‹ L'Angleterre chret́ienne avant les NormandsChapitre 104 sur 118 · S L'ANGLETERRE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

S L'ANGLETERRE CHRÉTIENNE

Masson, The Mission of St AuQUSline, Cambridge, 1897, p. 236 sq.

3'^' Monuments de la liturgie anglo-saxonne.

Pendant longtemps les Anglo-Saxons n'eurent de relations qu'avec les missionnaires romains. Les royaumes de l'heptarchie furent tour à tour convertis par eux; les chrétiens bretons se tinrent dans l'isolement, refusant de prêcher l'évangile à leurs vainqueurs. Ce sont donc les coutumes et la liturgie de l'Église romaine qui furent adoptées par les populations anglo-saxonnes. Quand, après un demi-siècle, les Celtes du pays de Galles et d'Irlande consentirent enfin à joindre leurs efforts à ceux des missionnaires romains, les rites celtiques avaient déjà perdu beaucoup de terrain; les Celtes euxmêmes adoptaient les pratiques romaines et leur liturgie eut fort peu d'influence sur les Anglo-Saxons. C'est à peine si dans quelques monastères ils essayèrent de les implanter; en tout cas, ils vécurent peu et durent céder la place aux usages purement romains. Les livres liturgiques anglo-saxons sont en effet romains et même d'ordinaire strictement grégoriens. Sur ce fond commun s'établirent dans la période suivante quelques usages particuliers que l'on a appelés les usages de Sarum (Salisbury), d Hereford, d'York, de Lincoln, d'Aberdeen.

Nous allons étudier rapidement quelques-uns des monuments principaux de cette liturgie anglo-saxonne avant la conquête normande.

A. Pontifical d'Egbert.

Egbert, un des hommes les plus remarquables de l'Église anglo-saxonne, fut archevêque d'York de 73'2 à 766, il est donc contemporain du vénérable Bède.

APPENDICE I

Quelques extraits de son Pontifical avaient été donnés par Dom Martène et réimprimés par Maskell -. Il a été édité par Greenwell en son entier dans la Surtees Society^. Le manuscrit, conservé à la bibliothèque nationale de Paris, n" 138, supplément latin, est sur vélin, et contient 182 feuillets; il provient de l'Église d'Évreux où Martène le vit encore. La description en a été donnée par E. Miller (cf. Surtees Society, t. XXVIl, p. Le manuscrit original va du fol. 3 au fol. 172.

L'écriture parait du x''-xi<' siècle, d'après le témoignage des paléographes, mais le corps même du Pontifical, sauf quelques additions, est bien du temps d'Egbert. On suppose assez généralement qu'Alcuin se fit donner une copie de l'exemplaire original, et c'est de celle-ci que provient le manuscrit décrit par Miller. On sait en effet qu'Alcuin se procura plusieurs manuscrits anglosaxons. Le D'' Rock en a cité plusieurs exemples ''. Les noms de saint Cuthbert et de saint Guthlac (de Croyland) dans les litanies p. 29 et .'52, nous rappellent l'origine du manuscrit.

Le Pontifical d'Egbert est un des plus anciens livres de ce genre que nous possédions. Maskell dit qu'il n'est pas seulement le plus ancien ordo anglais, mais probablement le plus ancien dans le mondes On peut le diviser en trois parties : la première contient les ordinations, les prières de la dédicace des églises, de la bénédiction d'un cimetière, de la réconciliation de l'Église. La deuxième partie fp. 58-100) contient des bénédictions données par l'évéque au moment de la communion. 11 y a un très grand nombre de ces formules,

1. De antiquis Ecclesifc rilibus, éd. l7.t(i-173S. •2. Dans ses Monumcnta rilualin, 188-2.

3. The Publications of thc Surlccs Society, vol. XXVII, London et Ediiiburgli, I8:i3.

4. The Churrh of our Falhcrs, t. I, \). -28-2. ."». Monument, rit., t. III, p. "4-81.

pour les fêtes et pour les jours de l'année. La troisième (p. 100-136) contient les prières pour le .sacre des rois, la bénédiction des abbés, des abbayes, des moniales, des veuves, enfin qiielques formules de prières sur les pénitents et sur divers objets. Le grand nombre des bénédictions que contient ce livre l'a fait quelquefois considérer comme un bênédictional; mais la première et la troisième partie doivent bien le faire regarder comme un pontifical. Ce n'est pas le lieu d'en étudier plus à fond ici les particularités'. (Voir plus loin, pour le détail, le paragraphe sur le couronnement des rois.)

B. Missel de Léofric.

Le missel de Léofric 2 est, avec le missel de Robert de Jumièges, le seul missel représentant l'usage liturgique de l'Église anglo-saxonne. Un troisième exemplaire de ce groupe, « Rede boke of Darbye », est encore manuscrit 3. Il fut donné par Léofric, évoque d'Exeter, à sa cathédrale (f 1072). Encore faut-il dire que ce missel est d'origine lorraine, mais il reçut des additions anglaises '•. 11 resta la propriété du chapitre d'Exeter jus-

\. \\. H. Frère. Pontifical Services wilh descriptive noies and a liturgical introduction {Alcuin C/«6, Collectioos, vol. III-IV), London, 1001 ; ^VIL^^o^■, Tlie Bencdictional of Archb. Robert, xviii-xix, qui relève les analogies entre ce pontifical et les autres documents anglo-saxons.

2. TliC Léofric Missril as uscd in the Calhedral of Exeter (IOjO- 10-2\edited by F. E. \Varrf.x, Oxford, 1883.

3. Biblioth. de Corpus Cliristi Collège à Cambridge, Nasmith's Calaloijue. n" i2-2. schulling donne un résumé d'un autre missel anglo-saxon existant de son temps (159!») dans la bibliothèque Saint- Panlaléon de Cologne, Biblioth. eccles., Cologne. lafK», t. IV, part. III, p. isri.

4. cr. AV.vRREX, loc. cit., p. sxxit. S l^- Pouf la description du mss. cf. Warre-n, op. cit., p. ssvi.

APPENDICE I

qu'en 1602; Thomas Bodley le transporta à Oxford, dans la bibliothèque qui porte son nom (Bodléienne), où il est encore.

Il se compose de trois parties désignées ainsi : Léofric A, un sacramentaire grégorien écrit en Lorraine au commencement du siècle ; Léofric B, calendrier anglosaxon avec tables pascales et dates d'obits, écrit vers 070; Léofric G, collection de messes, des lettres et autres additions historiques écrites en Angleterre aux x'^ et xi« siècles. Le Léofric A contient un grand nombre de bénédictions épiscopales, qui dans la liturgie mozarabe et la liturgie gallicane étaient données par l'évêque, entre le Paler et la communion. C'est une importation, gallicane (voir aussi les Bénédictionnaires dont il est question plus loin). Mais à cause de son origine, nous n'avons pas ici à nous occuper autrement de cette partie. La fête de pascha annotma (octave de pàque) est une antiquité liturgique, abandonnée dans les missels plus récents, et qui était célébrée comme un anniversaire par les baptisés de l'année précédente. Le grand noml)re des préfaces est un souvenir ancien. Le missel de Léofric en contient plusieurs centaines. Il garde des traces nombreuses de l'usage Gélasien.

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