‹ L'angine couenneuse et le croupChapitre 6 sur 50 · IV. — ANGINE DIPHTHÉRIQUE MALIGNE PROPREMENT DITE · texte numérisé non relu

IV. — ANGINE DIPHTHÉRIQUE MALIGNE PROPREMENT DITE

82. Cette forme spéciale de la fonsillo-pharyngite diphthérique est caractérisée par un engorgement énorme des ganglions lymphatiques et du tissu cellulaire sous-cutané du cou , — par un appareil typhoïde et adynamique d’une gravité extrême, — et enfin parla manière dont la mort survient, laquelle arrive souvent d’une manière soudaine au milieu d’accidents généraux, sans phénomènes d’occlusion du tube aérien par de fausses membranes. Cette mort, d'ailleurs , semble dans la plupart des cas, résulter directement d’une infection particulière et profonde de toute l’économie.

83. Cette forme de diphthérite ne s’est pas montrée , à ce qu’il paraît, dans les épidémies que M. Brétonneau a décrites dans son Traité , car en indiquai! t les caractères différentiels de toutes les affections diphthéri tiques qu’il a observées, il n’en lait aucune mention ; de plus, dans le premier de ses articles, sur les moyens de prévenir le développement et les progrès de la diphthérite, publiés en 1855 dans les Archives générales de médecine, cet auteur, en parlant de ces « intoxications soudaines qui éteignent la vie sans le concours de l'occlusion du larynx, » et qui firent à cette époque h Paris et dans quelques départements voisins de nombreuses victimes, — déclare formellement qu’il n’a point vu des cas d’aussi foudroyantes intoxications dans les localités où l’épidémie de Tours s’est si largement propagée.

84. A celte occasion , ce célèbre médecin fait remarquer que malgré

un long ot minulieux examen des documents ayant trait aux divci ses apparitions du mal égyptiac, depuis les siècles les plus reculés , il n’a pu découvrir un seul exemple d aussi soudaines extinctions de la \ic par ce terrible ennemi.

MM. Trousseau et Isambert pensent, cependant, (.pie cest à ce geme de diphthénte qu’appartiennent beaucoup de descriptions d’épidémies d’angine gangréneuse ou maligne des temps anciens, maladie pestilentielle, disent ces descriptions, fort grave par ses symptômes généraux, laquelle frappait tous les âges indistinctement et enlevait ses victimes dans le court espace de deux ou trois jours.

Quoiqu’il en soit, ce n’est que depuis 11 ou 12 ans que l’angine maligne diphthérique , proprement dite, a été bien observée et constatée, et c’est depuis peu d’années seulement que l’attention des médecins fut attirée , par les docteurs Blache et Yallei sur cette affection , sans contredit la plus pernicieuse de toutes les atteintes du mal diphthéri tique. L’un des médecins distingués que je viens de nommer, venait d’être moissonné par cette terrible maladie, et l’autre en avait été frappé parla perte de son fils.

M. Trousseau (a) et après lui M. Isambert (b), nous ont donné des descriptions parfaites de cette maladie, dont j’ai pu vérifier l’exactitude dans les angines malignes que j’ai eu à traiter moi-même.

8o. Comme ces médecins, j’ai rencontré parmi les symptômes initiaux de cette angine, un coryza plus ou moins intense, avec écoulement par les narines d’une humeur aqueuse et inodore. Assez souvent aussi j’ai pu remarquer dès le principe de la maladie, sur la cloison et les cornets du nez, des concrétions ordinairement brunâtres ou d’un gris cendré. C’est sur ces symptômes principalement que M. Brétonneau, dans les derniers temps, a cherché à diriger l’attention des praticiens. Cet observateur déclare qu’il vient d’acquérir la conviction que dans la plupart des affections diphthériliques graves, le mal syriac prend naissance dans les narines, et que dajjs les cas où il éteint la vie avec cette soudaineté, comme dans l’angine maligne, le mal existait déjà avant l’apparition des symptômes angineux dans les fosses nasales, où il s’était développé d’une manière latente et clandestine. Toutefois, sans contester celte remarque, je dois dire cependant que ces deux symptômes restèrent souvent inaperçus. — Dans les angines malignes que j’ai eu à traiter, une douleur

(a) Gazette des Hôpitaux, 1355, p. 397.

