‹ L'ange et le prêtreChapitre 6 sur 25 · LA HIÉRARCHIE SACERDOTALE · texte numérisé non relu

LA HIÉRARCHIE SACERDOTALE

cueillir les fruits divins qui donnent la vie surnaturelle.

Est-il rien de plus merveilleux et de plus touchant que celte prédilection du Rédempteur pour les hommes, prenant parmi eux ceux qu'il a voulu s'associer pour opérer le salut des âmes et peupler le ciel d'élus ?

Anges fidèles, n'en êtes-vous pas saisis d'admiration et n'en ressentez-vous pas pour les âmes des prêtres un intérêt ineffable et un incomparable amour?

L'union des deux hiérarchies.

La hiérarchie angélique et la hiérarchie sacerdotale sont destinées à rester toujours intimement unies. D'origine divine Tune et l'autre, elles ont un même but qui est la glorification de Dieu par le salut des âmes. Elles agissent de concert et se complètent mutuellement.

Elles forment deux armées alliées qui ne peuvent vaincre l'une sans l'autre, mais qui, en unissant leurs efforts et en combattant ensemble, seront toujours assurées de la victoire.

Sachant combien ils ont besoin des prêtres pour agir au dehors, pendant qu'ils agissent euxmêmes au dedans, les Anges stimulent leur zèle, l'éclairent par de saintes inspirations et les appellent sur les points où l'ennemi cherche à se fortifier.

Comptant ainsi sur les prêtres, les Anges leur

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prodiguent tous les secours dont ils disposent et se réjouissent, quand ils les voient pleins de l'esprit de Dieu, généreux, dévoués, vraies images du Rédempteur. Là où ils sont secondés par de bons prêtres, les Anges recueillent toujours une riche moisson d'âmes pour le ciel.

Les prêtres, à leur tour, ont constamment besoin du secours des Anges, pour exercer avec fruit leur ministère. Les ennemis de Dieu et des âmes les entourent de toutes parts et, s'ils étaient réduits à eux-mêmes, comment ne se décourageraient-ils pas? Mais avec le secours des Anges, que ne peut même un seul prêtre ?

Le serviteur d'Elisée voit, à l'arrivée du jour, d'innombrables ennemis assiéger la ville de Samarie et il s'écrie : Hélas ! ô mon maître, qu'allons-nous devenir et que pouvons-nous faire?

Ne crains pas, lui dit le prophète, car ceux que nous avons pour nous sont plus nombreux et plus puissants que ceux qui sont contre nous. Ouvrez, ô Seign(Hii', les yeux de cet enfant, afin qu'il voie.

Les yeux du serviteur furent ouverts, et il vit, sous la forme de puissants guerriers, l'armée des Anges qui les protégeaient. L'ennemi fut éloigné mystérieusement des murs de Samarie, sans lui avoir fait aucun mal.

Image de la ferme confiance que peut et que doit toujours avoir le prêtre dans l'armée des

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Anges. Ouand les dilTicultés qu'il rencontre lui semblent au-dessus de tout pouvoir humain, c'est alors quil doit s'empresser de recourir à l'armée des Anges et l'appeler à son aide.

Comme les Anges, les prêtres doivent observer en leur hiérarchie, la discipline et l'ordre (|ui font la force el assurent les grands succès. Xeslce pas pour les y inviter que saint Denis a rapproché les deux hiérarchies et qu'il nous a montré l'une comme le modèle de l'autre ?

Les deux hiérarchies réunies nous offrent, dans leur ensemble, le chef-d'œuvre complet de la divine miséricorde. Le Créateur et le Rédempteur mettent en continuel mouvement le ciel et la terre pour opérer le salut éternel des âmes. Oui comprendra jamais à quel point ces âmes leur sont chères 1

Et quel honneur, pour le prêtre de Jésus- Christ, d'être admis dans cette ineffable association, d'y avoir un rôle toujours actif, dy remplir des fonctions officielles, non moins augustes que celles des Esprits célestes les plus élevés I

L'Ange et le Prêtre appelés.

Avant d'être envoyées à leurs postes respectifs, pour y chanter la gloire de leur Créateur, les étoiles, nous dit un prophète, furent appelées. Elles répondirent avec des tressaillements d'allégresse : Nous voici !

S'il vous était permis, ô mon bon Ange, de raconter les merveilles que vous vîtes, au premier jour, je vous supplierais de me décrire la scène d'un appel plus sublime adressé à de plus brillantes étoiles.

Quel Ange eût pu aspirer à devenir le ministre •et le prêtre du Créateur ? Quel être sorti du néant eut prétendu s'élever par lui-même à l'ineffable hauteur de représentant de Dieu ? Dieu seul pouA'ait concevoir ce mystère de sagesse et d'amour et le réaliser.

L'appel fut général et précéda toute mission. A travers les évolutions du temps, sera manifesté

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à chaque bienheureux Esprit le rôle qui lui est réservé. IMême clans la gloire, les bienheureux Esprits ne connaissent point tout l'avenir.

Dès le premier instant, vous avez su, ô mon bon Ange, que vous recevriez une mission spéciale ; mais avez-vous su quelle serait cette mission ? Avez-vous su que vous seriez l'Ange Gardien d'un prêtre et que ce prêtre, ce serait moi?

Quels tressaillements dut provoquer dans les Anges le divin appel 1 Nous voici 1 Nous voici ! durent-ils s'écrier, saisis d'admiration. Voici nos intelligences, nos forces, nos voix, nos cœurs. Ordonnez : tout en nous va concourir à vos insondables desseins. Inelïable honneur qui fait briller nos couronnes d'un éclat nouveau !

Vous connaissez, ô mon bon Ange, une autre scène encore, ou plutôt une longue série de scènes reproduisant, parmi les hommes, l'appel des étoiles et celui des bienheureux Esprits.

Comme le Créateur, le Rédempteur a voulu que. dans son sacerdoce, l'appel précédât la mission. Avant d'être envoyés, les Apôtres ont été appelés. Ainsi seront appelés tous les prêtres de la sainte Église.

Nous formons une tribu à part, élevée au-dessus de toutes les tribus de la terre et correspondant à celle des Anges, dans laquelle Dieu seul introduit ceux qu'il a choisis.

Qui mieux que vous, ô mon bon Ange, connaît

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l'histoire de ma vocation sacerdotale? Vous en avez discerné en mon cœur le précieux germe. Vous lavez protégé, développé et fait grandir. Il a été l'objet constant de votre sollicitude.

