi. Entendons S. Grégoire-le-Grand nous décrivant celte incomparable scène : « Un Pelrus ciun Judpeû conversa., quam posl se Iraxil, appavehil. Ibi Paillas conversum, ut ità dixevim, miiniliim ducens. Un Andvseas posl se Achaiam. Ibi etJoannes Asiam, Thomas, Uuliam in conspecliim jiidicis régis conversam diicel. Ibiomnes Dominici (/retjis arides, cuni animariim lurbis apparebiinl, ijiii sanclis suis prœdicalionibiis Deo posl se subditum fjregem Irahunl.
« Cuni i(jilur loi paslores cuni grcfjibus suis anle Jl^lertii pasloris oculos venerinl, nos miseri, quid dicluni sumus qui ad Dominum noslrum posl negolium vacui redimus, qui paslorum nomen /labuimus el oves quas ex nulrimenlo noslro debeamiis oslendere non habemiis {Ilom. 17 in Evangeliiim) ».
Là aussi paraîtront S. Lazare, S. Martial, S.
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Denis,S. Austremoineet tant d'autres apôtres avec le noble peuple des Gaules devenu le soldat de Dieu en formant l'Église fille aînée de l'Église universelle; S. Augustin avec l'Angleterre ; S. Patrice avec l'Irlande ; S. Cyrille et S. Méthode avec les Slaves ; S. François Xavier avec le Japon et les Indes ; en un mot tous les chefs des missions bénies, des missions qui ont converti le monde à Jésùs-Ghrist.
Les démons et leurs suppôts, les hérésiarques, les auteurs de schismes, les scandaleux, les corrupteurs de la Foi et de la morale dans les âmes paraîtront aussi avec leurs innombrables victimes qui les chargeront d'imprécations et de malédictions. Ils seront retirés de leurs antres ténébreux et produits à la pleine lumière, ces malfaiteurs, persécuteurs de l'enfance de la vertu qui crurent un instant prévaloir contre le Christ. Ils seront écrasés, foudroyés par son regard et entendront avec rage et désespoir leur éternelle condamnation. Ils se sont associés à la révolte de Satan, il est juste qu'ils partagent sa punition et son tourment.
Il y aura séparation entre les habitants de la même contrée et de la même ville, entre les membres de la même société et de la même famille. Séparations solennelles, définitives, éternelles. Entre le ciel et la terre s'étendra un infranchissable chaos qui supprimera toute relation.
Quel Iriomphe pour les bons Anges et les bons prêtres I lisseront associés au triomphe de Jésus- Chrisl lui-même comme ils furent associés à son œuvre de salut dans le temps.
Ange et Prêtre pour Téternité.
Dans l'élernité, les bienheureux Esprits ne seront plus envoyés en mission. La grande lutte et l'épreuve ayant cessé avec le temps, il n'y aura plus d'âmes à conduire et à protéger, plus de démons à combattre et à réprimer. L'ordre parlait se maintiendra parla seule force de la volonté divine.
Le nom dWnge, signifiant un esprit en fonction au dehors, cessera avec la fonction de cet Esprit. -Mais si la fonction ne s'exerce plus, ses effet.s restent et l'esprit qui fut Ange s'en souvient et en jouit. En ce sens, il est Ange dans l'Éternité. Durant toute l'éternité il recevra les actions de grâces des âmes, au salut desquelles il contribua.
11 en est de même du Prêtre. Il ne remplit plus au ciel les fonctions de son Sacerdoce, mais il
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en conserve le caraclère sacré. Il n'est plus le ministre du Sacrement et le distributeur des divines grâces, mais il jouit,, dans la gloire, des fruits de son Sacerdoce. Il est entouré des Ames qu'il éclaira et sanctida.
Ces âmes forment sa couronne au ciel connue elles la lui ont formée sur la terre. Elles lui rendent grâces de tout ce qu'il a fait pour elles et de tout ce qu'elles en ont reçu. Ses secrètes prières, ses exhortations publiijues et privées, son zèle et ses soins paternels, tout est rappelé et mis en évidence pour son honneur et sa gloire.
De là ces amitiés célestes, ineffables de l'éternité entre le Prêtre et son Ange (lardien, comme avec les Anges Gardiens des ûmes qu'il a sauvées et avec ces âmes elles-mêmes. Tout ce qui s'est opéré sur la terre, en vue du salut, reste dans la mémoire des élus et des Anges et leur procure une félicité accidentelle dont rien ne saurait donner une idée en ce monde.
