OBSERVATION XXVIII
467. M... H..., âgée de 4 ans, d’un tempérament lymphatique et scrofuleux , et d’une constitution délicate. A la fin de sa 3° année, la jeune fille fut atteinte d’une pleuro-pneumonie grave, qui mettait ses jours en danger. Depuis cette époque, elle est prise fréquemment d’une toux catarrhale accompagnée d’expectoration muqueuse.
Le 28 janvier 1858. Indisposition depuis la veille. Je constate une pharyngo-tonsillite et l’existence de plaques couenneuses jaune-blanchâtres sur les deux amygdales. Celle sur l’amygdale gauche , qui est plus enflée, est d’une plus grande étendue. Les ganglions lymphatiques de la région sous-maxillaire, principalement du côté gauche , sont fortement tuméfiées. Langue pâteuse et couverte d’un enduit jaune sale ; suintement nasal aqueux; fièvre peu prononcée.
Vomitif ; vomissements mucoso-bilieux. Application de la teinture d’iode iodo-brom. sur le cou ; eau d’Adélaïde n<> IL
468. Le 29 janvier, le matin : en outrepassant mes ordres, la malade a bu entièrement un litre d'eau d’Adélaïde ; les frictions ont été faites quatre fois.— Le gonflement latéral du cou, ainsi que la tuméfaction et la rougeur des tonsilles, ont diminué ; les concrétions paraissent un peu ramollies et moins étendues.— Forte sécrétion sur la muqueuse pharyngienne, tonsillaire, linguale et buccale; écoulement abondant du nez ; état congestif des conjonctives avec larmoiement ; gonflement, rougeur cl chaleur de la ligure; sueurs générales ; agitation et accélération du pouls. — Les frictions sont discontinuées, et l’eau d’Adélaïde est donnée avec ménagement.
469-. Le 30 janvier, le malin: les phénomènes produits par l’action physiologique de la médication se sont dissipés.
Quant aux concrétions, il n’en reste plus qu’une ligne étroite sur le bord intérieur des amygdales. Il y a peu de fièvre , et l’on s’adonne déjà à l’espoir de voir l’enfant bientôt rétablie , lorsque le soir survint soudainement une toux sèche et croupalc, avec dysj née et accélération de la respiration.
Frictions sur le cou ; eau d’Adélaïde n° II , dans des proportions plus fortes que la veille.
470. Le 31 janvier. Accroissement progressif des phénomènes du croup et de la fièvre, avec de courtes rémissions jusqu’au soir, où la respiration devient métallique, haletante et excessivement pénible. — Je prescris la préparation n° I de l’eau d’Adélaïde.
Dans la nuit, la respiration devient diaphragmatique , l’inspiration, accompagnée d’un sifflement aigu et strident, ne s’effectue plus qu’avec des efforts inouïs ; les accès d’étouffement se rapprochent et redoublent de violence ; l’inquiétude et la terreur s’emparent de l’enfant , et je suis de nouveau témoin de ces combats effrayants, qui émeuvent même les cœurs les plus impassibles et les plus habitués à des scènes semblables , dont l’issue est presque toujours funeste.
Nonobstant cette position désespérée, l’on ne cesse pas, durant les courtes rémissions, d’offrir à la patiente l’eau minérale, de sorte que vers le matin le demi litre prescrit la veille au soir, est entièrement pris.
471. Le 1er février, à 6 heures du matin : un changement heureux s’est opéré dans l’état de la malade, que je n’espérais pas revoir vivante, lorsque je la quittai dans la nuit.
Une transpiration et salivation fortes , une sécrétion abondante de mucosités sur les parois du pharynx , ainsi qu’une expectoration d’un mucus visqueux et strié de sang se sont établies. En même temps de nombreuses évacuations alvines ont lieu, avec lesquelles une quantité de fragments pseudo-membraneux jaune-blanchâtres sont rendus. Les quintes de toux sont moins violentes et moins fréquentes; les accès de suffocation , d’une moindre intensité , sont plus éloignés les uns des autres; le sifflement laryngé est moins perçant, la respiration moins pénible, quoiqu’elle continue d’être métallique et accélérée. L’état général de l’enfant est beaucoup plus rassurant. — L’eau d’Adélaïde no I est continuée; les frictions sont réitérées.
472. Le 2 février. Le ptyalisme, la sécrétion de la muqueuse pharyngée et nasale, et l’expectoration augmentent. La malade rejeté, par des efforts d’une toux qui est encore croupale , beaucoup de mucosités albumineuses, vitreuses et filantes, parfois striées de sang. Il y a une telle accumulation de mucus dans la cavités du pharynx, dans la trachée et ■dans les bronches, que la patiente est menacée de suffocation.