Dès mon enfance, vous m'avez montré les hauteurs du sacerdoce et vous y avez dirigé mes aspirations. Vous avez mis en mon âme l'amour de l'innocence, le goût des choses saintes, le désir de me consacrer à Dieu et de travailler au salut de mes frères.

Quand mes chutes sont venues contrarier les desseins de Dieu et les vôtres, vous m'en avez inspiré l'horreur, et vous me les avez fait réparer par la pénitence. Vous m'avez armé de courage pour combattre mes inclinations dangereuses et mes défauts naissants.

Vous m'avez ouvert la porte du béni sanctuaire où les aspirants au sacerdoce sont séparés du monde et élevés avec des soins plus délicats, et vous m'y avez accompagné pour continuer d'être mon inspirateur et mon soutien.

Je ne pouvais connaître par moi-même la réaUté de ma vocation. L'illusion était à craindre et j'étais exposé à prendre mes propres sentiments pour ceux qui me venaient de vous. J'ai dCi attendre le témoignage des juges qui furent établis de Dieu pour prononcer en son nom.

Vous avez banni de mon âme l'anxiété en m'inspirant de leur révéler, avec une humble franchise,

oo

mes disposilions les plus intimes et toute ma vie.

Sous queUpie rapport que je considère mon appel au sacerdoce, je n'y vois, ô mon bon Ange, que sujet d'élonnemenf cl motif de confusion.

J'ai été appelé de plus loin que vous à une hauteur semblable à la vôtre. Je nétais pas, comme vou<, dans un élal parfait, intimement uni à Dieu, brûlant de son amour, vivant de sa vie. nolTrant rien que de pur à ses yeux.

Jai clé appelé de préférence à une infinité d hommes, à des millions de Chrétiens, à une foule dhumbles fidèles, plus iunocents. plus fervents et plus dévoués que moi.

J'ai été appelé du sein de la poussière et du fond de la bassesse, pour être placé sur un trône royal, parmi les prince^ du peuple élu.

.Si mon appel est mille fois plus surprenant que h" vôtre, ô mon bon Ange, combien doit être plus vive ma gratitude ! Oue mon cœur à celle pensée tressaille des tressaillements qu'éprouvèrent les chœurs célestes, au jour où ils furent appelés.

Me voici, ô Sauveur, me voici 1 Me voici comme chaque étoile de votre firmament et comme chaque Ange de votre paradis. Je m'incline devant les conseils de votre souveraine sagesse et (le voirc infinie bonté. Je suis prêt à recevoir en mon âme et en mon corps, cette consécration, sceau indélél)iie de votre autorité, par laquelle je vous appartiendrai pleinement et à jamais.

L'Ange et le Prêtre préparés.

Prédestinés par votre appel à remplir des fonctions dont vous ne connaissez point encore la distribution et le partage, comment, ô saints Anges, vous y êtes- vous préparés? Par une parfaite correspondance aux dons de Dieu et un redoublement d'amour.

Dans la grâce qui vous fut conférée avec la nature^ au jour môme de votre création, vous reçûtes les lumières et tous les secours nécessaires pour produire les actes des plus sublimes vertus.

A ce premier instant, vous n'étiez point encore confirmés dans le bien. Vous étiez libres, puisqu'il s'en trouva parmi vous qui se révoltèrent et se perdirent. Vous vous portâtes à Dieu avec toute l'énergie que vous donnaient la nature et la grâce.

Sil y a dans vos hiérarchies et dans vos chœurs, des degrés d'élévation variés à l'infini, ce n'est pas que les uns aient correspondu aux prévenances de Dieu d'une manière plus complète que les autres, mais parce que Dieu les avait doués d'une plus riche nature et de grâces plus grandes. Aucun n'est à un degré inférieur pour une correspondance imparfaite.

Quand Dieu vous a établis ses représentants dans l'administration de son œuvre au dehors, vous étiez pleins de son Esprit, et vos facultés avaient la perfection exigée par les fonctions qu'il vous destinait.

Telle a été votre préparation. Elle a été faite par Dieu lui-même, grâce à votre souplesse entre ses mains et à votre docilité à ses inspirations. Formation admirable qui, pour être parfaite, n'a demandé que quelques instants.

Il n'en a pas été ainsi de la mienne. Par suite de la chute originelle et de ma fragilité native, il m'a fallu une préparation plus laborieuse, plus accidentée, plus longue et qui devait rester bien imparfaite.

Avant d'arriver à la suprême consécration du sacerdoce, j'ai dû franchir des degrés divers et recevoir diverses consécrations spéciales auxquelles devaient correspondre mes progrès dans la vertu.

A chacune de ces consécrations, j'ai reçu des

privilèges et contracté des obligations auxquels venaient bientôt s'ajouter les privilèges et les obligations d'un degré supérieur. Le sacerdoce devait les couronner et non les suppléer.

Orné du sacerdoce, je reste le Clerc séparé du monde, soumis au for de l'Église, ayant Dieu seul pour mon héritage ; le Lecteur ami des saintes Écritures, les méditant en mon cœur et y puisant les règles de ma conduite ; le Portier, gardien de la maison de Dieu, veillant à sa décence, prévenant toute profanation ; l'Exorciste expulseur des démons, les éloignant des autres et ne les laissant jamais prendre aucun empire sur moi-même ; l'Acolyte porteur de la lumière, faisant éclater en tous mes actes la lumière surnaturelle de la Foi et des saints exemples ; le Sous- Diacre voué à la prière et à la chasteté, conservant en mon corps et en mon âme la pureté sans laquelle je ne pourrais approcher de l'autel ; le Diacre revêtu de la force d'en haut, m'élevant audessus de toutes les faiblesses, qui sont le partage des enfants du siècle.

Oui, je réunis et je conserve en moi tous ces caractères à la fois. Les dénominations ont pu disparaître devant la dénomination plus auguste de Prêtre de Jésus-Christ, mais toutes les réalités sont restées et subsistent dans leur plénitude.

Je ne puis me croire digne du sacerdoce, sans demeurer fidèle à ces engagements préparatoires

auxquels je suis toujours soumis. Comment les dispositions nécessaires pour y arriver ne seraientelles pas plus nécessaires encore pour en soutenir la dignité et en exercer les fonctions ?

L'édifice penl-il rester debout sans les fondements sur lesquels il l'ut élevé /* C'est en demeurant tel que m'a fait une sainte préparation, c'est en la continuant et en la renouvelant sans cesse qu'il me sera donné d'honorer mon sacerdoce.

