‹ L'Angleterre chret́ienne avant les NormandsChapitre 19 sur 118 · Engel-seaxna-Land, Engla Land, England · texte numérisé non relu

Engel-seaxna-Land, Engla Land, England

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populations. Les Saxons et les Angles, tous païens, poursuivaient dans la nation vaincue la religion en même temps que la race'. Ils se montrèrent même plus féroces que la plupartdes barbares et il ne semble pas qu'ils aient laissé subsister aucune trace de rancicnne religion dans les pays qu'ils occupaient. Le christianisme se réfugia avec les Bretons dans l'ouest de l'île, ou dans l'Armorique avec les émigrants.

Les invasions saxonnes en chassant les Bretons de Londres, de Saint-Albans, de Lincoln et d'York, qui dès le iv^ siècle étaient des évêchés et les chefslieux de leur église, apportèrent de profondes perturbations dans leur état social et religieux. Il n'en faut pas conclure cependant comme on l'a fait que le christianisme fut anéanti chez eux, que le lien de continuité fut brisé et que le christianisme que nous trouvons chez les Celtes du pays de Galles ou de la Cornouailles du vi'' et du vii^ siècle, n'a plus rien de commun avec le christianisme romain de ces Bretons du iv" et du v"^ siècle.

C'est la thèse que le professeur Hugh Williams s'est efforcé d'établir. Selon lui, la chrétienté en Angleterre, au iv" et au v'^ siècle, c'est-à-dire antérieurement à la conquête saxonne, aurait été recrutée surtout parmi les Romains qui habitaient les villes bretonnes, tandis que la population celtique proprement dite serait restée païenne. Quand les

i, BÈDE, H. E., I, lo : . Ruebant edificia publica simul et privata, passim sacerdotes inter altaria trucidabanlur. »

Romains se retirèrent, ils emportèrent avec eux les traces du christianisme en Grande-Bretagne. L'Eglise bretonne du vi* siècle serait en quelque sorte une Eglise nouvelle, une Eglise néo-celtique ou néo-bretonne, créée sans doute sous l'influence de l'Eglise des Gaules. Cette théorie qui n'avait aucune chance de succès a été combattue de divers côtés par de fort bons arguments ^ .

Ce sont bien les Celtes et non pas, comme on Va prétendu dans cette hypothèse, à peu près les seuls résidents romains qui avaient été convertis au christianisme et qui composaient l'Église bretonne au iv'^ et au v* siècle. On a pu s'en convaincre par l'histoire des origines chrétiennes en Bretagne. Zimmer établissait récemment que. vers l'an 400, la grande majorité des Bretons parlant breton étaient chrétiens.

Le christianisme se conserva chez eux fidèlement, encore que nous n'en puissions suivre l'histoire, faute de documents. L'organisation hiérarchique et régulière avait singulièrement souffert des révolutions que l'invasion avait apportées dans tout l'état social. Les évèques étaient sans siège stable, les diocèses sans délimitation rigoureuse.

i. Hiou Williams, Transactions of llie Sociely of C y mmrodoriou. 1893-189i, p. 58 sq. Cf. la réfutation de Havcrfield, dans Englisli hislorical Review, IS'Jfi, p. 428 sq., et aussi celle de Zimmek, T/ie Celtic Church, etc., 1902, p. m sq., qui rejjousse cette théorie comme superficielle et sans base. C'était aussi la tll(;sedeTll.^Vrighl, cf. T/ic CcU, thc Riman, awl l/ie Saxon, p. 30l)-;i03, et IHoijraphin LiUeraria, art. Gildax. Cf. I'uyck, Essay on thc muicnl British Church, p. Ci.

C'est encore l'élément monastique qui avait le mieux supporté la tempête, et qui sauva les débris de la civilisation chrétienne. Les monastères reformés devenaient un centre stable au milieu des remous de ces guerres et de ces exodes précipités devant l'ennemi ; l'abbé remplissait le rôle d'évêque et parfois même dominait sur plusieurs évêques. Une grande obscurité règne sur l'histoire de cette église du pays de Galles, mais un texte échappé aux ruines générales vient parfois jeter une lumière soudaine sur quelques phases de cette histoire. Ainsi Teilo, évêque de Llandaff, émigré sur le continent avec ses fidèles; en 596 il revient et, ne trouvant plus que des ruines dans son diocèse, il se met à rebâtir, consacre de nouveaux évôques et réorganise des diocèses ' .

Une autre conséquence de l'invasion saxonne, c'est qu'à partir de ce moment les Bretons ont vécu dans un isolement à peu près complet du reste de la chrétienté. Après avoir lancé sur l'occident Pelage, dont le système a donné à l'Eglise latine une secousse théologique dont elle s'est ressentie pendant deux siècles, les Celtes d'Angleterre restèrent les demeurants d'un autre âge. Ils n'éprouvèrent pas le contre-coup des grandes luttes ariennes, nestoriennes ou monophysites qui agitèrent au v° siècle et au vr la chrétienté d'orient et d'occident; ils furent étrangers au mouvement dogmatique, disci-

1. Liher Ltandnvcnsis, éd. Uvans, The Book of Llan Dav, Oxford,

plinaire et liturgique ; quand tout marchait autour d'eux, ils restèrent stationnaires. Aussi lorsque, deux siècles plus tard, Augustin et les moines romains entrèrent en contact avec ces retardataires, ils les considérèrent un peu comme des étrangers, presque comme des hérétiques.

C'est à cet isolement sans doute qu'il faut attribuer les divergences disciplinaires et les singularités rituelles qui donnèrent naissance plus tard à de vives querelles dont nous aurons à parler'.

