‹ L'Angleterre chret́ienne avant les NormandsChapitre 105 sur 118 · C. Missel de Robert de Jumièfjes · texte numérisé non relu

C. Missel de Robert de Jumièfjes

Le sacramentaire connu sous ce nom, a été publié pour lapremièrefoispar II. A.WiLson, pour la Brndshaw Society Il fut donné par Robert de Jumièges pendant qu'il était évêque de Londres (10-14-1050), à l'abbaye de Jumièges en Normandie, dont il avait été abbé. Le ma-

1. Tlie Missal of Robert of Jumief/es, Henry Dradsliaw Society, vol. XI, I.ondon, 18%; des fiasmenls en avaient été puliliés par WAnnEN dans son Léofric Missal, et par IIkendehso.n, York Manual Surtces Society).

nuscrit y fut conservé jusqu'en 1791 où il passa à la bibliothèque de Rouen qui le conserve encore. Le manuscrit, un des plus beaux exemples de la calligraphie et de l'enluminure anglo-saxonne, a été souvent décrit '. Il comprend 228 feuillets dont on trouvera la description détaillée dans Wilson (Zoc. cit., p. x.\ sq.). En dehors de toute autre indication, les signes paléographiques lui assignent la fin du x"= siècle ou le commencement du x[<^. On peut même d'après certaines données liturgiques que nous ne pouvons détailler ici, affirmer qu'il a été écrit entre 1013 et 1017 (Wilson, loc. cit., p. xxiv).

Quant au lieu d'origine, les caractères calligraphiques nous ramènent à l'école d'enluminure de Winchester, où deux monastères, Old-Minster et New-Minster, rivalisaient dans cet art. ^^■estwood qui a décrit minutieusement les enluminures, tout en reconnaissant qu'il est inférieur, comme exécution, au bénédictional de Saint-Ethehvold, reconnaît qu'il fut exécuté à peu près en même temps et dans le même atelier que ce dernier-, c'est-à-dire à New-Minster. M. André Pottier au contraire l'attribue aux ateliers de Old-Minster et croit en outre qu'il avait été écrit pour le fameux monastère d'Ely^. M. Wilson semble préférer l'opinion de AVestwood : au sujet de l'origine, et, à la suite d'une étude minutieuse du calendrier, il conclut que le missel écrit à Winchester, au moins pour quelques-unes de ses parties, fut copié sur un exemplaire de Peterborough '\

•2. cf. Dir.DiN. Bibliographical tour in France and Gcrmany. yol.l, p. 165; AVAr.uF.x, Leofric MUsal, p. 27."i. et surtout pour l'enluminure, NVestwood, FacsnrîiVes of Miniatures and Ornaments in Anglo- Saxon and Irish manuse.. p. 13C, sq.. et Delisle, loc. cit., p. 220.

i. AVestwood, Miniatures and Ornaments of anglo-saxon and Irish MSS., London, 1808, p. 1.30 sq.

3. Cf. E. FiîÉKE, Manuel du Bibliographe normand, Rouen, 1860, t. Il, p. 310sq.

'«. Loc. cit., p. xxvii-xxix.

APPENDICE I

Pour le contenu, la description liturgique, et les comparaisons avec les autres sacramentaires, nous ne saurions mieux faire que de renvoyer à Wilson qui a analysé le missel avec beaucoup de soin (lac. <"/<., p. xl-i.\\).

D. Le Bènèdictional d'JEthehvold.

yEthehvold, dont ce bénédictional a gardé le nom, est un évêque de Winchester, qui fut d'abord moine à Glastonbury, sous saint Dunstan, puis abbé d'Abingdon en 948, enfin évêque de Winchester en 963 ; il mourut en 984. Il travailla avec saint Dunstan à cette grande œuvre de la réforme des mœurs ecclésiastiques que nous avons décrite. 11 réforma les monastères d'Ely, de Peterborough, de Thorney, et, par ses travaux et ses vertus, peut être considéré comme l'un des grands évêques du x« siècle ^

C'est sous ses auspices que fut écrit ce célèbre bénédictional ; nous connaissons môme le nom du scribe, Godemann, moine de Saint-Swithin, qui était son ciiapelain. Le manuscrit a été exécuté entre les années 963- 984. Les miniatures en font un des manuscrits les plus remarquables de l'époque anglo-sa.xonne, et l'un des principaux témoins de l'art de l'enluminure au siècle. 11 a été édité avec soin par John Gage qui a reproduit aussi les gravures de l'original 2.