Vous qui m'avez accompagné en me tenant comme par la main, lorsque je franchissais chacun de ces degrés, ranimez en mon cœur, 6 mon bon Ange, les sentiments que vous m'inspiriez.

Il est telle de ces étapes bénies vers le sacerdoce où j'étais pins fervent et plus dévoué que je ne le suis aujourd'hui. En me le rappelant, pour ma confusion, vous m'obtiendrez de revenir à ma Chai'ité première, de conserver le peu que j'ai pu acquérir de vertu, durant ma préparation, et d'y ajouter, chaque jour, les compléments que je vous promettais et que vous attendez encore.

L'Ange et le Prêtre consacrés.

Tout ce qui existe appartient à Dieu et ne saurait cesser de lui appartenir. Dieu cependant lient à marquer certains êtres de choix d'un signe spécial de son autorité, à se les unir d'une manière plus intime, à s'en faire comme une propriété à pari. Il les marque de ce signe par la consécration. Celui qui a reçu la consécration divine ne peut se soustraire à Dieu sans encourir la déchéance coupable appelée profanation.

A votre entrée au sein de la gloire et dans votre g^orificalion même, vous avez reçu, ô bienheureux Anges, la plus haute des consécrations. Vous avez été marqués du sceau indélébile de la divine sainteté et vous serez exclusivement réservés désormais à des fonctions saintes et divines. Vous détourner de ce but et disposer

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de vous-mômes pour une autre fin, sérail la plus indigne des profanations.

Mais vous avez, le bonheur d'être absolument inaccessibles à cette pensée et à ce désir. Le sentiment le plus vif et le plus doux que vous éprouvez, en redisant le cantique de votre éternelle félicité, c'est celui de rinamissibililé de Dieu et de l'impossibilité de vous soustraire jamais à sa volonté.

Aussi, partout où vous apparaîtrez pour remplir vos saintes fonctions, vous serez considérés comme Dieu lui-même parlant et agissant en TOUS, et les écrivains sacrés ne craindront point devons donner parfois ce nom inelFable de dieux. C'est votre consécration qui vous a placés à cette hauteur.

Mes fonctions ne devant cire ni moins sublimes, ni moins saintes que les vôtres, j'ai dû être marqué d'un sceau non moins sacré.

Vous qui m'avez assisté dans ma consécration sacerdotale, debout à mes côtés et saisi d'une juste admiration, venez, ô mon bon Ange, maider à méditer ce doux mystère, à en sonder les profondeurs, à en comprendre les conséquences et à m'en rendre digne.

Je me vois encore prosterné sur le pavé du sanctuaire, tandis que la foule des assistants multiplie ses supplications, s'adressant à tous les habitants du ciel, aux Anges, aux .saints, à la

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Vierge Marie, aux trois personnes de l'adorable Trinité.

J'entends le Pontife demander à Dieu de me bénir, de me sanctifier, de me consacrer. Je l'entends interrogeant celui qui me présentait au nom de la sainte Église et lui demandant s'il me croit digne du sacerdoce. Je le vois les bras étendus et faisant monter vers le ciel de longues et touchantes prières, sollicitant pour le présent et pour l'avenir, les dispositions et les vertus dont je dois être orné. Puis-je oublier les paternelles monitions qu'il m'adressait sur la gravité de mes nouveaux devoirs et la sainteté de mes nouvelles fonctions ?

Je comprends l'anxiété du Pontife. En un moment si solennel, la plus légitime confiance ne va pas sans quelque appréhension. L'élévation d'une âme au sacerdoce est un spectacle qui réjouit le ciel et la terre, mais elle peut se transformer en un malheur désolant pour l'un et l'autre. Mon caractère sera aussi indélébile que celui des Anges, mais sera-t-il conservé aussi pur ? Je tremble à la pensée que sans une constante vigilance, il pourra être méconnu et profané.

Je reçois du Pontife l'étole, symbole du joug* divin, et la tunique, symbole de la charité qui me fera trouver ce joug doux et léger.

Le ciel m'apparaît entr'ouvert et les chœurs angéliques me semblent devenir plus attentifs, au

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moment où je leiuls les mains pour recevoir l'onction qui les rendra sacrées. iJaignez, ù Seii^neur. dit le Poidile, sanclider et consacrer ces mains afin que tout ce (ju elles béniront soit béni et que tout ce quelles consacreront soit consacré. 0 mains désormais les plus saintes et les plus sacrées qui existent, mains sacerdotales, restez pures comme celles de mon bon Ange et que jamais rien ne vienne vous souiller I Peuvent-elles être assez pures, ces mains où reposeront la bénédiction, la sanctification, la purification des âmes, ces mains qui toucheront et porteront le corps et le sang divins.

Le Pontife m"a dit : « Recois le pouvoir de remettre les péchés afin quils soient remis à ceux à qui tu les remettras et qu'ils soient retenus à ceux à qui tu les retiendras ». O pouvoir vraiment inefîable! Voilà donc la clef du ciel en mes mains; je pourrai ouvrir le ciel aux âmes de mes frères.

J'ai reru le pouvoir d'ofîiir le divin sacrifice pour les vivants et pour les morts, et déjà je \ iens de le célébrer une première fois en union r.vec I2 Pontife. Le Pontife m"a fait promettre respect et obéissance et il ma donné le baiser de paix. .Ma consécration est consommée.

Au ciel et sur la terre est entonné un commun Te Deum. Oue jamais l'hymne d'actions de grâces ne se change en plaintifs gémissements. C'est

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maintenant, ô mon bon Ange, que j'ai besoin de vos soins les plus assidus, car c'est maintenant que doit commencer pour moi une vie toute céleste.

Si^ comme l'Ange dont parle saint François de Sales, qui cédait le pas au prêtre nouvellement ordonné, vous me témoignez un affectueux respect pour l'auguste caractère que vous voyez en moi, combien plus devrai-je, en tout et partout, me respecter moi-même ! C'est le prêtre de Jésus- Christ que j'ai désormais à respecter en moi.

Les pouvoirs de l'Ange et ceux du Prêtre.

J'admire, ô mon bon Ange, les pouvoirs qui vous ont été donnés dans le monde de la nature et dans celui de la grâce.

Vous dominez les éléments et vous pouvez au nom de Dieu, les transformer et produire à nos yeux les plus grands prodiges, répandre dans les airs les influences salutaires ou les fléaux meurtriers, selon que le demandent sa bonté ou sa justice.

