Lit. and rilual of the celtic church, p. 'lO-GO
't. Gildas. I pars, c. vu, viii; clans Chronica Minora, III, 31; cf. BÈDE, I. 6, 7.
son nom à la ville de Vcrulam dans les environs de Londres. Mais le témoignage de Gildas n'est pas au-dessus de tout soupçon. Si saint Alban est bien un martyr, rien ne prouve qu'il soit un martyr de la persécution de Dioclétien, qui ne semble pas s'être étendue à la Bretagne'. Nous savons en effet par Eusèbe. Sozomène et Lactance que Constance Chlore, père de Constantin, qui gouvernait la Bretagne sous Dioclétien, fit tous ses efforts pour empêcher la persécution de pénétrer dans sa province^.
En 314. au lendemain de cette persécution, se tint le concile d'Arles dans la liste duquel nous voyons figurer trois évêques bretons, ceux d'York, de Londres et de Lincoln ; preuve irrécusable cette fois que le christianisme avait fait à cette époque des progrès sérieux et que la hiérarchie ecclésiastique était établie ^. On remarquera en outre que
1. Sur la date de la mort de saint Alban, 28G ou 28". cf. Alford, Annales Britannorum, a. -286, U ; Tillkmont, Mémoires, t. IV, note i SMT saint Alban; Allard, Hisi. des Persécutions, I. IV, p. 40. On remarquera que Gildas qui raconte le lait dit seulement : • supradiclo, ut conjicimus, persecutionis {Diocleliani) lempore ». Tous les anciens manuscrits portent conjicimus; la variante cognoscimus préférée par Stevenson paraît cerlainement fautive . D'après .M. Arthur de la Borderie ces trois martyrs appartiendraient à la persécution de Déce ou à celle de Valérien, Hisl. de la Bretarjnc, 1. 1, p. 573. Quant à l'authenticité du tombeau, remarquerque saint Germain d'Auxerre le %isita à Vcrulam vers 4-20. Sur les martyrs de Lichfield, cf. Acta SS., janvier, t. I, \i. 8-2.
2. Ei's.,De vita Constant., 1. I, c. xvi, P. G., t. XX, col. 932; Sozom., //. E., 1. I, c. VI ; P. G., t. LXVn, col. 872; Lact., De morte j)ersec., c. XV, XVI ; P. L., t. VU, col. 210 sq.
3. Ce sont Eborius d'Eboracum, Restitutus de Londinium, et Adellius de Colonia I.ondinensium. Iliibner corrige ce dernier nom en Colonia Lindensium (Lincoln), cf. Inscript. Brit. Christ., 1876,
ces trois sièges sont des têtes de ligne sur les grandes routes romaines en Angleterre.
Au concile de Rimini en 359, il y a aussi des évoques bretons, et Sulpice-Sévère dit qu'ils refusèrent comme ceux des Gaules, à l'exception de trois, les subsides offerts par Constance. Cette exception de trois évêques bretons, ainsi mentionnée, laisse supposer que le nombre total de ces évêques était huit ou dix \
Tels sont les seuls et trop rares témoignages historiques certains que nous ayons sur les origines chrétiennes en Grande-Bretagne. Ils suffisent à nous montrer que cette église est hiérarchiquement constituée, qu'elle a ses sièges dans les centres romains, qu'elle est en union avec l'Eglise universelle.
Mais ici, comme en bien des pays, si l'histoire se tait, la légende a parlé, et il est nécessaire de connaître ces témoignages qui, pendant longtemps, ont fait corps avec l'histoire, et qui souvent contiennent des notions instructives, alors môme qu'elles ne conserveraient pas, sous une couche plus ou moins épaisse, quelques parcelles de vérité.