Le manuscrit est un bénédictional du type le plus

1. Sa vie a ctc écrite par WuHstan, son disciple. Cf. Digdale, Jl/oiiaslicon AngHcanum, éd. 1817, t. 1, p. Malmesdlhy, De Gcstix Pontif., 1. H; John Oaok, /l Disserlalion on st A^:ihclwold's Doicdiclional, dans VArchaeologia, t. XXIV, p. 20 sq. Cf. aussi De illmtr. Anglix Scriplor., p. 178, et plus haut p. 248.

2. Dans l'Archaeologia, loc. cit. Au point de vue de l'art anglosaxon une bonne appréciation a été donnée par .M. Ottley, cf. Gage, loc. cit., p. 2G sq. Voyez [dus haut le cliap. vi, p. 170.

pur, car il contient exclusivement les bénédictions épiscopales de la messe, pour cent seize fêtes ou solennités de l'année. La plupart de ces formules se retrouvent dans l'un ou l'autre des sacramentaires dont nous avons parlé, cependant quelques-unes semblent propres à ce Bénédictional, ou du moins n'ont pu être identifiées jusqu'ici. Mais c'est surtout avec le bénédictional de Robert et avec le missel de Léofric que notre manuscrit se trouve en conformité. La conformité avec le pontifical romain de Léon X n'est pas moins frappante

Pour les grandes fêtes de l'année, les formules sont conformes aussi aux formules des sacramentaires grégoriens. Quant au sacramentaire gallican, ses formules au contraire ne concordent ni pour le fond, ni pour le style, avec celles du bénédictional d'.'Ethehvold ; il n'y a d'exception que pour l'Epiphanie, les fêtes de saint Pierre et saint Paul, et celle de saint André.

Le manuscrit paraît avoir été écrit à New-Minster, monastère de Winchester, qui fut une des grandes écoles de calligraphie anglo-saxonne.

Comme le dit Wordsworth, « le bénédictionnaire, en général, est le plus simple de tous les livres liturgiques, quoique dans la dernière période de son existence on ait joint aux formules de bénédiction beaucoup d'autres rites. Les gros caractères, qu'on rencontre parfois dans le texte, s'expliquent par ce fait que le bénédictionnaire devait être tenu à une certaine distance devant les yeux de l'évêque au moment de la bénédiction, alors que ses mains étaient occupées' ».

Au point de vue de l'enluminure, le bénédictional d'.'Ethelwold, comme plusieurs autres manuscrits anglosaxons, révèle un art en avance sur la plupart des au-

1. Pour ce pontifical, voyez ce que nous disons plus loin à l'article bénédiction épiscopale, p. 315.

•2. The old service books of theEnglish Church, bj Chr.WoRDswodT

et H. LlTTLEDALES, p. 225-22".

APPENDICE I

très contrées d'Europe, une perfection de dessin , une habileté de couleur qui ne furent atteintes dans d'autres pays qu'au xi« ou au xn'' siècle, et même plus tard. L'influence byzantine s'y fait sentir. On a même émis l'hypothèse, d'après la ressemblance des figures dans certains manuscrits, que les moines artistes avaient un certain nombre de modèles semblables qu'ils copiaient. En tout cas, les dessins sont remarquables par la vie, le naturel, le mouvement, la perfection du détail, la richesse des costumes, sinon toujours par la beauté des figures.

E. BenriUctîonal de l'archevêque Robert.

Ce manuscrit autrefois à la bibliothèque de la cathédrale de Rouen, maintenant à la bibliothèque publique de cette ville, est, comme le missel de Robert de Jumièges, un des types les plus curieux de l'art calligraphique et de la liturgie des Saxons'. 11 a été écrit, comme ce dernier, au siècle, et au monastère de Winchester, New-Minster^.

On Ta rapproché pour les enluminures du DénéiHclional d'/Ethplii'old, auquel il semble apparenté de plus près, qu'au Miitsel de Robert de Jumièges.

