‹ L'angine couenneuse et le croupChapitre 39 sur 50 · OBSERVATION XXI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXI

426. C.... M...., âgée de dix ans, d’une complexion délicate et d’un tempérament lymphatique.

Le 19 décembre 1857 (a). 13e jour de la maladie. Céphalalgie frontale continue, front chaud, joues rougies, yeux abattus, ouïe dure, somnolence, indifférence, prostration des forces ; langue sèche et couverte d’un épais enduit blanc-jaunâtre; anorexie, soif; sécheresse et chaleur cà la peau ; pouls irrégulier, dépressible, fréquent (110 puis.); ventre tendu, ballonné et douloureux au toucher; toux sèche; respiration accélérée; selles liquides et jaunes. La pression exercée sur la région iliaque droite ne produit aucun gargouillement, la percussion de l’hypochondre gauche ne révèle aucune augmentation du volume de la rate; on ne découvre pas le moindre indice d’une éruption quelconque sur la peau.

Etant incertain sur la nature de l’affection présente, je me décide à explorer l’arrière-bouche de la malade. J’y trouve la muqueuse du pharynx et les amygdales rougies et ces deux glandes légèrement tuméfiées, mais je n’y découvre aucune trace d’une exsudation couenneuse ; les ganglions lymphatiques du cou ne sont point engorgés.

Prescription : Solution de tartre stibié , in dosi réfracta ; sinapismes aux pieds ; des cataplasmes émollients sur le ventre ; des compresses trempées dans de l’eau froide sur le front; eau d’orge.

427. 14° jour. Les symptômes typhoïdes, ainsi que les phénomènes relatifs à la lésion de la respiration s’aggravent. Température de la peau très-élevée ; front brûlant, face couverte d’une rougeur vive ; yeux abattus, paupières entrouvertes; coma somnolentum ; pouls à 120; ventre fort tendu et sensible. Toux très-sèche et rauque; respiration très-accélérée et pénible ; voix enrouée. Auscultation et percussion : le murmure vésiculaire est remplacé par une respiration sèche, tubaire; parfaite résonnance de la poitrine.

428. Inspection de l’arrière-bouche : Le pharynx et les amygdales sont parsemées d’une quantité de concrétions pelliculaires, lentiformes, sépa-

(o) F. a jeune (ille est malade depuis 12 jours. Selon le dire de sa mère , il s’était manifesté jusqu’ici chez elle les mômes symptômes que dans les deux premiers septénaires de la maladie de sa sœur aînée , succombée, il y a huit jours , è uno affection que le médecin traitant avait déclaré être une fièvre typhoïde.

rées ou confluentes, aux bords irréguliers cl d’un blanc brillant. Là où elles sont moins rapprochées, elles laissent entrevoir la muqueuse rouge et luisante. Celte exsudation pelliculaire s’étend des amygdales à la base de la langue; on remarque plusieurs concrétions, offrant lemême aspect, aux commissures labiales.

429. Le reste de la langue est couvert d’un enduit blanc, brillant, épais, lisse et poli , ayant toutes les apparences d’un vernis. Il n’y a que les bords latéraux et la pointe extrême de la langue, où la muqueuse en est exempte; la couche couenneuse blanche semble être entourée d’un liseré rouge et luisant. En frottant avec un morceau de linge, des bandelettes membraniformes, longues et étroites, se détachent dans la direction longitudinale de la langue, et aux endroits dénudés la muqueuse se présente humide, nette et d’une rougeur brillante.

430. La bouche exhale une odeur fétide, et les narines rendent une humeur séreuse. Sur les deux côtés, je trouve maintenant les ganglions sous-maxillaires un peu engorgés et durs (ci).

Prescription : Eau alcalino-muriatique , coupée avec de l’eau d’orge miellée. Six sangsues à la base du sternum. Application de la teinture d’iode iodo-brom. sur le cou.