Je passerai rapidement sur les bruits rapportés par Eusèbe et Théodoret qui attribuent la prédication chrétienne dans l'île à saint Paul ou à saint
p. VII, note ; Haddan et Sxi nns, Councils, I, p. proposent Colonia Leyioneusiiim, qui serait Caer-Lcon sur Usk. Mais cette hypothèse est peu vraisemblable, cette dernière ville n'ayant jamais été colonie. 1. Sn.pic. Sev., Hisl. scier., 1. Il, c, i,v.
Pierre ou même à Simon le Zéiote, à saint Jacques, à Aristobule et à saint Jean -.
La légende qui donnait à l'Angleterre comme premier apôtre Joseph d'Arimathie eut plus de vogue. On racontait tous les détails de ce voyage. Le « noble décurion » comme l'appelle saint Marc, fuyant devant les persécutions des juifs, n'aurait emporté avec lui pour tout trésor que quelques gouttes du sang de Jésus. Il aborde avec ses douze compagnons à l'ouest de l'Angleterre. Il s'établit dans une sorte de désert entouré d'eau et y construisit une chapelle dont les murs étaient formés de branches de saule entrelacées ; elle était dédiée à la Vierge Marie et ce
1. EusKBE, Démonstr. Éi'anrj., Ul, 7, i^ 0., t. XXII, col. 1!»7. — TiiÉo- DOUET, Tlierap., 1. IX, Migne, P. G., LXXXIII, c. 1037. — CI. aussi Basile Self.ic, Orat. XXXIX, P. G., t. LXXXV, col. 4-ri sq.
'2. TiiÉODOKET, In Psalm. cxvi, 2, P. G., t. LXXX, col. 1808. Le môme auteur dit encore : Ad II Timolh., iv, 17, P. G., t. LXXXII, col. 836 : "/ai rà; luavîaç y.aTé)aêe, xaî ëxepa I6v»] Spajitbv, iyi'i T^î 8tSa5xaX:a; XajjLTtàoa 7ipoar,v£Yxs. — Hom., \\\ il; TH., i, 5. — Venance Fortusat, Vita S. Martini, I. III, vs. 491-494, P. L., t. LXXXVIII, col. 400. — Venance FoRTiNAT. Episl. 0(1 Martin. Gallie. episr.I'oem., V, I, 7, P. L.. ib., col. 177. — Soplirone gouverna l'église de Jérusalem deC29 à 030. Son témoignage isole, fût-il retrouvé, est trop tardif pour être admis. — Anonyme, Comment, de SS. Pctrocl Paulo, dans Aela sancl., juin, t. V, col. 410; ouvrage attribué au métapliraste. — Synoiisis Dorothei, du vi" siècle ; NicÉPUonE Calliste, Hist. eccles., I. n, c. XL, P. G., t. CXLV, col. 8(il S(|. MfhioliMjes grecs, Venetiis, 1G21, p. 280; Camsiis, Anliq. Lectiones, édit. Basnage, t. III, p. 429. — Fla- \iis De\tei!, Chronicon, I.ugduni, 1677, p. 77. — Isidoue, De P. P. Ulriiisque Testamenli, P. L., t. LXXXIII, col. 152; Gujllm me de Mal- MESBL'RY, dans Antiq. Glaslon. — Bède, Ilist. eccles.. 1. III. c. xxv, P. L., t. XCV, col. IM sq. — RoiiEiiTs, Chronique ofKings of Dritain, in-S". London, 18H, app., p. 294. — PL, London. I8ir;, p. iri. — cf. Dom Le- CLERCQ dans notre Dict. d'archéol.chrét. et de Litn.rtjie, t. II, col. IL")!), V. Bretagne.
fut Jésus lui-môme qui en fit la dédicace. Ce lieu, situé sur un affluent du golfe où se jette la Saverne, a pris un nom qui est devenu l'un des plus célèbres de l'histoire religieuse de l'Angleterre, Glastonbury.