Vous pouvez enchaîner la rage des méchants Esprits, modérer leurs persécutions, les empêcher de bouleverser la nature et de nuire aux hommes autant qu'ils le voudraient.

Vous pouvez inspirer aux pécheurs des sentiments de repentir, aux justes le courage de la vertu, aux âmes parfaites la vitalité de l'espérance et les ardeurs de la charité.

LES POUVOIRS DE L ANGE ET CEUX DU PRETRE Oé

Vous pouvez recueillir sur la terre toutes les saintes œuvres qui s'y accomplissent, les porter au ciel, les offrir à l'adorable Trinité.

Mais les pouvoirs du prêtre ne sont-ils pas plus admirables encore et plus étonnants ? Vous disposez les âmes à la grâce, en agissant sur leur intelligence, sur leur cœur, sur leur imagination, sur toutes leurs facultés, et même sur les sens du corps; mais vous ne la leur conférez point.

Les grands pouvoirs du prêtre consistent précisément à conférer la grâce en conférant les signes qui la contiennent, les sacrements.

Vous ne pouvez, comme lui, enlever d'une âme la tache originelle qui la souille, la revêtir il'innocence, la transformer en enfant de Dieu et de l'Église.

Vous ne pouvez rendre l'enfant de Dieu parfait chrétien, en faisant descendre en lui le Saint- Esprit avec ses sept dons.

Vous ne pouvez procurer aux âmes le divin aliment de l'Eucharistie, en le produisant au saint ■autel par la consécration du corps et du sang de Jésus-Christ.

Vous ne pouvez rendre pur ce qui est impur, absoudre une âme de ses fautes, briser les chaînes de sa captivité, fermer l'enfer sous ses pieds, ouvrir le ciel au-dessus de sa tête, faire d'un criminel un élu.

Vous ne pouvez, par votre présence et votre

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Ijrnédiclion, rendre lég-ifimes et valides les liens des époux et préparer les familles saintes par les saintes unions.

Vous ne pouvez procurer la propagation du divin saeerdoee. en consacrant les prêtres de Jésus- (Christ, en leur conférant de sublimes pouvoirs, en les en\oyant prêcher l'Évangile à toutes les nations.

^ ous lie pouvez enfin, par les saintes onctions et parle saint viaticpie. purifier les moribonds de leurs dernières souillures, les fortifier pour le dernier combat et les mettre en état de faire avec; confiance leur passage du temps à lélernité.

En un mot, vous n'êtes point ministre des sacrements qui confèrent la grâce. Vous y préparez les âmes par vos inspirations, vous y assistez le prêtre, mais vos fonctions n'y sont jauutis ([ue secondaires et acce.ssoires.

Ces considérations, ù mon bon Ange, me fout admirer la miséricorde de Dieu sur moi et me touchent profondément: mais, en même tetups, elles me couvrent de confusion et me l'ont trembler.

Oui suis-je pour paraître ainsi au milieu des Anges et remplir des fonctions divines cpi'ils si* jugeraient eux-mêmes indignes de remplir ?

Ouand je vais procéder à l'acte incom[)ar;dd(» deradniinistraliou d'un sacrement, quelle sainlch' devrait résider en mes yeux, en mes oreilles, eu

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ma langue, en mes mains, en toute mon âme et en tout mon corps !

Oh 1 je le comprends mieux que jamais, dans le -ministre des divins sacrements il ne doit y avoir rien de bas, rien de vulgaire, rien surtout de souillé. Le Dieu de sainteté ne peut être représenté dans une action sainte que par un ministre saint. Uu ministre conférant sa grâce aux autres sans l'avoir en lui-même, quel monstrueux spectacle ! Je sais que Dieu le permettrait cependant pour ne pas priver les âmes des grâces qui leur sont nécessaires. Tel est l'excès de sa bonté envers les âmes ; mais quelle ne doit pas être son indignation envers le ministre coupable 1

Les dispositions dans lesquelles je dois être, vous me les avez fait connaîti'e, ô mon bon Ange ; ce sont celles dans lesquelles vous seriez vousmême si vous aviez reçu les pouvoirs que j'ai reçus et si vous les exerciez à ma place. Assurémont, vous ne pourriez être plus pur que vous ne l'êtes, mais il me semble que tout en vous prendrait un caractère divin et que vous tressailleriez d'admiration.

Je recours à vous, ô mon bon Ange et je vous supplie de m'obtenir ces dispositions. Je les désire dans toute la sincérité de mon âme. ^lontrez-moi dans sa sublime réalité ce qui s'accomplit dans l'administration d'un sacrement. Que jamais je ne perde de vue, ni la sainteté du mystère lui-

même, ni la nuée de témoins célestes qui m'entourent, au moment où il s'accomplit.

Mes sublimes pouvoirs sont un trésor sacré et divin qui m'a été confié, non pour rester improductif en mes mains, mais pour que je le fasse valoir au centuple au profit des âmes. Ranimez donc mon zèle, ô mon bon Ange, et que l'administration d'un sacrement soit toujours à mes yeux, une grande et heureuse action. Faites aussi que je l'administre toujours avec discrétion et sagesse et que je sache discerner les âmes vraiment dignes de le recevoir.

L'Ange et le Prêtre envoyés.

Par leur appel et leur glorieuse consécration, les Anges ont reçu le pouvoir de représenter Dieu clans les diverses fonctions de sa Providence, mais chacun ne le représentera que dans celle où il sera spécialement envoyé.

Voilà pourquoi, en nous apprenant que les Anges sont tous Esprits administrateurs, saint Paul ajoute qu'ils sont envoyés en leur ministère, in ministerium missi. Et de même, en nous les montrant en action, soit dans la nature, soit auprès des hommes, soit au service du Rédempteur, les saintes Écritures n'omettent presque jamais de nous prévenir qu'ils agissent en vertu d'une mission.

L'Ange qui conduit Abraham en Palestine, celui qui guide les Israélites à travers le désert, celui

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(jni nccompagno le jeune Tobie en Mésopolamie, relui qui procure à Daniel sa grande vision de lavcnir, celui qui annonce au vieillard Zaciiarie la naissance du précurseur Jean-Baptiste, celui <iui salue Marie pleine de grAce el lui révèle la divine Incarnation, celui tpii Itrise les chaînes de saint Pierre et le délivre de sa captivité, sont autant d'Esprits célestes envoyés de Dieu.

