‹ L'angine couenneuse et le croupChapitre 36 sur 50 · OBSERVATION XVIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION XVIII

410. J.... M..., âgé de huit ans , bien constitué, d’un tempérament sanguin.

Le 26 novembre 1857. Tonsillo-pharyngile , gêne de la déglutition, son guttural de la voix, légère tuméfaction de la région sub-mentale du cou , écoulement séreux du nez , enduit muqueux d’un blanc sale sur la pituitaire nasale , toux sèche et rauque , respiration accélérée; langue jaunâtre, anorexie, fièvre légère, état adynamique et somnolent, yeux abattus. —Vomitif ; vomissements mucosu-bilieux.

2° jour. Amendement des symptômes angineux , toux moins rauque, sommeil inquiet.— Eau alcalino-muriatique.

3e jour. La rougeur phlegmasique de la muqueuse pharyngo-tonsillaire, ainsi que le gonflement des tonsilles, s’est dissipé. Des mucosités blanchâtres couvrent maintenant ces parties. Le mucus qui revêtait la veille la pituitaire nasale , s’est concrété et il forme aujourd’hui une couche couenneuse, unie, fortement adhérente et s’étendant jusqu’aux orifices des narines. La tuméfaction sub-mentale a augmenté. La toux devient sèche et enfin croupale. La fièvre s’accroît. Petitesse et fréquence du pouls, rougeur de la face , céphalalgie, assoupissement, langue jaune et sèche, urines rares, constipation.

Eau d’Adélaïde ; application de la teinture d’iode iodo-bromurée sur la partie antérieure du cou.

411. 4° jour. Amendement notable des phénomènesgénéraux et locaux. La peau se trouve dans un état de turgescence et elle est couverte de sueurs chaudes. L’enduit de la langue est enlevé, et sa surface ainsi que la muqueuse pharyngée sont humectées d’un mucus transparent et trèsliquide. La sécrétion séro-muqueuse nasale a considérablement augmenté, et elle est si surabondante que l’enduit concret de la tunique pituitaire est soulevé par l’humeur sécrétée, et, en grande partie entraîné en dehors. Sur plusieurs points on voit reparaître la muqueuse rouge dénudée, offrant pourtant une coloration plus vive qu’à l’ordinaire.

La toux a complètement changé ; elle est catarrhale, grasse et accompagnée d’une forte expectoration de mucosités très-liquides et claires, au milieu desquelles se trouvent des filaments membraneux longs,

coriaces, d'une tcin Le blanc-jaunâtre. Les yeux commencent à s’injecter. Même prescription.

412. 5e jour. La nuit était moins bonne , le sommeil lourd et agité. Le matin, je trouve que la tonsille gauche, en conservant cependant sa coloration normale, a de nouveau augmenté de volume et qu’elle est tapissée à son bord intérieur d’une pellicule diphthéri tique mince, étroite, jaune-blanchâtre, et aux contours irréguliers et dentés; sur le même côté l’on remarque une tuméfaction modérée des ganglions sous-maxillaires, celle des ganglions sous-lingaux persiste toujours. — L’odeur de la bouche est fétide, les concrétions nasales sont complètement enlevées, l’écoulement du nez a diminué. — L’excrétion salivaire a augmenté, la salive rejetée est très-liquide et mêlée de nombreuses bulles d’air.

413. L’expectoration, précédée d’une toux très-grasse, est considérable (a). Les matières expectorées dans un vase forment une masse albumineuse, demi-transparente, de couleur vitreuse, homogène, épaisse, pesante et excessivement tenace et agglutinative (6). Il s’y trouve un assez grand nombre de fragments membraneux d’un blanc-jaunâtre.

Langue humide; peau molle, modérément chaude et transpirante; pouls égal et mou (120 puis.) ; selles normales; urines rares , jaunes et claires, sans sédiment.

Même traitement.

414. 6e jour. Le malade se porte bien; le pouls tombe à 100; la transpiration cutanée continue, tandis que la température de la peau est normale, — La concrétion sur l’amygdale gauche, qui reste encore peu en liée, se rapetisse et pâlit.

Le pharynx , les lonsilles et la langue sont légèrement revêtus d’un mucus jaune-clair.— La tuméfaction ganglionnaire diminue.

Toux rare et moins grasse ; expectoration beaucoup moins copieuse; écoulement séreux et insignifiant.

(a) Lo vase , dans lequel les matières expectorées sont recueillies, et qui tient à peu près un sixième de litre. , fut rempli en 2i heures.

(b) Quelques essais sont faits, pour reconnaître les propriété? physiques des matières rejetées. En ajoutant do l’eau fraîche, un mélange n’a lieu qu en agitant fortement le vase. L’eau cbando no les dissout pas ; il semblo que leur densité et coagulabddé augmentent plutôt.

En transvasant les matières , on no réussit pas à on verser une partie séparément ; leur cohérence ost telle , que la masse toute entière glisse à la fois dans 1 autre vase, comme un blanc d’œuf avec lequel elle a une grande similitude. En touchant la surface du liquide expectoré avec le bout d’une baguette, le liquide s y attache fortement. En la levant, il se forme un fil d’uue telle ténacité, qu’on peut l’allonger peu à peu, sans rupture, jusqu’à une longueur de 20 cent . et plus. — En tournant la baguette entre les doigts, ce (Il s’enroule autour d’elle et on peut môme parvenir facilement à faire sortir ainsi tout lo conlonu du vase , sous la forme d’un lll non-inlerrompu.

Urines abondantes , claires, de couleur jaune-paille, sans sédiment.— Selles diarrhéiques brun-rougeâtres , dans lesquelles on aperçoit une grande quantité de pellicules grises , extrêmement petites et minces. — Trois frictions par jour.— L’eau d’Adélaïde est continuée.

415. 7r jour. L’état général du malade est excellent, le pouls normal (80 puis.), la peau moite, la langue nette et humide.

L’amygdale gauche est revenue à son volume habituel, et l’exsudation couenneuse a disparu. L’endroit de la muqueuse, qu’elle avait occupé, ne se fait plus connaître que par un coloris un peu plus clair que d’habitude. On ne remarque plus rien des engorgements ganglionnaires. La toux cesse tout-à-fait.

Les matières expectorées sont encore de la même nature déjà décrite; mais elles sont plus liquides et beaucoup moins copieuses. Une quantité de concrétions membraniformes et coriaces d’un jaune-paille, de forme angulaire et aux bords amincis, déchirés et flottants, se trouvent au fond du vase, dans lequel elles sont rejetées. Leur épaisseur est celle d'une carte à jeu. Quant à leur dimension, elle ne surpasse pas les limites extrêmes de 25 millimètres d’une part et d’un centimètre d’autre part.

L’eau d’Adélaïde à continuer ; on fait cesser les frictions.

416. 8* jour. Le malade continue à expectorer des matières albumineuses.

9" jour. Rejection de crachats jaunâtres et arrondis encore mêlés à des mucosités albumineuses et de quelques fragments membraneux. Dans les selles l’on trouve également des lambeaux membraniformes de couleur jaune-paille.

10° jour. Convalescence.

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