Même à quelque distance, on entend un râle muqueux trachéal et bronchique. L’auscultation ne révèle aucune I race d’extension vésiculaire ; l’on ne perçoit qu’un râle muqueux très-prononcé.
Le timbre métallique de la respiration trachéale n’existe plus, mais on distingue encore assez souvent un sifflement laryngé, d’une moindre acuité. La chaleur fébrile s’est amoindrie ; la face est pâle, le pouls irrégulier, filiforme, très-accéléré ( 135-140 puis.), et souvent presque imperceptible. Les forces sont excessivement prostrées , les pieds et les mains sont froids et le corps est inondé d’une sueur visqueuse. Une suffocation paraît imminente.
473. Comme l’ingestion de trois grains de tartre stibié ne produit pas d’effet, une solution de quatre grains de sulfate de cuivre en deux onces d’eau, est ordonnée. La première cuillerée à café détermine déjà des vomissements de mucosités copieuses et tenaces avec grand soulagement.
Après, l’enfant reprend l’eau d’Adélaïde n# I; les frictions sont de même réitérées.
Dans la nuit, les mêmes accidents que je viens de décrire se renouvellent, et ils cèdent à la même médication vomitive. Quelque temps après, l’eau d'Adélaïde est reprise; l’application de la teinture d’iode iodo-brom. est discontinuée.
A l’inspection du gosier, faite dans la matinée, je ne découvre plus de trace de concrétions pelliculaires. Les tonsilles sont à peine rougies et les ganglions sous-maxillaires sont totalement désenflés.
474. Le 3 février. L’expectoration des matières albumineuses et des sputa jaunes continue ; elles sont mêlées maintenant de lambeaux pseudomembraneux jaune-blanchâtres et ramollis. L’abondance des masses ainsi rendues est telle, qu’en 24 heures trois assiettes à soupe en sont remplies.
Une partie des matières expectorées est conservée, pour servir à l’analyse chimique.
Le râle muqueux diminue considérablement; la respiration trachéale redevient de temps en temps un peu bruyante , mais on ne perçoit que très rarement encore à distance un sifflement laryngien pendant l’acte de l’inspiration. L’enfant respire beaucoup plus librement; la toux est rare, tantôt croupale, tantôt catarrhale.
Le soir, gonflement oedémateux de la face; épiphora abondant ; gonflement et tension du ventre.
On cesse l’eau d’Adélaïde.
Des lavements d’une infusion de camomille, avec addition d’huile d’olive, sont administrés; une infusion de camomille avec de l’eau de fleurs d’oranger, sert comme boisson.
Par suite des lavements, surviennent plusieurs selles aqueuses, d’une
odeur infecte, mêlées d’une foule de pellicules petites, minces et noirâtres. Après ces déjections, le ventre se désenfle et la malade se sent bien soulagée.—Urines et sueurs abondantes.
475. Le 4 février. A force de lavements, on obtient des selles en partie fécales, mais en plus grande partie mucoso-séreuses , fétides, et renfermant de nombreuses concrétions pelliculaires, blanc-jaunâtres, très-consistantes, assez épaisses et de différentes formes et dimensions.
L’expectoration continue, sinon au même degré que la veille. La respiration trachéale conserve encore une certaine sonorité ; l’on observe facilement que l’air pénètre avec quelque difficulté par la glotte, en produisant de temps en temps un sifflement plus ou moins fort ; surtout en appliquant l’oreille sur le larynx ou entre les deux omoplates, on *e perçoit très-distinctement.
Le murmure vésiculaire est toujours masqué par un râle muqueux.
Les accès de toux sont très-éloignés, mais elle est parfois encore sèche et eroupale. L’enfant se porte infiniment mieux. La bouffissure du visage est presque tout-à-fait dissipée. Le pouls est petit et fréquent (120 puis.), mais plus régulier ; la peau est chaude et humide.
Le soir, une consultation avec M. le docteur Marbotin , de Valenciennes, a lieu. On convient de faire reprendre l’eau d’Adélaïde dans des proportions très-modérées, en soutenant les forces par un régime fortifiant.— Prescription: eau d’Adélaïde n° III, coupée avec du bouillon de veau ; bouillon de poule, eau vineuse.
476. Le 5 février. L’expectoration augmente de nouveau , et avec les matières rejetées, l’enfant rend toujours encore des parcelles pelliculaires molles. L’expiration ainsi que l’inspiration sont insonores et s’effectuent aisément ; la toux a perdu tout-à-fait son timbre croupal ; la voix pourtant reste encore faible, presque éteinte et obscure. Le pouls est régulier et plus grand (à 100) ; l’émission des urines est abondante ; la langue s’est, nettoyée et l’appétit se fait sentir.
Le 6 février la convalescence s’établit.