OBSERVATION VI
309. C... S..., âgée de 9 ans, d’une forte constitution et d’un tempérament sanguin.
Le 10 juin 1836. Coryza, forte tuméfaction des ganglions sous-maxillaires et sous-lingaux et du tissu cellulaire du cou, rougeur profonde des amygdales fortement enflées. On remarque de grandes taches grisâtres très-minces sur leur surface; la malade avale avec peine; voix nasonnée, faciès colorée et congestionnée, vive douleur â la tète, forte agitation, fièvre intense, accélération considérable du pouls.
Quatre sangsues aux processus masloïdei ; sinapismes aux pieds ; lavements; eau alcalino-muriatique.
310. 2' jour, le matin. Fièvre moins intense, amendement des symptômes inflammatoires, extension des taches diphthéritiques , écoulement séreux des narines, dans lesquelles on aperçoit quelques concrétions grisâtres.
L’après-midi, exacerbation de la fièvre, grande inquiétude. La tuméfaction des parties latérales et antérieures du cou atteint rapidement à un tel degré, que la tumeur forme une saillie considérable autour de la mâchoire inférieure. Ce n’est qu’avec une grande difficulté que je réussis d’entre-ouvrir les dents et d’explorer le gosier. Je trouve le volume des amygdales tellement augmenté qu’elles se touchent â leurs bords et qu’elles pressent la luette, qui est de même gonflée, en avant et en haut, vers la voûte du palais. Toute communication de l’air par l’isthme du gosier est interrompue. Les mouvements respiratoires s’affaiblissent et sont enfin suspendus; de même le pouls s’affaiblit au point d’être bientôt aboli entièrement ; on ne perçoit que de loin en loin les battements du cœur; les pieds et les mains deviennent glacés, la figure se congestionne et les
lèvres prennent une teinte bleuâtre. L’enfant, plongée dans un sommeil léthargique et se tenant dans une immobilité complète, ne semble avoir que peu de temps à vivre.
311. J’applique immédiatement et largement la teinture d’iode iodobromurée sur les parties latérales et antérieures du cou ; j’introduis à différentes reprises une petite éponge, attachée à une baguette et trempée dans un mélange d’ammoniac et d’eau , dans l’isthme du gosier, et je fais faire des frictions ammoniacales sur les extrémités. L’application sur le cou et une partie de la poitrine de la susdite teinture , est réitérée de 15 minutes en 15 minutes.
Après deux heures d’efforts persévérans, la malade revient à elle peu à peu, l’acte de la respiration commence à s’accomplir avec quelque liberté, et avec le rétablissement de la circulation la froideur presque cholérique des pieds cède successivement pour faire place à une température plus naturelle.
En examinant le cou , je trouve que l’engorgement montre moins de rénitence et qu’il s’est sensiblement amoindri ; le passage de l’air par l’isthme du gosier se fait plus aisément, et les symptômes asphycliques et céphaliques se dissipent. Mais la malade reste dans un état de somnolence et d’anéantissement des forces.
Les frictions sur le cou sont alors renouvelées toutes les 3 heures.
312. Le lendemain du 3r jour, lors de ma première visite , je trouve qu’une amélioration notable s’est opérée dans l’état local et général de la malade. L’enfant a repris sa parfaite connaissance, toute difficulté de la respiration a disparu , mais les mains et les pieds conservent encore une certaine fraîcheur, et les forces sont encore déprimées, le pouls est fréquent, petit et extrêmement faible.
La tuméfaction du cou s’est réduite à plus de la moitié de la dimension qu’elle avait la veille, le volume des tonsilles ne met plus d’obstacle à la pénétration de l’air par l’isthme, ainsi qu’a l’acte de la déglutition ; enfin, les concrétions des amygdales se montrent d’une moindre étendue.
L’application de la teinture d’iode iodo-bromurée ayant produit en divers endroits un effet vésicant, est discontinuée.
L’eau d’Adélaïde est prescrite. — Bouillon; eau vineuse.
313. Les jours suivants , le même traitement est continué. Sous son influence, l’amélioration fait des progrès rapides : la débilité diminue, le pouls , en conservant toutefois sa vitesse, se relève de sa faiblesse, les pieds et les mains reprennent leur température normale, et une transpiration s’établit sur toute la surface du corps. — Le 6e jour, l’exsudation coiienncuse est résorbée, et la malade entre en pleine convalescence.