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La race celtique et le christianisme

11 faut donc connaître aussi ce second élément que devaient rencontrer devant eux les prédicateurs chrétiens, le type celtique.

Sans aller jusqu'à dire avec certains auteurs (Renan) que cetle race celtique est naturellement prédisposée au christianisme, il n'est que juste de reconnaître que son esprit présentait une prise aux missionnaires du Christ, et dans ce sol riche la semence évangélique devait jeter de profondes racines.

De toutes les races barbares, la race celtique semble avoir été la plus sérieuse, la plus douce'.

1. Sous ce titre de race celtique on comprend ici les Celtes de l'Irlande, ceux delà Camijrle, du pays de Galles et de la Cornouailles qui furent refoules par les .Xnglo-Saxons, et ceux qui d'Angle-

Si I on peut juger d'une race par les monuments poétiques qu'elle nous a laissés, il faut dire que le Celte nous y apparaît doué d'une imagination très riche, exaltée, hautement fantaisiste, toujours en quête d'aventures extraordinaires ' , Il semble tourmenté du désir de pénétrer l'inconnu, il vit au-dessus de la réalité, dans un monde surnaturel qu'il s'est créé, où il habite et où il perd souvent le sens de la vie pratique. Le Celte semble avoir toujours la nostalgie d une patrie perdue, même quand il habite son pays, c est pourquoi il en sort si souvent pour chercher mieux. La race paraît avoir peu d'aptitude pour la vie politique. Vivant concentrée, s'isolant volontiers du reste du monde, trop indépendante pour accepter aucune discipline, déchirée, par suite, de rivalités intérieures, et livrée à l'esprit de dispute, elle est incapable de s'unir contre l'ennemi du dehors, et presque toujours au cours de l'histoire, nous la voyons soumise ou persécutée par un ennemi plus uni ou plus habile.

Cette situation a sans doute contribué à développer en elle une sorte de fatalisme qui s'allie au fond naturellement mélancolique du tempérament de la race.

Par certains côtés, la nouvelle religion devait

terre, devant TinvasiuD, émigrèrent en Armorique et formèrent la Bretagne française.

1. Les monuments poétiques et littéraires de la race celtique ont été recueillis. Cf. Rzsa's, Essais de morale et de critique. La poésie des races celtiques, p. 378 sq., cf. plus loin p. 37.

donc satisfaire des instincts de l'âme celte et peutêtre le mot de Tertullien serait-il plus vrai du celte que de toute autre race, anima naluralitev christiana. Nous verrons au chapitre suivant que l'on a peu de détails sur la façon dont se fit la prédication chrétienne au milieu des Bretons, mais nous savons au moins qu'elle y rencontra moins d'obstacles que dans la plupart des autre? nations; au lieu que le nom chrétien ne fit presque partout ses conquêtes qu'au prix du sang de ses missionnaires, c'est à peine si la prédication chrétienne, parmi les races celtiques, fit deux ou trois martyrs, et il est curieux de voir que ces saints qui voulaient à tout prix du martyre, ne pouvant pas atteindre à cette forme suprême du sacrifice, du martyre de sang ou martyre 7-oiige, inventèrent ingénieusement une sorte de dérivé du martyre authentique, le martyre blanc [bànmartra) ou martyre du renoncement et du sacrifice, et le martyre cert (glas martra ) ou martyre de la mortification et de la pénitence ^

Cependant il ne faudrait pas avec quelques auteurs exagérer en ce sens ^. Les vertus chrétiennes trouvaient, comme chez tous les hommes, des obs-

1. Cf. Le célèbre frasment d'honivlie irlandaise du vii« ou viii« siècle conservé dans un manuscrit de Cambrai ; Taiidif, Fragment d'homélie en langue cellique, dans BibUolh. de l'École des Charles, 1852, p. 193-202. Toute cette question de la Conception du martyre chez les Irlandais a été liicn élucidée par le P. L. Gougaud dans un intéressant article paru sous ce titre dans la Renie Bénédictine, juillet 1907.

2. Ren.in, loc. cit., p. 436 : « cette douce petite race était naturellement chrétienne >.

tacles dans le cœur des Celtes. Il n'est pas facile de dire quel crédit on peut ajouter aux vagues légendes qui représentaient les Celtes comme des anthropophages. Ceux de Grande-Bretagne d'après saint Jérôme se repaissaient avec délices de la chair des jeunes filles et des femmes. D'après Pausanias les Celtes qui envahirent l'Italie buvaient le sang des petits enfants ^ .

