OBSERVATION XV
387. L.... L...., enfant à la mamelle, de il mois , sujet scrofuleux, anémique et tellement chétif, qu’il n’existe aucun espoir de le sauver.
Le 28 octobre 1857, troisième jour de la maladie. Forte tuméfaction des ganglions sous-maxillaires, principalement sur le côté droit, ainsi que des ganglions sous-lingaux; exsudation diphthéritique jaune-blanchâtre sur la luette et sur les amygdales gonflées ; l’exsudation et le gonflement sont plus prononcés sur l’amygdale droite ; enduit jaune-blanchâtre de la langue, fièvre modérée, pouls à 100. Point d’écoulement nasal.
Frictions sur le cou avec la teinture d’iode todo bromurée.
388. 4° jour. Amendement de la fièvre, pouls à 95, diminution de l’engorgement ganglionnaire et de la tonsille gauche. L’amygdale droite, en conservant son volume de la veille, s’est allongée , et sa pointe est tournée en avant et vers le côté opposé. L’exsudation épaisse et lardacée qui l’enveloppe entièrement, s’étend en haut sur le voile du palais et même sur une grande partie de la muqueuse de la voûte palatine. En montant, elle devient plus mince et plus blanche et elle prend l’aspect d’une feuille de papier, presque carrée, collée sur la tunique muqueuse. Les frictions sur le cou sont continuées.
389. 5f jour. On remarque encore très-peu la tuméfaction ganglionnaire. Les concrétions du gosier n’ont subi aucune modification. Fièvre modérée.— Frictions.
390. O" jour. L’exsudation coucnneuse s’est propagée sur la base de la langue et sur la muqueuse buccale droite, où efle prend de même l’aspect d’une feuille de papier blanc très-fine et de forme à peu près carrée. — La peau est fraîche, la faiblesse excessive, le pouls insensible.
Eau d’Adélaïde n° III (274) édulcorée; frictions.
391. 7« et 8° jour. Les forces et le pouls se relèvent, la figure s’anime, la peau se réchauffe ; il y a quelques selles diarrhéiques fétides et mêlées de pellicules noires ; les urines sont rendues copieusement.— Les concrétions se rapetissent successivement et apparaissent comme déchirées.
Prescription ut supra.
9e jour. L’enduit de la langue s’épaissit, les cavités du pharynx et de la bouche se remplissent de mucosités jaunes et visqueuses, la respiration s accélère et devient difficile, l’enfant fait de vains efforts pour vomir. — L’eau d’Adélaïde et les frictions sont discontinuées, et l’on prescrit un vomitif (vin. slib. cFHuxham.), qui provoque quelques vomissements de matières bilio-glaireuses très-gluantes. L’eau d’Adélaïde est reprise.
392. 10° jour. La respiration s’opère avec moins de difficulté, le pouls devient sensible et le petit malade semble se revivifier, ce qui inspire aux parents quelque espoir, malheureusement illusoire. L’état local s’est amélioré de même très-sensiblement, la muqueuse buccale est totalement dégagée. On ne voit plus que quelques débris sur la langue, les tonsilles et les autres parties auparavant couvertes de concrétions.
Eau d’Adélaïde.
Il" jour. Amélioration progressive. Quelques selles vertes et fétides. On ne remarque plus que quelques fragments membraniformes h la base de la langue.
On cesse l’eau d’Adélaïde.
393. 12° jour. Tandis que la base de la langue est complètement débarrassée des dernières traces de l’exsudation concrète, tout le reste de la surface, ainsi que les gencives et la muqueuse labiale, se montrent maintenant revêtues d’une couche diphthéritique épaisse, d’un blanc-jaunâtre sale. Les gencives sont boursouflées et saignantes, les lèvres fortement tuméfiées et aux commissures excoriées ; l’haleine est d’une puanteur extrême.
La respiration devient de nouveau plus gênée, et , malgré l’emploi de médicaments analeptiques, les forces diminuent d’heure en heure. — L’enfant expire le soir, doucement, sans combat.