431. 15° jour. Mieux sensible. La tête est plus libre, le ventre moins tendu et douloureux; la fièvre décroît, le pouls devient plus égal (110 puis.), la respiration moins accélérée et moins gênée, la toux moins sèche et moins rauque.

Par des frottements réitérés, à l’aide d’un morceau de linge, l’on a enlevé la plus grande partie de l’enduit de la langue; il s’est reproduit cependant en plusieurs places, en forme de petites plaques lenticulaires, blanches et minces. Des concrétions semblables se font remarquer à la face interne des joues, sur toute la vofde palatine , le voile du palais, la luette et la paroi postérieure du pharynx.

Eau d’Adélaïde n° III ; frictions alternativement sur le cou et sur la partie sternale de la poitrine.

432. 4GC jour. L’amélioration fait des progrès. Les principaux symptômes typhoïdes ont disparu ; la figure a repris sa coloration et son expression naturelle; la peau est un peu humide, sa température moins

(°) En interrogeant du nouveau la méro sur ce qui s’était passé pendant lo cours do la maladie do sa Bile aînée , surtout pondant lo dernier septénaire, j’acquiers de plus en plus a conviction qu allô avait succombé à la mémo affection dont la malade actuelle est a'ioinle La bouche et lo gosier étaient couverts do plaques blanches cl la mon survint au milieu de symptômes suffoentoiros.

élevée; le pouls esl égal , mais petit et dépressible (à 120); l’abdomen reste encore un peu tendu et sensible.

Tandis que les concrétions sur les tonsilles et au pharynx ont diminué, la portion postérieure de la voûte palatine et la base de la langue en sont totalement couvertes.

Toux alternativement sèche et humide, dyspnée décroissante. La respiration sèche et tubaire se fait entendre avec moins d’intensité sur le côté droit et antérieur de la poitrine.

Eau d’Adélaïde n° II ; frictions comme la veille.

433. 18° jour. Etat général à peu près comme l’avan t- veille , pouls petit (120 puis.); toux rare et plus humide. — L’exsudation diphthéritique sur la voûte palatine et sur les autres parties citées se montre moins étendue, plus confluente et circonscrite; les deux tiers antérieurs de la surface de la langue , entièrement délivrés de concrétion, offrent une rougeur très-foncée. — Une évacuation alvine, brunâtre, liquide et trèsfétide a lieu, dans laquelle se trouve, outre de nombreuses parcelles pelliculaires, une concrétion pseudo-membraneuse, dont la forme prouve à l’évidence qu’elle a revêtu la cavité du larynx et la face postérieure de l’épiglotte. Elle est ferme, tenace, demi-transparente et elle offre dans ses parties plus minces, l’épaisseur et l’aspect de la colle de poisson. Sa portion antérieure, qui correspond à l’angle antérieur du cartilage thyréoïde, formé par la jonct ion de ses deux lames quadrilatères, a acquis, au contraire, une consistance cartilagineuse. Le prolongement qui correspond à l’épiglotte, est linguiforme.

Même prescription.

434. 20e jour. L’amélioration continue. La fièvre est insignifiante, mais le pouls conserve encore sa petitesse et sa fréquence (113 puis.). La toux est rare, plus souvent humide que sèche , la respiration peu accélérée; la langue est rouge et nette jusqu’à sa base, où se voient encore quelques concrétions confluentes ainsi que sur la voûte du palais et au pharynx. La voix est encore voilée.

Eau d’Adélaïde ; cessation des frictions.

433. 22» jour. On ne découvre plus que quelques points blancs isolés sur la base de la langue et les autres parties citées. Les fonctions respiratoires sont revenues à leur état physiologique; la toux est grasse et accompagnée d’expectoration. Le sommeil est calme, l’appétit plus pressant, la peau humide, sa température normale. Le pouls seulement est encore excessivement faible, petit et fréquent (120 puis.).

Eau d’Adélaïde n» III.

La convalescence s’établit à dater du 23* jour de la maladi#.

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