OBSERVATION XVI
394. A.... L...., âgé de deux ans et demi, d’un tempérament lymphatique. Quelques jours avant, la sœur du malade, traitée par un autre praticien, avait succombé au mal épidémique.
17 novembre 1837, 2e jour de la maladie. Rougeur phlegmasique et gonflement assez fort des amygdales, de la luette, des piliers et du bord du voile du palais; enduit couenneux aux parois pharyngées ,' aucune exsudation à l’isthme du gosier. Engorgement exorbitant des ganglions sous-maxillaires. La muqueuse des narines, desquelles s’écoule une humeur séreuse, est tapissée de croûtes brunâtres; langue très-jaune, vomiluritions, toux légère et catarrhale, adynamie complète, somnolence profonde, pâleur du visage, flaccidité, sécheresse, fraîcheur de la peau;
faiblesse et petitesse du pouls. — Un vomitif de tartre stibié, qui est administré, ne produit qu’un effet purgatif. — Application sur le cou de la teinture d’iode iodo-bromurée.
3e jour. Peu de changement. — Continuation des frictions.
395. 4e jour. Résolution complète de l’engorgement sous-maxillaire, disparition du gonflement et de la rougeur plilegmasique des amygdales et des organes cités plus haut, dont la coloration est extrêmement pâle; toute la muqueuse buccale présente la même pâleur anémique. La concrétion couenneusc des parois pharyngées, les piliers, les tonsilles et la langue sont couverts d’un mucus épais, visqueux, d’un jaune sale.
396. Une pellicule diphthéritique, blanchâtre, luisante et polie, tapisse les gencives inférieures. L’haleine est d’une odeur infecte. Les croûtes sur la pituitaire des narines prennent une teinte noire, l’écoulement nasal cesse.
La prostration des forces devient extrême, le pouls est à peine sensible, la peau froide, surtout aux extrémités. — Eau d’Adélaïde; frictions. — Bouillon de poule.
397. 5e jour. Il y a un changement complet et bien remarquable sous tous les rapports. — L’enfant s’est relevé de son état de faiblesse et d’assoupissement profond, il est même un peu agité; sa figure est colorée et animée; la peau, en recouvrant son état d’orgasme normal, est chaude, légèrement rougie et humectée; les pulsations artérielles sont plus fortes, plus grandes, ondoyantes et accélérées (120 puis.) ; l’excrétion urinaire devient abondante, et quelques selles liquides, brunâtres et moins fétides ont lieu.
La langue s'est nettoyée et sa surface reparaît rouge et humide , la muqueuse buccale présente également sa teinte habituelle. La pellicule des gencives est devenue très mince, transparente; l’on voit encore une membrane blanche, luisante et floconneuse, en partie décollée et flottante, à la paroi postérieure du pharynx. — La plupart des concrétions nasales sont expulsées, et la tunique pituitaire dénudée reparaît d’une teinte légèrement rosée. L’écoulement du nez a repris.
Même prescription. — Bouillon.
398. G° jour. La fausse membrane qu’on voyait flotter encore la veille dans le pharynx , ainsi que la lamelle pelliculaire qui tapissait les gencives, n 'existe plus. Un mucus clair et transparent , sécrété en abondance, humecte la muqueuse qui revêt les parois de la cavité pharyngée cl buccale. L’augmentation de celte sécrétion est accompagnée d’une hypersécrétion de salive qui s’échappe par les commissures labiales. Les exhalations de la bouche cessent d’être fétides. — On remarque encore
quelques fragments membraniformes noirâtres, sur la pituitaire des narines, dont l’écoulement est plus glaireux.
399. Forte excrétion d’une urine aqueuse et claire , évacuations alvines liquides et fétides , d’une couleur noir-verdâtre , mêlées de nombreuses pellicules diphthéritiques. — Séchées avec les matières fécales sur du linge, où elles collent fortement, elles ont l’apparence de lamelles métalliques très-petites et extrêmement minces, d’un poli brillant et de couleur grisd’argent.
L’étal général ne s’est pas modifié, cependant le nombre des battement du pouls est descendu à 100. — L’appétit commence à se faire sentir. — L’eau d’Adélaïde est continuée ; on cesse les frictions.
400. 7e jour. Les derniers débris des concrétions nasales ont disparu, le nez suinte encore un peu.
L’état général s’améliore de plus en plus, l’appétit devient plus impérieux; la peau dont la température est normale, se couvre de sueurs; l’émission de l’urine continue d’être copieuse, le pouls ne s’est pas modifié; l’enfant tousse un peu, mais la toux est humide et suivie d’expectoration. — Les yeux s’injectent et commencent à larmoyer. — On cesse l’usage de l’eau d’Adélaïde. — Bouillon ; café au lait; eau vineuse.
Séjour. Le pouls tombe à 100. Il y a quelques selles noir-brunâtres, peu fétides; un suintement nasal glaireux persiste encore jusqu’au lendemain. *
9* jour. Guérison.