Avant d'être envoyé, un Ange est esprit, mais non Ange ; il ne devient Ange que par la mission qu'il reçoit et le nom même d'Ange signifie envoyé. Saint Thomas nous dit que tous les actes des Anges au dehors sont l'accomplissement d'autant de missions et qu'ils s'appellent pour cela des ministères. « Actio qiiam Angélus missiis exercei procedit a Deo, siciit a primo principio. cujiis nulii et auctoritale Angeli opevantiir , el in Deiun j^ediicitiir siciil in ullimum finem. El hoc facil ralione minislerii: nam minisler esl sicnl instriimentiim inlelligens ; instriimentiim aulem ub alio moveluv el ejiis (iclio ad alind oi'dinalur : iinde acliones Angelorum minisleria i'ocanliir.>

Le Rédempteur, premier modèle des prêtres, en même temps ([ue leur cliet, se dit envoyé par son Père. Comme mon l^èrc ma envoyé, dit-il à ses Apôtres, je vous envoie. Les Apôtres, à leur tour, envoient leurs collaborateurs et ceux qui doivent èlre leurs successeurs. Le souverain Pontife envoie les Evéques et les Evè<jues en-

voient les Prêtres. Tout, dans lÉglise enseignante, ■s'opère en vertu de la divine mission.

('omnie ceux de FAno-e, les pouvoirs du prêtre sont suspendus et ne peuvent être exercés jusqu'à l'instant où il reçoit sa mission auprès des âmes. Au pouvoir d'ordre qui est général doit s'ajouter le pouvoir de juridiction, qui le délimite et le précise.

Le Sauveur devait à son Église de prévenir ainsi la confusion. Qu'arriverait - il si chaque ouvrier pouvait s'attribuer, dans la vigne du père de famille, la part qui lui semble à sa convenance, ou si chaque gardien pouvait s'attribuer, sans l'agrément du souverain pasteur, le troupeau qu'il préfère ? » serait-ce pas une compétition universelle et une lutte générale des ambitions ?

Le prêtre doit attendre, comme l'Ange, que sa mission lui soit donnée. Celle qu'il se donnerait à lui-même, en obtenant un poste par des moyens humains, ne serait aux yeux de Dieu qu'une coupable usurpation.

Il ne trouverait, à ce poste de son choix, aucune des précieuses grâces qui lui sont nécessaires et •qui l'attendaient dans un autre. En le voyant arriver, les Anges Gardiens des âmes refuseraient de le reconnaître et s'écrieraient, comme jadis saint Augustin à propos de l'hérésiarque Donat : «De qiio cœlocecidil:-' De qiia terra germinavil'l De

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quo mari emersit ^ f'nde appariiil ? De quelle nue est-il tombé? Sur quel sol a-t-il germé? sur quel rivage Ta-t-on pêche? D'où sort-il » ?

Aucun Ange, dit saint Bernard, n'a choisi sa mission ; aucun ne Fa usurpée. On n'a point vu lei> Esprits d'un chœur inférieur prétendre aux fonctions d'un chœur plus élevé, ni les Esprits d'un même chœur s'envier mutuellement leurs rôles.

Dans la sainte Église, a-t-on vu les prêtres les plus éminents, ceux qui ont été les vrais Anges de la terre et sont restés les modèles immortels des pasteurs, les Grégoire, les Basile, les Chrv-. sostome, les Ambroise, les Augustin, aspirer à un poste et chercher à y parvenir ? Dans leur humilité, ils se sont regardés comme indignes de toute élévation ; ils ont voulu s'y soustraire et n'ont cédé qu'à la volonté de Dieu devenue évidente.

Tenez-moi donc toujours en garde, ô mon bon Ange, contre des aspirations qui ne seraient point conformes aux desseins de Dieu, Déjà vous me faites comprendre que rien n'est plus téméraire que l'ambition. Sous le prétexte du bien, elle tend sans cesse à substituer la volonté humaine à la volonté divine.

Comme vous, j'attendrai avec confiance et en paix la mission dont Dieu daignera m'honorer. Dans sa maison, toutes les fonctions sont honorables et la plus humble est au-dessus de mes mérites. Je veux pouvoir toujours dire comme le

l'ange et le prêtre envoyés 41

Sauveur ; « Ecce venio ut faciam voliintatem ejus qui misit me Patris. Voici que je viens pour faire la volonté du Père qui m'a envoyé».

L'Ange et le Prêtre obéissants.

Vous ne pouvez, bienlieureiix An^es, entrer en anenne de vos sublimes fonrtions sans y avoir été envoyés. Mais, dès que vous avez reeu votre mission, avec quelle allégresse vous volez la remplir 1 La promptitude et la ferveur de votre obéissance n'ont d'égal que votre zèle pour la gloire de Dieu.

Vous voyez votre propre gloire et votre perfection dans laccomplissement de la mission divine. Vous laimez, vous vous y attachez, vous vous y livrez, et vous ne voyez rien qui. pour vous, lui soit préférable. Quelle fonction nost grande et sublime, quand elle vient de Dieu et qu'elle est remplie au nom de Dieu?

Les fonctions que vous remplissez. Dieu luimême n'eût pas dédaigné de les remplir, s'il n'avait tenu à vous honorer, en vous les confiant.

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('elle considération suffit pour me faire comprendre les joies ineffables de voire obéissance.

Pour établir une plus intime union dans l'ordre universel des purs Esprits, Dieu a voulu que les missions y fussent transmises des uns aux autres par les Esprits eux-mêmes. Venant toutes de Dieu, elles ne perdent rien, par cette transmission, de leur caractère sacré. Bien loin de s'en trouver offensé, dit saint Thomas, chacun se trouve mille fois plus honoré en recevant une mission des Anges supérieurs qu'en donnant une mission aux Anges inférieurs.

De là l'ordre parfait qui règne dans la hiérarchie céleste. L'obéissance respectueuse et cordiale y maintient l'union, Iharmonie, la joie et y rend aisés tous les mouvements. Elle en est l'honneur, la dignité, la vie, et y fait partout resplendir le caractère divin.

La même obéissance, dans le prêtre, reproduira le môme spectacle dans la sainte Église. Par cette obéissance coulera et se répandra la grâce, par elle se maintiendra l'harmonie, par elle éclatera lunité, par elle régnera la volonté divine, par elle chaque membre obtiendra la plus grande gloire à laquelle il puisse aspirer, par elle enfin les choses se passeront sur la terre comme elles se passent dans le ciel : sicut in cœlo et in terra.