On conjecture qu'il a été écrit pour l'abbé yEthelgar, devenu en 988 archevêque de Cantorbéry. Le nom de Robert qui lui est attaché désignerait Robert, archevêque de Cantorbéry, chas.sé de son siège en 1052 et mort à .Jumièges en 1070 (Wilson, Ioc. cit.). Il a été

1. Thu Bcnedirtionnl of Arclibishop Robcrl, cilited by II. A. \Vii.so>-, London, 1003, Braflshaiu Society, vol. XXIV.

2. Et non pas du vin" siècle, comme Morin et Martènc semblent le croire, cf. note suivante. VS'ilson assigne exactement la date de 980 à VM [Ioc. cit., p. xir.

souvent décrit, et quelques parties de son texte ont été données avant l'édition complète de Wilson'.

Quoique le volume porte le nom de Bénédictional, il pourrait s'appeler aussi bien pontifical, car en dehors de la collection de bénédictions qu'il contient, il a aussi les offices pontificaux, consécration et réconciliation d'une église, ordinations, couronnement d'un roi, etc. Du reste il ne faut pas oublier que ce terme de Bénédiction et de Bénédictional avait à cette époque, en liturgie, un sens plus étendu, et désignait aussi bien les bénédictions proprement dites que les prières usitées en général pour bénir et consacrer, qu'il s'agit de dédicace d'église ou d'ordination.

Nous avons dit que le nom de l'archevêque Robert qu'il porte semble désigner l'archevêque de Cantorbéry, mort en exil à Jumièges en 1070, et non l'archevêque de Rouen, du même nom, mort en 1037. Cette question qui reste encore indécise a donné lieu au xviiF siècle à de longues discussions entre les érudits, notamment dom Tassin et l'abbé Saas, le bénédictin accusant celui-

i. Cf. yiitRi'x, De disciplina in aclminislralione sncramcnli pcni- ,/en/i as, Paris. I6:;i; De sacris Ecclesiœ ordination ibiis, Paris, 1655; MAr.TÈXE, De nnliquis Ecclesiœ 7-ilibus. Rouen, 1070-1072; Mabii.uix. Vêlera analecta, i6'0; Saas, Notice des manuscrits de l'Éfjlise métropolitaine de Rouen, Rouen, 174G; dom Tassis, La notice des manuscrits... revue et corrigée, Uouen, 1747; Saas. Réfutation de l'écrit du R. P. Tnssùi, Rouen, 1747; Goi nniN, Notice de deux manuscrits de la Bibl. de Rouen, Académie des sciences de Rouen, 181-2; Dibdin, Bibliographical, antiquarian and picturesque tour in France and Germany, 1821, t. I. Voyez surtout la description de John GAr.r. dans son édition du Bénédictional d'.Kttielwold, ^l»'chaeologia, t, XXlV.p. 118-136; celle de Sii.vestp,f., dans sa Paléographie universelle ; celle de Pottiei; dans FriÈitr. Manuel du bibliographe normand ; ceUes de Wf.stwood, Fac similesof miniatures and ornaments in Anglo-Saxon and Irish M. -S. S. ; de W. H. FnÊiiE, Alcuin club collections, t. III, et Henhy Omost, Calai, des mss. de la bibliothèque de Rouen, n" X'i ; celle de L. Dei.isle, Mémoire sur d'anciens sacramenlaires, p. -217.

APPENDICE I

VA (l'avoir suppléé de sa propre autorité le mot de Cantufin'ensis après Robert. Il serait oiseux pour nous d'entrer dans cette discussion (résumée par Wilson, p. xivxv); d'autant que, quelle que soit la solution adoptée, la seule question qui nous intéresse ici, c'est que le Rénédiclional est bien d'origine anglo-saxonne, et donc représente l'usage liturgique de cette Église. Quelques additions indiquent qu'il a été de bonne heure en usage dans une église normande, ainsi l'ordo pour un concile provincial est certainement pour la province de Rouen; il en est de même de l'ordo Ad ducem constituendiun, qui doit avoir été composé pour un duc de Normandie, et qui est combiné avec les prières de la Consecratio régis qui fait partie du corps du volume (voir plus loin le s;ncre des rois). L'édition très soignée de Wilson relève les analogies et les différences de ce manuscrit avec les autres pontificaux saxons édités ou manuscrits (cf. p. xviii-xi.\ et les notes).

