OBSERVATION II
284. M... C..., âgée de 4 ans, d’une constitution robuste, de même fille d’un batelier.
Le premier jour de sa maladie, la patiente avait reçu les soins d’un praticien des environs , qui avait employé des vomitifs et la cautérisation.
Le 28 janvier 1856, 2e jour de la maladie. Je constate d’abord : rougeur du visage, écoulement séreux du nez, fétidité de l’haleine, gonflement considérable de la région sous-maxillaire et submen taie du cou, dysphagie, difficulté de la respiration, assoupissement profond, fièvre intense, pouls fréquent.
En explorant la gorge, je trouve les deux amygdales rouges et fortement enflées, principalement celle du côté droit, qui est recouverte d’une fausse membrane épaisse et jaunâtre, s’étendant sur la luette et sur le bord intérieur de la tonsille droite.
La malade ne tousse point et n’a pas toussé au début de la maladie.
Traitement : Quatre sangsues aux parties latérales du cou , attouchement renouvelé des pseudo-membranes avec une éponge trempée dans une forte solution d’azotate d’argent. Bicarbonate de soude, dissoute dans de l’eau sucrée comme boisson.
285. Nonobstant ces moyens, le mal fait des progrès sans interruption. Le soir et pendant la nuit , la tuméfaction des parties latérales et antérieures du cou s’accroît de plus en plus, et exerce une telle pression sur les tonsilles , dont le volume augmente en même temps, qu’elles se touchent et qu’elles forment un obstacle invincible à toute communication de l’air. La patiente perd tout-h-fait connaissance, elle reste immobile, la figure bouffie, la bouche entre-ouverte, le pouls devient filiforme, imperceptible, les mains et les pieds se refroidissent. Elle succombe vers onze heures, sans combat, comme l’enfant qui fait le sujet de la première observation.
286. La face et le cou , dont le volume est énorme, offrent après la mort le même aspect que celui de l’observation précédente.
OBSERVATION Hl.
287. H... L..., garçon de 6 ans, d’une complexion assez forte.
Le 10 février 1856, 2° jour de la maladie. Mal de gorge, déglutition douloureuse, timbre nasonné de la voix, rougeur de la figure, somnolence, fièvre, manque d’appétit, faiblesse.
Les ganglions sous-maxillaires et les parties latérales du cou sont fort enflés; sur le côté droit la tumeur s’étend vers la nuque jusqu’au bord postérieur du muscle sterno-cleido-mastoïdien ; elle est dure, rénitente et douloureuse au toucher, mais elle l’est moins à mesure qu’elle s’éloigne de chaque côté de l’angle de la mâchoire en s’avançant vers le menton. Les deux amygdales sont enflammées, principalement la droite, dont le volume a augmenté de deux tiers au moins ; on aperçoit une grande concrétion jaunâtre, déformé ovale, sur sa surface antérieure, ainsi qu’une tache longue et étroite de la même couleur sur le bord intérieur de la tonsille gauche. — Les concrétions sont entourées d’un liseré violet. La respiration est ronflante, gutturale et un peu gênée.
288. Traitement : Quatre sangsues aux apophyses mastoïdiennes. Après la cessation de l’écoulement de sang, qui est abondant, application de la teinture d’iode iodo-bromurée (' voy . 275) sur toute la surface antérieure et latérale du cou, à l’aide d’un pinceau à dessiner ; cette application est réitérée huit fois dans les premières 24 heures. Sinapismes aux pieds.
Le malade refuse toute espèce de boisson, à cause de la difficulté de la déglutition.
289. 3° jour. Le gonflement du cou et la rénitence de la tumeur ont diminué très-sensiblement ; les amygdales aussi se montrent moins enflées et moins rouges ; la déglutition et la respiration s’opèrent avec plus de facilité.
Catarrhe nasal avec suintement séreux , fièvre médiocre. Le malade se sent plus à son aise et il demande à boire.
Les frictions sur le cou sont continuées comme la veille. Je prescris une infusion de tilleul avec addition de liquor Mindéreri.
290. 4» jour. La plus grande partie de la tumeur du cou est dissoute ; il n’en reste plus que l’engorgement des ganglions sous-maxillaires, au-dessous de l’angjc de la mâchoire. Le volume des tonsilles, ainsi que leur rougeur, ont considérablement diminué ; les concrétions sont plus circonscrites et paraissent moins épaisses. La respiration n’est plus ronflante ni gênée; la déglutition s’effectue sans difficulté. Le malade éprouve un chatouillement dans le larynx et dans la trachée qui provoque
de temps en temps une toux légère avec expectoration de crachats muqueux.
La fièvre est insignifiante, la peau humide, l’urine copieuse.
Trois frictions, jour et nuit; même tisane que le jour précédent.
291. 5e jour. L’engorgement sur le côté gauche a entièrement disparu, et le ganglion sous-maxillaire qui correspond à l’angle droit de la mâchoire, n’a plus que la grosseur d'une amande.
L’épiderme des téguments du cou se détache çà et là en larges lambeaux, sous lesquels apparaît un nouvel épiderme. En quelques autres points l’action caustique de la teinture a fait naître de petites phlyctènes semblables aux ampoules produites par l’action de l’eau bouillante. On les épargne pendant l’application de ce topique , et on y met un peu d’huile d’amandes douces.
292. L’amygdale gauche est revenue à son état normal, si l’on excepte toutefois une légère rougeur sur son bord intérieur, et une ligne fine d’un jaune paille sur son extrême limite.
293. Le volume de la tonsille droite ne surpasse pas plus d’un tiers celui qui lui est propre dans son état habituel. Dans la même proportion la plaque couenneuse s’est rapetissée dans toutes ses dimensions, elle se montre pâle, amincie et presque transparente, le liseré qui l’entoure se présente comme une ligne extrêmement fine, d’une couleur cramoisie, contrastant très sensiblement avec la rougeur qui couvre le reste de l’amygdale jusqu’à sa base, et qui pâlit à mesure qu’elle s’éloigne du liseré dont je viens de parler.
294. La muqueuse pharyngienne, à peine rougic, sécrète un mucus transparent, la langue devient humide. L’expectoration de crachats muqueux , un peu jaunis , continue. — Fièvre presque imperceptible, appétit.
Deux frictions en 24 heures.
295. 6e jour. La tache diphthéritique sur la tonsille droite se présente comme une ombre ; celle du côté opposé s’est totalement effacée.
Une seule 'friction.
7° jour. 11 ne reste plus de trace de l’affccl ion diphthéritique qu’une rougeur rose des amygdales. Le petit malade est rétabli.