Rien de plus obscur du reste que cette période du et du VI'' siècle dans l'histoire de l'Eglise celtique d'Angleterre. On ne peut citer que quelques noms, qu'il faut dégager dans cette forêt de légendes, nées des souvenirs du peuple et de l'imagination des bardes 2.

L'un d'eux, saint David (-f-544), né au pays de Galles, et neveu du roi Arthur, est le Benoît de la Cambrie. Dans les monastères qu'il fonde, il établit une règle austère qui prescrit aux moines le travail des mains, en même temps que la lecture et l'écriture. Ses moines s'attellent eux-mêmes à ^acharrue. " Cliacun doit être à soi-même son bœuf»,

1. F. C.CoNYEEARF., Transactions ofSoc.of Cymmrodorion, p. 81-1 17, s'est efforcé de montrer que l'Église bretonne du pays de Galles avait professé jusqu'au vu' siècle, sinon l'arlanisme proprement dit, au moins des doctrines singulières sur la Trinité. Mais cette thèse est bien peu appuyée. Cf. ZrMMF.n-Mr.YEn, Iqc, cit., p. 4-5.

2. Sur les saints du paysde Galles, cf. W. Kees, Lives of Ihc Cambro-British saints, of the fiflh and immédiate successive centuries..., Mandovery I8;i3, 1 vol., et KicEREEs,£'ssa(/on the welsh saints, IS.W (très incomplet).

dit le texte. D'un pèlerinage aux lieux saints, il revient avec la dignité d'archevêque qui lui avait été conférée par le patriarche de Jérusalem. Deux conciles du pays de Galles, 519, 526, le reconnaissent métropolitain de tout le pays que les Saxons n'avaient point encore conquis. 11 mourut plus que centenaire en 544 et fut enterré au monastère de Menevia qu'il avait construit à l'extrémité méridionale du pays de Galles ; son tombeau devint un lieu de pèlerinage, jusqu'après l'invasion normande, et lui-même fut regardé comme le patron de la Cambrie

Saint Cadoc ou Kadok (522-590) n'est guère moins célèbre parmi les Celtes du pays de Galles que saint David dont il fut l'héritier -. La légende, qui a tracé autour de sa vie une guirlande poétique, le fait fils d'un chef breton, et d'une jeune princesse enlevée par lui ^. A la fois prince et abbé, il avait une grande puissance territoriale, et se servait de son influence pour lutter contre la barbarie des chefs voisins, et défendre les faibles contre leurs oppresseurs. Son nom signifie le belliqueux; il le fut en effet; c'est un vrai chef féodal.

Comme la plupart de ces grands moines celtes,

t. Sa vie a été écrite plusieurs fois, cf. dans Colgan, Acla sanctorum Hiberniie, t. I ; Rf.es, Lives of Cambro-Brilish saints, loc. cit.; W.iRTON, Anglia sana, t. Il; B()u..,Acta SS., martii, t. I, p. -40: MOMAI.E.MBERT, loc. cit., l. III, p. 49-50.

2. Vita S. Coidoci, ap. Rees, loc. cit., p. 22-9G; H. de la Viliemaii- OUÉ, La légende celtique, p. 127 à 227 ; Montai.emdeiit. t. III, p. 5.") seq.

3. Myvyrian, Archaeologyof Wales, London, 1801-1807, 3 vol. in-8"; cf. La Vii.LEMAngi'É, La légende celtique, p. 309.

il offre un curieux mélange du guerrier redresseur de torts, du barde qui chante en des poèmes religieux la gloire de Dieu et l'indépendance de la patrie bretonne, de l'ascète qui le dispute en austérité aux ermites de la Thébaïde. L'invasion des Saxons Tobligea comme tant d'autres moines celtes à aller chercher en Armorique une nouvelle patrie. Il revint plus tard en Bretagne où la lance d'un chel saxon en fit un martyr.

11 fut surnommé le Sage. 11 traduisait Virgile à ses moments de loisir, et composa des aphorismes poétiques, dont quelques-uns, qui nous ont été conservés, frappent, par l'élévation du ton et la noblesse :

« Sans science pas de puissance,

« Sans science pas de liberté,

« Sans science pas de beauté,

« Sans science pas d'honneur,

« Sans science pas de Dieu.

« La meilleure des occupations, le travail.

« Le meilleur des sentiments, la pitié.

« Le meilleur des chagrins, le chagrin d avoir péché, etc. »

Ailleurs, il chante ainsi sa haine : « Je hais le juge qui aime l'argent, et le barde qui aime la guerre, et les chefs qui ne protègent pas leurs sujets, et les nations sans vigueur, et les maisons sans habitants, et les terres non cultivées et les champs sans moisson, et les clans sans patrimoine et les suppôts de l'erreur, et les oppresseurs de la vérité... Je hais les voyages sans sécurité, les familles sans vertu, les

procès sans raison, les embûches et les trahisons, etc. ^ ».

lltud fondateur de Bangor, Kentigern fondateur de Saint-Asaph, vivent à peu près dans le même temps, et ne méritent pas moins d'être connus. Le dernier parcourut les régions de Stratliclyde et de Galles.

Son biographe nous parle des croix de pierre qu'il avait l'habitude de dresser dans les endroits où il prêchait, comme à Glascow et à Crosthwaite, et qui marquaient l'itinéraire de ces missionnaires^.

Au nord de l'Angleterre, en Calédonie, chez ces races sauvages des Pietés et des Scots dont nous avons dit les déprédations périodiques, un autre apôtre, un frère de race, un Scot d'Irlande, avait reçu la mission de porter l'évangile, c'est Columb- Kill, la colombe de la cellule, plus connu sous le nom de saint Colomba.

Appartenant par sa naissance à une vieille famille de chefs irlandais, il entra dans le célèbre monastère de Clonard vers 550. Au bout de peu de temps

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