[b) Loc. déjà ci lé.

à la gorge et une céphalalgie vive furent généralement les maux dont les malades se plaignaient d’abord. A ces deux phénomènes se joignaient alors une fièvre ardente, avec rapidité du pouls, rougeur de la face, chaleur brûlante h la peau et une grande agitation suivie d’abattement; d’autres malades, au contraire, se sentaient abattus déjà au commencement, et tombaient bientôt dans un état de somnolence, de sopor et même dans le coma.

Avec le mal de gorge, ou peu de temps après, se manifestait un gonflement considérable des glandes lymphatiques du cou , principalement des glandes sous-maxillaires et sous-linguales, qui s’étendait habituellement sur le tissu cellulaire sous-cutané. Cette tuméfaction embrassait souvent toutes les parties latérales et antérieures du cou et prenait des proportions si colossales, qu’elle dépassait même de beaucoup le niveau de la mâchoire inférieure.

Ce symptôme ne manquait jamais de se produire; aussi est-il à juste titre considéré comme un des principaux signes pathognomoniques et pronostiques de cette maladie.

Lorsque les ganglions seuls étaient pris, la tumeur se montrait inégale et dure au toucher; mais lorsque l’enflure gagnait le tissu cellulaire, elle présentait une surface parfaitement unie et lisse et la rénitence d’une pâte épaisse et ferme. Les téguments du cou éprouvaient, surtout dans le dernier cas, une tension extrêmement forte.

Dans deux de ces angines, j’ai vu les ganglions du cou se transformer en véritables bubons (a), qui, en s’abcédant, fournirent une sanie d’une odeur gangréneuse horriblement fétide.

La rougeur et le gonflement des amygdales et des autres organes qui circonscrivent l’isthme du gosier, ainsi que la difficulté de la déglutition, se montraient ordinairement très-prononcés, surtout au commencement de la maladie.

Les concrétions du gosier se montraient communément, au début, d’une teinte grisâtre ou d’un jaune ou blanc sale ; du point de leur départ (fosses nasales ou isthme du gosier), elles se propageaient souvent, sans toutefois franchir l’ouverture de la glotte, avec rapidité sur les muqueuses environnantes. Les exsudations de l’arrière-bouche , après avoir augmenté considérablement d’épaisseur, devenaient bientôt confluentes et molles et formaient un amas difforme ou plutôt une bouillie brunâtre, passant au noir, qui exhalait une odeur de la plus repoussante fétidité.

(a) Ghisi rapporte des faits analogues dons sa relation de l’épidémie qui régnait b Crémone en 1717.

Fréquemment , il s’établissait en môme temps un écoulement d’un mifeus corrosif par la bouche, qui , en descendant par les commissures labiales, occasionnait sur celles-ci des excoriations qui ne tardaient pas de se couvrir des exsudations d’un blanc sale, passant bientôt au noir. Les fausses membranes nasales se transformaient en croûtes de la même couleur, et le liquide qui s’échappait par le nez devenait visqueux, sordide, sanguinolent et fétide ; il corrodait sur son passage les bords des orifices qui se tapissaient à leur tour des concrétions de la même nature.

Lorsque le mal se généralisait à ce point, il s’étendait ordinairement sur la muqueuse oculaire et palpébrale. Comme premiers et principaux symptômes de la conjonctivite diphthérique , il se manifestait alors une rougeur vive de la conjonctive^ une tuméfaction oedémateuse des paupières, suivie d’une épiphora abondante; mais bientôt il s’établissait

une sécrétion copieuse d’une matière jaunâtre , épaisse et plastique, qui agglutinait les paupières et s’épanchait sur les joues.

La langue se montrait au commencement de la maladie généralement pâteuse et jaunâtre, mais elle ne tardait pas , en devenant sèche, dure et i apetissée, à se revêtir d’un enduit brun ou noir ; les lèvres se couvraient de même de fuliginosités. — Il arriva souvent que la tuméfaction du cou gagnait les lèvres et toute la face ; celle-ci, inondée de matières ichoreuses et dégoûtantes, affluant d’une triple source infectée, devenait alors méconnaissable et offrait l’aspect le plus hideux qu’on puisse s’imaginer.