Le contenu môme du Bénédictional ne diffère de l'ensemble des livres de ce groupe que dans des détails. Ainsi on peut remarquer qu'il ne contient pas de formule pour les jugements (ordeal) comme la plupart des livres de ce genre.

F. Le livre de Cerne.

Le manuscrit connu sous le titre de livre de Cerne, une abbaye dans le Dorsetshire, a été écrit sous yEthelwold, évèque de Lichfield de 813 à 830'. Très intéressant au point de vue historique et paléographique, il

\. Ce livre a Otc édité très soigneusement i)ar dom A. B. Kuypcrs, aux frais de l'université de Cambridge, The l'rayer book nf /Edchuald lltc bishop, commoiilij cnlled Book of Cerne, l!>02. Cf. notre article sur ce livre dans nos Orifjines Utnrrjir/uea, Paris, tOOG, p. 227--i42.

l'est moins au point de vue liturgique que les autres livres dont nous avons eu à nous occuper jusqu'ici, parce qu'il est en quelque sorte extra-liturgique. C'est un livre de dévotion privée, témoin de la dévotion des Anglo -Saxons au ix*' siècle, et même au viii" et au vil", car le manuscrit édité par dom Kuypers semble copié sur un exemplaire beaucoup plus ancien. Il contient des prières de toute provenance ; le fond parait cependant celtique.

On a publié aussi le psautier à l'usage de l'Église anglo-saxonne, et l'hymnaire de cette Église', et un tropaire anglo-saxon -.

G. Sacramenlaires et monuments inédits.

Parmi les manuscrits liturgiques anglo-saxons encore inédits, il faut citer un sacramentaire de la fin du x'= siècle à la bibliothèque d'Orléans in" 105) provenant de l'abbaye de Fleury-sur-Loire, à laquelle ce précieux missel avait été envoyé par le monastère de Winchcombe, au comté de Gloucester^. C'est un nouveau témoin des relations étroites que le monastère de saint Benoît ou Fleury-sur-Loire entretenait avec les abbayes anglo-saxonnes. C'est aussi un représentant de l'art calligraphique anglo-saxon à rapprocher des bénédictionnaires d'/Ethelwold et de Robert.

Un autre manuscrit anglo-saxon, à peu près vers la

1. Anglo-saxon and earh/ Enf/lisli Psallcr. 1843 (daus la Surtees Society). Jos. Stf.vensux, The latin /tymns of the anglo-saxon church, with interlinear anglo-saxon gloss, dans Surtees Society, 1883, petit in-4° de 166 p.

2. Anglo-saxon Tropary ofElhclred, Surtees Society, t.LIX,p.l36.

3. Dei.isle, Mémoire sur d'anciens sacramenlaires, p. 213 sq. (Extrait des Mcm. de VAc. des Ins. et D. L., t. XXXIl. Paris, 1880), sur Winclicombe, ci. Monasticon anglicanvjn, i.W. p. Les litanies de ce sacramentaire publiées par Dkuslk, p. 3G7.

APPENDICE I

même époque, était envoyé à un abbé de Fleury, par une abbaye anglaise, celle de Ramsey, dans le comté de Huntingdon'. C'est un bénédictionnaire {Bibliothèque nationale, n"987, fonds latin), vers l'année 1010oul020. « C'est, dit M. Delisle, un magnifique spécimen de l'art anglo-saxon de la fin du x"^ siècle, dont l'écriture et les ornements rappellent tout à fait les bénédictionnaires de saint .-Ethehvoold et de l'archevêque Robert. » Le chapitre de Worcester possède les fragments d'un missel anglo-saxon, de la première moitié du siècle, qui semble avoir été composé dans l'abbaye de Newminster de Winchester, d'où nous avons vu sortir tant d'ouvrages de ce genre ^. La bibliothèque du Havre possède un autre missel de la même église de Winchester, du xn= siècle, très remarquable aussi par ses enluminures-'.

Le Pontificale Lanaletense, ou pontifical de saint Dunstan, encore inédit, est contemporain du bénédiclional de Robert, avec lequel du reste il concorde pour la plupart des offices (cf. Wilson, Bencdictional of Robert,

p. XVII)

Ce Pontifical Lanaletense, ainsi que le pontifical

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