‹ L'Angleterre chret́ienne avant les NormandsChapitre 18 sur 118 · L'invasion saxonne ; Arthur et sa légende · texte numérisé non relu

L'invasion saxonne ; Arthur et sa légende

Alors on vit une chose funeste, qui s'est renouvelée presque à chaque page de l'histoire des Celtes quand ils ont pu échapper à la domination étrangère, la guerre civile en permanence de chef à chef, de clan à clan, de tribu à tribu. Les barbares du nord eurent beau jeu pour franchir les murs d'Adrien et de ses successeurs et se livrer à leurs déprédations. Ces razzias, assurées de 1 impunité, devinrent périodiques, et les malheureux Bretons, incapables de s'unir contre l'ennemi commun, eurent recours à un remède pire que le mal, et qui, dans l'histoire de l'invasion barbare, a donné toujours les mêmes résultats. Pour se débarrasser des incursions des Pietés

et des Scots, ils appelèrent à eux d'autres barbares^ les corsaires germains qu'ils enrôlèrent et employèrent comme des mercenaires. Les premières bandes qui entrèrent à leur service étaient commandées par les deux chefs Hengist et Horsa, et appartenaient à la race saxonne, cantonnée sur les bords de l'Elbe, vers 450. Ces noms et cette date sont à retenir, car c'est l'entrée en scène de cette race anglo-saxonne, qui rapidement va prendre pied en Angleterre, refouler la race celtique, s'établir solidement à sa place et régler souverainement, jusqu'à la venue de Guillaume le Conquérant, c'est-à-dire pendant toute la période que nous avons à étudier, les destinées de l'Angleterre. Et encore, cette forte race, battue en apparence par les conquérants normands, sut-elle se les assimiler, et c'est elle en somme qui, jusqu'à nos jours, a formé l'élément dominant de la population en Grande-Bretagne .

Les barbares saxons remportèrent bien quelques victoires sur les Pietés et les Scots, mais bientôt, forts de ces services, ils se montrèrent exigeants, demandant des terres et de l'or, puis enfin ils tournent leurs armes contre leurs patrons qui se trouvent avoir sur les bras en même temps les sauvages du nord et leurs alliés de la veille. Les Saxons fondent alors leur premier établissement en Angleterre ou royaume de Kent, en 455, dans la partie sud-est de l'Angleterre, près de l'île Thanet où ils avaient abordé d'abord.

En 477 , d'autres Saxons sous la conduite d'Aella pas-

sent la mer, chassent les Bretons devant eux et fondent au sud de Kent un nouveau royaume, le royaume des Saxons du sud ouSussex. Désormais, ils débordent partout comme une invasion de sauterelles devant laquelle il ne restait plus aux malheureux Bretons qu'à se retirer. En moins de vingt ans, deux nouveaux royaumes sont fondés ; sous la conduite de Kerdic, en 495, à l'ouest du Sussex s'établit une nouvelle Saxe, la Saxe orionlale, West-seaxna-rice, Westsex, dont nous avons fait le Wessex actuel; tandis qu'au sud de la Tamise se fondait un royaume de Saxe orientale, East-seax, ou Essex.

Naturellement toutes ces conquêtes ne se firent pas sans coup férir. La race celtique se révéla devant l'ennemi ce qu'elle fut toujours, vaillante, ardente à la lutte, héroïque même, mais dépourvue de suite, d'esprit politique, surtout incapable d'une association puissante, et conséqucmment l'issue de la lutte fut, comme toujours, sa défaite. Il restade ces combats héroïques plus que des souvenirs. Les bardes celtes prirent leur revanche dans la poésie; ils chantèrent les exploits de leurs héros contre les envahisseurs. Une figure se détacha au milieu des autres, celle d'Arthur, petit chef d'une obscure tribu bretonne un peu avant le milieu du vi'' siècle (530-542), qui personnifia la résistance aux envahisseurs et devint le centre d'un cycle de merveilleuses légendes comme celles qui se formèrent autour de notre Roland. Le génie poétique de la race éclate dans ces créations qui n'ont peut-être d'égale pour la richesse et la variété dans

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aucun autre pays, qui ont exercé une extraordinaire influence sur la littérature européenne au moyen âge et ont imposé quelques-uns de leurs héros à l'imagination moderne \

Cette résistance même des Bretons contre les barbares, est un trait de race qui mérite d ètre remarqué. Dans d'autres pays, en Gaule, on Espagne, en Italie, les populations acceptèrent beaucoup plus facilement le joug, et fusionnèrent bientôt avec leurs vainqueurs. La race bretonne vaincue resta irréductible.

Cependant d'autres populations germaniques suivirent bientôt les Saxons. Au delà del Elbe, plus près de la mer Baltique, c'est-à-dire au nord-est du pays d'où étaient venus les Saxons, vivait la race des Angles, qui semblent avoir été assez étroitement apparentés aux premiers. Ils choisirent comme proie les pays au nord de ceux où les Saxons s'étaient établis. Sous la conduite d'Idda, ils abordèrent vers les embouchures du Forth et de la Tweed, et s'unissant aux Pietés, après une lutte longue et acharnée, ils chassèrent aussi de ce pays les Bretons, 559. Ils y fondèrent plusieurs royaumes, au nord l'Humber, la Northumbrie (Northan-hymbra) -, l'Est-Anglie au sud

1. Cf. H. DF. i.\ Wit.LF.MMiQi É, Les romatis de la Table ronde et les contes des anciens Bretons (Paris, 1839) et : Bardes bretons du \V siècle, Paris et Rennes, 1850; La léfjende celtique, 1859. Les Maômogioîis, qui contiennent quelques-unes de ces légendes, ont été traduits en anglais par Lady Cuarlotte Glest, 1877, et plus récemment en français,.!. Loth, 18S9. Cf. Ren vx, loc. cit., p. M)8 sq. Cf. aussi A. Nltt, .S7ud('es on the legcnd of Ihe Holy grail (Folk. Soc, 1888).

a. Divisée en Bernicie et Deirie.

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de la Northumbrie, ot la Mcrcie à l'ouest de l'Est- Anglie.

Tous CCS royaumes saxons et angles, fondés dans Tespace d'un siècle, constituèrent ce que l'on a appelé les sept royaumes ou heptavchie. Le nom do ces derniers barbares fut donné au pays tout entier, qui devint la terre des Angles ou l'Angleterre, sans tenir compte des autres races '.

Quant aux Bretons fuyant toujours devant l'invasion, ils se retirèrent dans le pays de Galles et la Cornouailles. Quelques-uns même allèrent s'établir dans l'Armoriquc (450-500) où ils trouvaient des frères de race ; ils y fondèrent la Bretagne française qui a conservé, presque sans altération, jus([u'à nos jours les traits principaux de la race celtique, et constitue l'un des éléments les plus originaux et les plus ricbes de la population française.

Ces détails historiques, qu'il était nécessaire de donner pour l'intelligence des événements qui vont s'accomplir dans les siècles suivants, nous ont fait perdre de vue pour un moment l'Eglise de Bretagne.

6. — Les chrétientés bretonnes, saint David, saint Cadoc, les saints Iltud et Kentigern; Colomba; Gildas.

Le christianisme dans ce pays avait naturellement suivi les destinées de ces malheureuses

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