Peu importe à chacun le rôle qui lui est confié, pourvu qu'il le remplisse avec toute la perfec-

tion dont il est capable. Dans une pièce à grand nombre d'acteurs, celui qui réunit les sutîrages et obtient les applaudissements n'est point toujours celui qui remplit le rôle le plus éclatant, mais celui qui remplit le mieux son rôle, quel qu'il soit.

Les grands Saints, honorés d'un culte public et universel par l'Eglise n'onl-il pas été pris au dernier degré de la hiérarchie aussi bien qu'au premier? Et ceux qui ont été revêtus de hautes dignités ont-ils reçu de ces dignités elles-mêmes l'auréole qui les couronne? N'est-ce pas plutôt, n'est-ce pas toujours des humbles vertus dont ils les ont accompagnées ?

Comme l'obéissance angélique , l'obéissance sacerdotale a un principe surnaturel. Elle est surnaturelle comme l'autorité à laquelle elle correspond. Elle fait abstraction des personnes qui commandent et ne voit que le caractère dont elles sont revêtues. Un rayon de soleil vient à travers le feuillage, embellir les eaux du ruisseau. Les eaux s'écoulent, successivement embellies: le rayon reste le même. Telle est l'autorité sacrée reposant sur les hommes divers qui se succèdent à un poste de direction et de commandement.

L'obéissance est la consolation et la joie du prêtre. Elle seule lui inspire toujours confiance. <Ju'il soit envoyé à un poste difficile et plein de périls : dès lors qu'il y va par obéissance, il y

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trouvera Dieu, ses Anges et des grâces toujours proportionnées aux difficultés.

Tout ému encore des mystères de ma consécration et des sublimes pouvoirs qui venaient de m'être conférés, j'ai promis solennellement au pontife, ministre des dons de Dieu, respect et obéissance. Le pontife m'a honoré d'un baiser paternel en me souhaitant la paix.

La paix, qui surpasse en douceur tous les sentiments terrestres, sera le fruit de mon obéissance. Elle aura les douceurs de la paix angélique ellemême. Inspirez-moi donc, ô mon bon Ange, d'obéir toujours, comme vous, promptement, cordialement et généreusement à la direction qui me sera donnée par mes supérieurs. Que jamais je n'oublie qu'en obéissant à ceux qui furent établis de Dieu pour me commander, c'est à Dieu que j'obéis.

Quand j'admire dans la sainte Église un spectacle qui réjouit le ciel et la terre, je m'y sens attiré et je serais heureux d'y prendre part. Cest mon obéissance qui m'y fera participer dans toute la mesure dont je suis capable. Par l'obéissance, j'obtiendrai sur la terre les glorieuses victoires ([ui sont célébrées et couronnées au ciel. Puis-je douter de la vérité du divin oracle : Vir obediens loquehir vîctorias ?

L'Ange et le Prêtre séparés du monde.

C'est au milieu du monde que je vais remplir ma mission et jai pris rengagement de rester à jamais séparé du monde. De mundo non eslis, a dit le souverain Prêtre à ses apôtres et à leurs successeurs dans le sacerdoce. Jeu dois ètr»* séparé, dans les intérêts et les occupations, dans les idées et les jug;ements, en un mot, dans loul mon genre de vie. ^ ous serez, ô mon bon Ange, mon parlait modèle dans celte séparation.

Bien avant moi. vous avez pris le Seigneur pour votre partage et vous n'avez jamais rien recherché hors de lui. Vous ne possédez rien, dans la création, qu'en Dieu et pour Dieu. Oue peut être, à vos yeux, le grain de poussière ? El tous les mondes extérieurs sont-ils, à vos yeux, autre chose qu'un grain de i)Oussièrc? Il n'y a, pour vous, de valeur, de grandeur, de beauté que

l'ange et le prêtre séparés du monde 47

dans ce qui vient de Dieu pour retourner à Dieu.

Constamment mêlé au monde matériel et aux créatures visibles, vous vous tenez élevé au-dessus de tout par l'intime sentiment du trésor que vous portez en votre cœur. Vous êtes séparé du monde comme le Créateur lui-même qui le maintient à l'existence et le porte en sa main, le dominant de toute la hauteur de sa divinité. Vous donnez vos soins aux créatures, selon l'ordre de la Providence, sans jamais vous livrer à elles.

Prêtre du Rédempteur, j'appartiens, moi aussi, à la tribu des séparés. .J'ai dit, comme vous : Dominus pars hœreditalis meœ et calicis mei ; tu es qui restitues hœreditatem meain mihi. Vous qui êtes eniré en possession de cet incomparable héritage, faites m'en sentir par avance un avantgoût, afin que je le préfère toujours à tout, que je ne m'en rende point indigne, mais que je conserve le droit qui m'a été conféré.

Je suis entré dans cetie tribu qui ressemble à la vôtre, le jour où je me suis incliné sous la main du Ponlife, où m'enlevant, en forme de croix, la superfluité de mes cheveux, il m'a orné de la couronne du dépouillement, image de la couronne d'épines. Si je la porle fidèlement, toute ma vie, et si j'en réalise la signification, elle se changera, comme celle du Sauveur, en couronne de gloire.

En ce même jour, jai reçu le vêlement sombre quiméloigncra du monde et éloignera le monde de moi. Il m'a été donné comme un moniteur salutaire dont je ne pourrai me séparer sans péril. Menveloppant de la tête aux pieds, il sera pour moi une arme protectrice contre les traits ennemis. Les bons le respecteront et les méchants ne pourront le voir avecindillerence. Il me suivra au tombeau et. jusque dans le sein de la terre, il me séparera des mondains.

En recevant le vêlement noir qui doit me séparer du monde inférieur des hommes, j'ai reçu pareillement le vêtement blanc qui doit m'unir au monde supérieur des Anges. Ce blanc surplis est le symbole des vertus réunies dans l'homme nouveau créé selon Dieu dans la justice et la sainteté de la vérité. Je dois dire avec amour, chaque fois que je le revêts : Incluat me Dominas noviim hominem qui secundiim Deiim crealiis est in jiislilia et sanctitate vevilatis. Et quand j'en suis revêtu, je dois me voir placé au milieu des Anges et chercher à leur devenir semblable par l'innocence et la sainteté.