Ce qui est plus certain, c'est la longue lutte de leurs druides et de leurs bardes contre une religion d'humilité, de paix, de mortification, qui contredisait les instincts d'indépendance, les goûts guerriers de la nation. Cette hostilité entre le christianisme et les vieilles religions celtiques est personnifiée dans les contestations imaginées entre Ossian et saint Patrice, dans la création de types antichrétiens comme celui de Merlin l'Enchanteur, enfin dans les traditions du néo-druidisme et du bardisme qui, dans le cours du moyen âge, se transmit comme une doctrine secrète très opposée au christianisme -.

La religion celtique, que nous ne connaissons du reste que d'une façon imparfaite^, à côté de la

1. 3ÈRom., Adv.Jovin., II, ~; Strabon, Gcogr.lV.o; Pausamas, Description delà Grèce, X, xxn, 3.

2. Cf. en particulier les monuments publiés par delaVillemarqué, Bardes Bretons du T7« siècle, Paris et Renues, 1850; Chants populaires de la Bretagne, dSKl; Contes populaires des anciens Bretons, etc., dont les ouvrages, au point de vue critique, doivent être consultés avec précaution. Cf. Aussi Renan, lac. cit., p. 430, qui avoue cette hostilité.

.'i. Pour la bibliograpliic, voir les ouvrages cités dans Ciiantf.pie de

croyance à l'immortalité de l'âme, contenait des dogmes en opposition formelle avec ceux du chrislianisme, comme l'animisme qui donnait une âme aux objets inanimés ou aux animaux, un culte de la nature qui déifiait les arbres, les bois, les forêts, les sources et les rivières; M. Salomon Reinach trouve même chez eux des vestiges de totémisme, sorte de culte des animaux qui créait une parenté ou association entre eux et l'homme, enfin des mythes que la riche imagination des Celtes créait avec facilité. L'organisation puissante d'un corps sacerdotal dans le druidisme, qui se continua dans le néo-druidisme par les bardes, constituait aussi un obstacle que le christianisme ne surmonta que péniblement.

Mais une fois qu'elle fut conquise à l'Evangile, la race celtique lui resta fidèle et c'est peut-être parmi leurs descendants en Irlande et dans la Bretagne française que l'Eglise a gardé ses meilleurs serviteurs. Du v'' au XI* siècle, l'Église celtique est demeurée une pépinière de saints. Nulle part, excepté peut-être en Egypte, les institutions monastiques ne se développèrent avec une plus grande rapidité, et ne produisirent des types plus originaux et d'une sainteté plus généreuse et plus éminente. Les noms d iona, de Bangor, de Llancarvan, de Saint-Asaph,

La ^waswF., Manuel d'Iiisl. des religions, p. 700; celle publiée par J. Dkciiei.ettf., lievue de synthèse historique, t. III, p. ;iO M; le Manuel «le Dottin, loc. cit., ch. v, La Religion, \). 218 (puldié à pari chez P.lou(l,Lr( religion des Celtes, iW.i) et Ei>\v. Anuvl, Celtic Religion in pro-Cliristian Times, London, 1900. — A. rk .Ii iiAiNvirxF. loc. cit., les ch. V, VI, Ml (p. .37-57) consacrés à la religion celtique.

et tant d'autres, méritent d'êlre conservés avec honneur, et les chrétiens de tous les âges pourront aller chercher dans ces cloîtres des modèles de vie religieuse et d'amour passionné pour le Christ'.

1. Il est à peine besoin de rappeler ici l'ouvrage de Montalembert (voirplus loin, p. 183) qui, une fois séduit parles moines celtes, s'est laissé entraîner à leur suite, et leur a donné presque tous les volumes de son histoire. Mais ce qui est plus étonnant et mérite d'être cite, c'est l'appréciation de Uenan : ■ Peu de chrétientés ont offert un idéal de perfection clirétienne aussi pur que l'église celtique aux VI"', vu'', vni'' siècles. Nulle part peut-être Dieu n'a été mieux adoré en esprit que dans ces grandes cités monastiques de Hy ou d'iona, de Bangor, de Clonard, de Lindisfarne... C'est chose vraiment admirable que la moralité fine et vraie, la naïveté, la richesse d'invention qui distinguent les légendes des saints bretons et irlandais. Nulle race ne prit le christianisme avec autant d'originalité, et, en s'assujeltissant à la foi commune, ne conserva plus obstinément sa physionomie nationale. • Uf.xax, La poisie des races celtiques, p. 437-438.

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