Tout ce récit que la critique n'a pas eu de peine à démontrer apocryphe, fut reçu longtemps comme une tradition authentique. Les moines de Glastonbury s'en réclamèrent pour défendre leurs privilèges, et au xv^ siècle encore, aux conciles de Pise, de Constance et de Bâle, les ambassadeurs d'Angleterre demandaient la préséance g.ur ceux de France, d'Espagne ou d'Ecosse, sous prétexte que saint Denys l'Aréopagite était encore bien postérieur à Joseph d'Arimathie ^ C'est aussi sur cette relique du sang du Christ porté par le disciple que s'est fondée la légende du saint Graal, ou sangreal (royal).
Un fait plus curieux, c'est qu'une illustre dame romaine du premier siècle, sur le christianisme de laquelle il n'y a plus guère de doute aujourd'hui. Pomponia Graecina, était la femme du proconsul Plautius, qui commanda les légions romaines en Bretagne. Une autre femme célèbre, vers la même date, que l'on a soupçonnée aussi d'être chrétienne, Claudia, la femme du sénateur Pudens, était née en
•1. GiiiLi.. DE Malmesb., De antiq. ceci. Glaslonb. — Di gdale, Monaslicon, 1. 1, p. y, 2» éd. — Ussek, de Primordiis Eccl. Britann., p. 2-2. — Monta i.KMBF.RT, Les Moines d'Occident, t. HI, p. 27, îi' éd. - Cf. sur ce monastère, notre ch. vin. — Dom Lobinfau, Hisl. de Brelaç/ne, t. n.
Bretagne. Mais ces conjectures ingénieuses ne sont pas assez solides pour nous permettre d'en tirer des conclusions au sujet des origines chrétiennes en Bretagne ^
Une légende dont la célébrité est beaucoup plus grande, c'est celle du roi Lucius. Ce roi breton, dont le nom latin est la traduction du nom celtique Lever Maiir, la Grande Lumière, aurait donc vers l'année 180 envoyé à Rome deux messagers, Fagan et Dervan, qui se firent instruire dans la foi, furent ordonnés par le pape Eleuthère, et revenus en Grande-Bretagne, ils y prêchèrent la foi ^.
De nombreuses hypothèses ont été proposées pour trouver l'origine de cette légende. Zimmer pense qu'elle fut inventée vers la fin du vu* siècle, pour soutenir les arguments des représentants de l'Église romaine contre les prétentions des Bretons ^. M. Harnack voit dans Lucius, Abgare IX d'Édesse, transformé par une erreur de lecture en roi breton.
1. Sur cette question cf. l'sscr, Brilann. ecclcs. Anliq., c. i, 3 (Works, t. V, p. a sq., 49 sq.). Hallam, Archaeol., XXXMI p. 308 sq. TiLLEMONT, Mémoires, H, p. GIS sq. .1. Williams, Claudia and Pudens, Llandovf.ry, 1848, mais surtout Liglitloot, qui est opposé à l'identification de Claudia et Pudens avec les personnages cités par saint Paul, II Tim., i\,ût; Journal of Classical and sacr. PhiloL, IV, p. 73 sq., 18.-i7, et The Apost. Falliers, t. I, p. 76 sq., éd. ISÎH) ; cf. aussi Hiibner, Rhein. Mus.. XIV, t8;i!t, p. 3.j8.
■2. Rie {Eleuther) accepil epislula(m) a Lucio Brillanio rege, itt Chrislianus cfficeretur per cjus mandalim. Lib. Ponlif'.. cdit. Dr-
CBF.SXE, t. I, p. CH.
X HriNiucH ZiMMEn, The Celtic Church in Britain and Scolland (trad. parMeyer), Londres, 1902 : cf. Mom.msen, Chronica Minora, 111,
Ces explications ne sont pas très satisfaisantes Il est difficile en tout cas qu'un roi breton, au ii» siècle, où il n'y avait pas de rois bretons, ait écrit à Rome et qu'on lui ait envoyé des missionnaires. Gildas ne sait rien de ce fait ; et Bède ne le connaît que par le Liber Pontificalis "-.