0 blanc surplis, symbole de l'éclatante blancheur qui doit briller en mon âme, n'ai-je point fait de toi un signe menteur ? Dès que je le vois terni et flétri, je me hâte de te rendre Ion éclat et ta pureté. Je ne puis supporter en loi la moindre tache. Fais-je de même pour mon âme? Ai-je

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hâte de lui rendre sa beauté ? Les plus saintes âmes contractent toujours quelques souillures dans leur contact avec les créatures. Je ne puis échapper à cette fatale condition. Est-ce avec empressement que je recours, comme elles, au sacrement purificateur ?

N'ai-je jamais à rougir, en songeant que je suis dans l'assemblée des Anges, que j'y suis jour et nuit et qu'ils agitent autour de moi leurs blanches ailes? Ils sont constamment à mes côtés. ceux qui m'assistent et ceux qui assistent les âmes, objet de mon ministère et de mes soins. Ma vue leur est-elle agréable ? Ne suis-je point parmi eux comme un homme aux vêtements souillés, dans une réunion brillante? Il fut jeté hors de la salle du festin, celui qui s'était présenté sans le vêtement nuptial.

En union avec vous, ô mon bon Ange, je resterai séparé du monde au milieu du monde. Ou'ai-je de commun avec lui, tandis que tout m'est commun avec les Anges ? Je dois, selon la recommandation du Sauveur, laisser les morts ensevelir leurs morts, c'est-à-dire, ne prendre part ni à leurs intérêts matériels, ni à leurs négociations, ni à leurs perpétuelles discussions sur des sujets éphémères.

Tribu séparée du monde, tribu sacerdotale, formée sur le modèle de la tribu angélique, je m'honorerai toujours de t'appartenir et m"ef-

forcerai toujours de te faire honorer. En toi seront constamment mes joies et mes délices. Nourri de la manne céleste, je ne regretterai jamais les grossiers aliments de la charnelle Egypte. Comme Marie, jai choisi la meilleure part et j'ai la confiance, ô mon bon Ange, qu'avec Aotre aide, elle ne me sera point enlevée.

L'immunité de l'Ange et celle du Prêtre.

Le soleil éclaire tout de sa lumière, vivifie tout de sa chaleur et ne se souille à aucun contact. Ses rayons descendent sur les objets les plus immondes et restent purs. C'est là votre image, ô mon bon Ange. Sous vos yeux se succèdent les scandales et vous approchez les cœurs les plus corrompus, sans que votre pureté en soit jamais atteinte. Admirable immunité que je vous envie et que je voudrais partager avec vous 1 Est-elle moins nécessaire au prêtre quà l'Ange?

Non seulement je suis envoyé au milieu de la corruption du monde, mais jj suis envoyé pour l'étudier et la connaître afin de la guérir. Il n'est pas une iiialadie morale, même la plus contagieuse, que je ne sois appelé à traiter. Toutes les passions, tous les vices , tous les crimes vont

s'étaler devant moi. Je vivrai dans une atmosphère empoisonnée.

Qu'ai-je en moi pour y résister? Je porte, hélas! en mon cœur, le germe de toutes les maladies que j'aurai à guérir dans les autres. La concupiscence originelle qui a subsisté après rnon baptême, n'ai pas été détruite par mon sacerdoce. Elle est vivaco et tend à se produire en toutes mes facultés et en tous mes sens.

Puis-je ignorer les efibrts qne fera pour la mettre à profit, le meurtrier des âmes, celui qui fut homicide dès le commencement? Quel triomphe, s'il lui était donné de voir le médecin luimême atteint et devenu un agent de corruption I

Quand je considère la grandeur du danger et ma faiblesse personnelle, je crains l'illusion et je suis tenté de croire qu'il y a eu témérité de ma part à m'exposer ainsi pour sauver les âmes. Ange de Dieu, mon conseil et mon guide, j'attends de vous la parole intérieure qui doit m'éclairer et me raffermir.

— Tes craintes, ô mon Frère, font ma joie. En comprenant que rien en toi ne peut te donner l'immunité dont tu as besoin, tu le hâteras de la chercher ailleurs. Les saints prêtres l'obtiennent par les moyens qui l'assurent aux Anges.

Notre immunité, au sein de la corruption du monde et parmi les démons eux-mêmes, est produite par la vue constante de la face de Dieu.

l'immunité de l'ange et celle du PKLTr.E 5'3

Depuis le premier instant où il nous a été donné d'en jouir, nous ne saurions nous en détourner. 11 en résulte, pour nous, une horreur absolue de tout mal et la parfaite confirmation dans le bien.

Autant que ta condition présente le permet, tiens tes yeux fixés sur la divine face. Songe à ce tout-puissant regard, témoin, jour et nuit, de tes actes et pénétrant jusqu'en tes pensées et en tes sentiments les plus intimes, et tu te sentiras impeccable. Loin de te complaire jamais dans le mal, tu en éprouveras, comme nous, une invincible horreur.

Songe aussi à ma présence à tes côtés. Tu ne voudrais pas me contrister. Tu suivras mes inspirations et tu ne feras rien qui soit indigne et de toi et de moi. Je serai pour toi ce que l'ut, pour les jeunes Hébreux, lAnge qui leur apparut dans la fournaise. Je te préserverai des flammes qui t'environneront, sans t'atteindre, et je verserai sur ton âme la douce rosée qui la conservera dans sa pureté et sa vigueur.

Songe aux Anges Gardiens des âmes que tu as à guérir. Ils seront là toujours présents et toujours prêts à te venir en aide. Pourrais-tu, sous leurs regards, te complaire en ce mal qu'ils abhorrent et lui donner accès en ton cœur?

Voilà, prêtre de Jésus-Christ, les moyens d'obleuir cette précieuse immunité que tu nous envies et que tu désires partager avec nous. Ils sont

assurés et infaillibles autant que nécessaires. Ces! par eux que tu cesseras dètre homme fragile pour devenir Ange bienfaisant.

Mais la fidélité à l'emploi de ces moyens est elle-même une grâce. Tu ne cesseras delà demander à Dieu et il ne le la refusera jamais. En lenvoyanl dans les régions où sévit le fléau, il a mis à la ilisposilion lous les secours pour t'en préserver.

Conslanle défiance de loi-méme el pleine confiance en Dieu. Confiance dans l'Ange qu il a placé près de toi pour te rappeler, à chaque instanl. la dignité sacerdolale. Si tu restes dans les dispositions où je te vois présentement, avec quelle joie je te seconderai dans ton auguste ministère ! En suivant mes inspirations, tu accompliras tes fonctions les plus délicates comme je les accomplirais moi-même, si jetais à ta place. Tu sauveras les autres, sans l'exposer à le perdre, et tu acquerras, chaque jour, de nouveaux droits à l'airection du souverain ami des ûmes.