Si les malades résistaient aux graves désordres que je viens de décrire, la maladie entrait alors dans une nouvelle période, et présentait à l’observateur une autre scène non moins affreuse et encore plus alarmante.

Le plus habituellement , la fièvre diminuait tout-à-coup d’intensité ; la figure palissait et prenait l’expression d’une grande anxiété; la voix s éteignait; la température de la peau , qui avait été brûlante, baissait subitement, surtout aux pieds et aux mains, qui se refroidissaient complètement ; les battements du cœur et les pulsations radiales devenaient extrêmement misérables et à la fin imperceptibles. — Le malade qui éprouvait, à cause du gonflement des amygdales et de l’engor°-emen, ciiormc (lu cou , une grande difficulté d'ouvrir la bouche , cl font les cavités nasales et gutturales étaient obstruées par des mucosités épaisses et par un amas de concrétions en putréfaction , se sentait oppressé ; sa respiration devenait ronflante et slerloreuse.

Les forces vitales du patient s’anéantissaient rapidement , et il tombait l ans un élut de prostration extrême et dans un sommeil léthargique. Ccst habituellement dans cet état que les malades succombaient, soudai-

nement ou plus lentement, sans combat et sans que le moindre accident croupal se manifestât.

Après la mort, le visage présentait ordinairement une pâleur extrême, et les lèvres ainsi que les téguments du cou , dont le volume semblait encore plus monstrueux que pendant la vie, prenaient une teinte livide ou noire.

86. En plusieurs cas j’ai vu, au moment où l’état général revêtait le caractère d’une profonde adynamie, la rougeur loncée ou vive des amygdales et des autres organes phlogosés diminuer subitement et une pâleur anémique se répandre sur toute la muqueuse gutturale et buccale. Dans celle période, la figure, les téguments du tronc et des extrémités montraient la même décoloration. Du reste, ce phénomène a été signalé déjà par M. Trousseau, dans ses leçons cliniques sur les angines.

87. Entre les épiphénomènes qui méritent d’être rapportés, je dois mentionner une épistaxis qui se produisit chez deux ou trois malades au début ou dans le cours de l’angine maligne, ainsi qu’une diarrhée putride d’une odeur extrêmement fétide.

88. Chez deux enfants qui périrent, se manifestaient des convulsions toniques, en affectant chez l’un les muscles des extrémités, se bornant chez l’autre aux muscles élévateurs de la mâchoire (trismus).

89. A plusieurs reprises, j’ai observé un phénomène qui a été mentionné par quelques anciens auteurs comme un symptôme de l’angine gangréneuse (a), mais qui n’a été signalé dans aucune description moderne de l’angine maligne proprement dite, c’est la sécrétion excessivement abondante d’une matière mucoso-puriforme , jaunâtre ou grisâtre, sordide, visqueuse et extrêmement tenace, sur la muqueuse des fosses gutturales, qui, en obstruant complètement ces cavités , gênait l’acte delà déglutition et de la respiration , et provoquait des accès de suffocation. Chez deux malades, non-seulement la cavité du pharynx, mais aussi toute la cavité buccale et les fosses nasales furent littéralement remplies de cette production morbide.

Dans un autre cas, il se présenta de fausses membranes sur la muqueuse nasale, et cependant je ne pus découvrir aucune trace de concrétion inembraniforme, ni sur les amygdales qui étaient rougies et tuméfiées, ni au fond du pharynx; mais la muqueuse de ces parties se montrait tapissée de la sécrétion muqueuse que je viens de décrire et qui eut toutes les apparences d’une exsudation diphthéritique, demie concrétée (b).

(a) Voy. Compendium de méd. prot. 1837: l.

(b) Franck, Valentin, Royer-Collard et beaucoup d’autres, ont cité des cas de croup

DE QUELQUES AFFECTIONS GUTTURALES, QUI SIMULENT l’aNGINE DIPHTHIÎR1QUE.

90. Trois affections gutturales distinctes, présentent les mêmes apparences que l’angine diplithérique. J’essaierai de tracer les piineipaux tiaits de ces quatre angines, en faisant ressortir autant que possible les caractères spéciaux qui leur sont propres et qui les distinguent l’une de l’autre.

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