Quelle douceur dans cette société où les cœurs sont unis par les liens de la charité mutuelle el de la reconnaissance. Ceux qui ont reçu les bienfaits et ceux qui en ont été les auteurs en sont également ravis. Lésâmes sauvées chantent ainsi leur hymne de reconnaissance :
Soyez à jamais béni, ô Dieu des miséricordes, de nous avoir envoyé vos Anges et vos Prêtres, pour nous préserver de la perdition, nous proie-
ANGE ET PRÊTRE POUR l'ÉTERMTÉ 157
ger contre les dangers, nous inspirer le regret de nos fautes, nous en purifier et nous orner de votre grâce, (ilorifiez à jamais ces ministres de votre bonté et que les rayons de notre gloire s'ajoutent aux rayons de leur gloire personnelle.
Mais il n'est pas moins touchant, l'hymne des yVnges et des Prêtres.
Vous avez été trois fois bon comme vous êtes trois fois saint, ù Dieu Sauveur, en nous confiant un ministère si honorable, si sublime, si fécond, en nous associant à votre œuvre par excellence dans le temps, à votre rédemption des âmes. Pouviez-vous, dans votre infinie Sagesse et votre amour infini, créer une plus glorieuse fonction et nous fournir les moyens de nous préparer pour le ciel de plus intimes et plus véritables amis?
Quel admirable spectacle au ciel, qu'un père et une mère enlourés de leurs nombreux enfants retenus dans la voie du devoir par leurs exemples et leurs leçons? Xe sont-ils pas couronnés autant de fois qu'ils ont denfants à présenter à Dieu. Et à combien de générations se sont étendues les heureuses traditions établies dans la maison paternelle !
Est-il moins beau le spectacle offert par le Prêtre et son bon Ange entourés de la famille spirituelle plus nombreuse encore qu'ils voient réunie devant Dieu 1 Cette perspective ouverte à ceux qui travaillent au salut des âmes sur la terre^
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nest-elle pas capable de les élever au-dessus de toutes leurs infirmités personnelles, d'enflammer leur zèle et d'en faire des héros de l'apostolat! Oh ! quel incomparable bonheur d'être prêtre, quand on est bon prêtre !
La divine Doxologie.
Quand, à l'instant même qui suivit notre création, nous fut révélé le grand mystère de Dieu, limité devenue la Trinité des personnes, le Père principe de tout, le Fils engendré du Père, le Saint- Esprit, procédant du Père et du Fils, à celte première révélation répondit notre premier acte de Foi, notre première adoration, notre première action de grâces : Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit.
Et quand, en récompense de notre fidélité à répreuve, le sein de Dieu nous est tout à coup dévoilé dans la gloire et qu'à nos yeux s'ouvrent ses insondables profondeurs, nous nous sentons saisis, pénétrés et comme absorbés par l'infini. L'impuissance où nous sommes de le comprendre met le comble à notre admiration et à nos délices, et nos cœurs ne conservent de mouvement que
pour redire : Gloire au Père et au Fils cL au Saint-Esprit 1
Quand enfin, sur la vaste étendue du monde spirituel, sur les trois hiérarchies, comme sur les trois chœurs de chaque hiérarchie, nous voyons multipliés les rellets de radorahle Trinité, Tamour reconnaissant redit en nos cœurs : Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit. C^st notre cantique de prédilection et le refrain de tous nos autres cantiques.
La connaissance d'un mystère, fondement de tous les autres mystères, ne devait pas rester enfermée au ciel et réservée aux Anges. Par nous elle fut communiquée aux prophètes et aux pa- Iriarclios. Et quand le Verbe apparut au milieu des hommes, plein de grâce et de vérité, elle fit partie de ses révélations. Les apôtres lui donnèrent place dans leur symbole de foi et toute l'Église redira jusqu'à la fin des siècles : Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit.
Sur la terre comme au ciel, la divine Trinité a ses retlels. Lame humaine en offre une frappante image. Dans la simplicité de sa nature sont réunies, sans confusion, ses trois facultés fondamentales, l'intelligencç, la mémoire et la volonté. Ouel([ue inqiarfaite que soit cette image, elle donne une idée de l'adorable Trinité. Elle renferme aussi un profond mystère.
La louange de la Trinité est douce au cœur du