L'humilité angélique et sacerdotale.

Nulle vertu nest plus honorée au ciel que Thumililé, car aucune ne /'end plus de gloire à Dieu. Conserver à Dieu sa gloire, en la défendant contre les usurpations de la créature intelligente, est la fonction propre de l'humilité.

L'humilité des Anges est un sentiment de justice qui leur fait rapporter à Dieu tout ce qui Aient de lui, c'est-à-dire tout ce qu'ils sont et tout ce qu'ils font.

L'excellence de leur nature, les grâces qu'ils reçurent, au jour de leur épreuve, les beautés dont ils furent couronnés en entrant au ciel, leur immortalité, leur confirmation dans le bien, la vue de Dieu lui-même, le bonheur de le posséder et de jouir éternellement de lui, autant de bienfaits gratuits mis en face de leur néant et arra-

L ANGli ET I.E PRETliE

chanl de leurs cœurs celle unanime exclamalion: Soli Deo omnis honor et gloria !

Le privilège d'èlre associés à sa providence, el d'agir, en son nom, dans le monde extérieur, ne fait pas moins éclaler leur humililé. Ils disparaissent dans leurs fonctions. En eux et par eux, Dieu seul parle et agit. En aucune circonstance, nous ne les voyons attirer sur eux-mêmes l'attention des hommes. Quand, ébloui par la beauté dun Ange, saint Jean se prosterne pour l'adorer, l'Ange le relève et lui dit: Garde-toi d'agir ainsi ; je ne suis comme toi qu'un serviteui'.

Vouloir, pouvoir et agir, sont de purs dons de Dieu. Les Anges laissent les dons de Dieu le glorifier en eux, sans en rien détourner à leur propre louange. Ils font remonter au souverain Bienfaiteur et les bienfaits dont ils furent euxmêmes comblés et ceux dont ils sont les dispensateurs auprès des hommes. Aux oITres des deux Tobies reconnaissants, l'Ange Raphaël répondit par ces mémorables paroles : « Ciim essem vobisciim^ per vohinlalem Dei evam : ipsiiin henedicile et cantate illi. Tempas est ut revertur ad Deum qui me misit. \'os autem henedicile Deum et narrate omnia mirabilia ejus. Et cum hœc dixisset ah aspectu eorum ahlatus est el ultra eum videre non poluerunt ».l\ les invite à bénir Dieu et disparaît, sans demander pour lui-même un simple souvenir en leurs cœurs.

l'humilité ANGÉLIQUE ET SACERDOTALE 57

Considère à ton tour, Prêtre de Jésus-Christ, les motifs que tu as d'être toujours profondément humble. Tu as les mêmes motifsque les Anges et de plus grands encore.

Tu as à mettre les bienfaits de Dieu, non point seulement en face du pur néant que tu as en propre, mais encore de ce qui est au-dessous du néant : fragilité, faiblesse, fautes accumulées, périls incessants, avenir incertain, perspective de la mort temporelle, crainte de la mort éternelle.

En considérant ton élection, ton ministère sacré, les grâces dont lu as été comblé, les sublimes pouvoirs que tu as reçus, le ministère divin qui t'a été confié, et en songeant que tu étais indigne de pareilles faveurs, que tu n'as rien fait pour les mériter, peux-tu ne pas te sentir couvert de confusion et ne dois-tu pas t'écrier comme les Anges : A Dieu seul tout honneur et toute gloire !

Quand, sous l'inspiration de Dieu et par sa grâce, tu as éclairé et touché les âmes, que tu les as purifiées de leurs souillures, que tu les as placées dans les voies du salut et que tu les y fais avancer, peux-tu en avoir en toi même quelque complaisance, t'en prévaloir devant les hommes et t'en glorifier comme si tu étais le véritable auteur de ces merveilles, comme si un autre que Dieu pouvait les opérer?

Serviteur infidèle, tu te mettrais à la place du

Maître, tu lui déroberais sa gloire, lu t'approprierais ce qui lui revient, tu touillerais au rang <le ceux dont saint Paul a dit: Adultérantes verbiim Dei, faisant une alliance adultère et sacrilège de la parole de Dieu et de la parole de rhomme, de sa bonté et de ta vanité, de l'action de sa grâce et de tes prétentions.

Autre considération qui te concerne plus directement f[ue les Anges et qui lest personnelle. Par ton caractère et ton ministère, tu es un autre Jésus-rilirisl. Or, qu'est-ce que Jésus- Christ? Avec autant de raisons que saint Jean a dit: Dieu est Charité, nous pouvons dire: Jésus- Christ est humilité. L'humilité du Rédempteur a la profondeur qui s'étend du sein de son Père jusqu'au sein de la Vierge Marie, jusqu'au creuset de la souffrance, jusqu'à la mort et à la mort de la croix.

Si l'humilité ne domine en ta personne et en les actes, comment donc reconnaître en toi un autre Jésus-Christ, c'est-à-dire le représentant et l'agent du Dieu-humanité? Nest-il pas évident que tu ne serais à ses yeux qu'une monstruosité?

Quand tu agis au nom du Christ et que tu opères des merveilles de sanctification, réjouisloi, mais comniL- d'un bien qui vient tout entier de lui et qui doit lui être rapporté. Disparais comme font les Anges, afin de le laisser paraître seul. Il bénit et féconde le ministère des prêtres

l'humilité ANGÉLIQUE ET SACERDOTALE 59

humbles. Les âmes les plus simples savent les discerner et c'est à eux qu'elles se confient, quand elles désirent véritablement leur salut.

Le Prêtre et Lucifer.

Prêtre de Jésus-Christ, écoute la grave leçon que j"ai à l'adresser aujourd'hui. Elle t'inspirera une crainte salutaire et te préservera du plus grand des périls, celui de Torgucil.

Dans rassemblée des fidèles, tu sièges le premier; tu es à leur tête et le seul en vue. Tu les domines par ton caractère, ton savoir et les fonctions. Ils te sont soumis et tu les diriges. Ils prennent conseil de toi, dans leurs embarras, et tu les éclaires de tes lumières. Ils te respectent et t'adressent fréquemment leurs félicitations et leurs éloges. En un mot, ils sont le troupeau et lu es le pasteur ; ils sont les disciples et tu es le maître ; ils sont les enfants et lu es le père.

Dans une situation si élevée, tu es porté à te prévaloir des liommages que tu reçois, à prendre complaisance en toi-même, à te persuader que

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