‹ L'angine couenneuse et le croupChapitre 8 sur 50 · II. — Angine conenneuse commune · texte numérisé non relu

II. — Angine conenneuse commune

111. L’angine conenneuse commune est une des maladies qui simulent le plus souvent l’angine diphthérique simple. Soit que la première de ces affections se montre sous des aspects fort différents, soit que les symptômes qui la caractérisent soient très-peu tranchés , il est cependant certain que son diagnostic est très-obscur, et qu’en particulier son diagnostic différentiel de l’amygdalite diphthérique offre de grandes difficultés . de sorte que ces deux maladies sont très-faciles à confondre^ selon l’aveu même des observateurs qui les ont décrites (a).

112. Qu’elle est la nature de l’angine couenncusc commune? — Est-ce une maladie idiopathique ou symptomatique? — Dans quel cadre nosologique doit-on la ranger? — Les médecins sont encore peu d’accord sur ces points. Cependant, dans ces derniers temps, l’on semble avoir fait un pas en avant dans la solution de ces questions.

(a) M. Bretonneau dit, dans son Traité, que « l'angine couenneuse commune est, do toutes losairections qui se rencontrent dans la pratique, celle qui est la plus difficile ù distinguer dans son principe do l'angine diphthérique , d que pendant le cours d une épidémie do cette dernière maladie a le diagnostic de ces deux alTeelions devient souvent fort obscur, et que la question ne peut être tranchée que par la dangereuse tendance do l’angine diphthérique h so propager des tonsillos aux parois du pharynx et aux canaux do la respiration. »

MM Guersent et Isamberl s’expriment presque dans le même sens à ce sujet.

M. Bretonneau dit , dans son Traité de celte affection, qu’elle est presque toujours symptomatique. M. Isambert la regarde comme une angine diphthêrique peu intense, bénigne, localisée (a). Aux yeux de M. Trousseau cette affection est de nature herpétique (h).

113. Avant ce médecin , MM. Bretonneau et Guersent avaient déjà signalé la fréquente coïncidence de l’angine couenneuse commune avec l’herpès des lèvres. Mais M. Trousseau semble avoir le premier reconnu que la principale altération que présentent les amygdales dans cette maladie, offre une grande analogie avec une éruption herpétique, et c’est par cette raison qu’il désigna cette affection sous la dénomination : herpès clu pharynx. En effet, les récentes observations de M. Gubler (c), dans lesquelles de nouveau la coïncidence d’un herpès labialis avec l’angine couenneuse commune, ainsi que la similitude frappante de ces deux lésions, pouvait être constatée, semblent donner un nouvel appui à l’opinion émise par M. Trousseau sur la nature de cette affection.

114. Selon M. Gubler, l’angine couenneuse commune serait donc tantôt une amygdalite vulgaire, se compliquant d’herpès, tantôt un simple herpès guttural. Dans l’une, dit cet auteur, l’herpès est primitif et constitue la lésion unique ; dans l’autre, il succède à une amygdalite ordinaire et se surajoute au phlegmon tonsillaire, en même temps qu’une éruption semblable couvre les lèvres.

115. Voici les principaux traits de l’angine couenneuse commune, d’après les descriptions que nous en ont données les auteurs : tuméfaction notable, rougeur vive et ordinairement peu étendue de l’une des tonsilles ou de toutes les deux ; douleur à la gorge et difficulté de la déglutition assez prononcées.— Selon les observations de M. Trousseau, la principale altération locale se présente comme des points blancs, larges comme de petites lentilles, qui peuvent se confondre lorsqu’ils sont confluents, et qu on peut détacher de la muqueuse, sans que celle-ci perde du sang. — Au rapport de M. Gubler, celte lésion est constituée par un groupe de vesico-puslules qui, en se décoiffant bientôt de leur épithélium et en montrant à nu leur exsudât plastique, se transforment en autant d’ulcérations à fond jaunâtre ou blanc-jaunâtre, couenneux, très analogues à de l’herpès, et offrent, lorsqu’elles deviennent confluentes, une surface couenneuse continue, plus ou moins large. L’exsudation couenneuse est fortement adhérente, comme enchâssée dans le tissu du derme muqueux.

D après la description de M. Brétonneau, la lésion se présente comme

(«) Mémoire cité.

(b) Leçons cliniques sur les angines ; Gaz. des Hôpitaux, 1855.

(c) Gaz. des Hôpitaux et Abeille méd., en 1858.

une érosion on comme une dépression centrale ulcéreuse, qui est recouverte d’un enduit couenneux blanc ou blanc-jaunâtre , intimement adhérent.

Le principal siège de cette affection sont les amygdales. Ordinairement un seul de ces organes est affecte (Brétonneau, Trousseau) ; mais la lésion peut se montrer en même temps sur la luette , ainsi que sur les piliers du voile palatin (Gubler, Lailler). Elle ne manifeste , cependant, aucune tendance, comme dans la diphthérite, à se propager sur les parties environnantes (Trousseau).

Fréquemment, une légère éruption herpétique se montre au voisinage des lèvres ou à l’orifice des narines (Brétonneau , Guersent) ; et assez souvent cette éruption apparaît du même côté que la lésion de l’orifice guttural (Gubler).

L’exsudation plastique disparaît par l’exfoliation ou le ramollissement et quelquefois par résorption. Après sa disparition, le tissu muqueux est à peine injecté et sans aucune trace de cicatrice (Guersent). — Les ganglions sous-maxillaires du côté affecté sont souvent, mais peu ou médiocrement gonflés et douloureux. — La réaction fébrile est ordinairement assez intense, mais les forces sont à peine diminuées , ainsi qu’on le voit dans d’autres affections d’un caractère bénin et d’une courte durée. — Communément il y a anorexie ; la langue est jaune ou salie par un enduit limoneux, lepourtour delà bouche est d’une teinte jaunâtre (Brétonneau). Le plus souvent , cette angine attaque l’adulte (Trousseau) ; elle ne présente aucune gravité, et se termine par résolution. Sa marche est généralement assez rapide ; elle peut disparaître en 36 ou 48 heures (Trousseau) ; et rarement elle se prolonge au-delà du septième jour (Brétonneau).

116. 11 y a encore une phlegmasie couenneuse des amygdales assez fréquente , qui se présente presque sous le même aspect que celle dont nous venons de nous occuper, et qui peut également simuler la diphthérite pharyngienne. Je veux parler de la variété de la tonsillite vulgaire, que M. Velpeau nous a fait connaître plus spécialement au point de vue anatomo-pathologique. Selon ce célèbre chirurgien , les amygdales peuvent se phlogoser de deux manières différentes. La phlegmasie peut avoir pour siège principal le tissu cellulaire inter-folliculaire et sousmuqueux des amygdales , ou elle peut se manifester à la surface du tissu muqueux de ces glandes. Dans le premier cas, les phénomènes inflammatoires constituent un véritable phlegmon et ils tendeni à former un abcès; dans le dernier cas, l’état phlcgmasique produit à l'ordinaire de fausses membranes de différentes espèces. C'est cette dernière variété

qui peut facilement simuler l’angine diphtliérique simple et l’angine couenncuse commune, et dont je vais essayer de tracer les principaux caractères.

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