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2. Sa vie par Jocclin <le Furncss ne date que du xii'" siècle, mais elle paraît s'appuyer sur des documents anciens et dignes de foi, Life of Kei)ti(iern (\ans Jlistorians of Scolland, t. V, c. xxiii, xli. Nous lisons daus la vie de saint Wii.liiiald (viii= siècle) : quia sic mos est saxonicae Qentis,^quod in nonnuJlis nobilium bononimquc liominum praediis, non ecclesiam, scd Sanctac Crucis signum Domino dicatum... in alto erectum, ad corrunodam diurnae oralionis sedulitatem, soient hahere (Acla sanc/or., jul., t. II, p. 502). Sur ces croix do missionnaires d'un si grand intérêt archéologique, cf. dom Leclercq dans i\ci\vc Dict. d'Arch.cl de Liluryie, Bretaync, t. TT, col. in2.
il exerça par son zèle, par sa naissance, par le charme de sa personne, une grande influence et fonda plusieurs monastères. On n'en comptait pas moins de trente-sept qui le reconnaissaient pour fondateur. Sa vie, racontée par un moine qui fut presque son contemporain, saint Adamnan, est une des pages les plus curieuses de l'histoire de ces églises celtiques où la vie religieuse était intense, et où les âmes semblent souvent entraînées par les mouvements désordonnés de la passion '.
La partie de sa vie qui s'écoula en Irlande n'appartient pas à notre récit, mais il faut dire dans quelles circonstances il fut amené à entreprendre l'apostolat de l'Ecosse.
Il semble que Colomba, que sa naissance aurait fait chef de clan, fut entraîné, sous son habit monastique, à prendre parti dans ces luttes que se livraient ces petites tribus, et qui furent le grand fléau de l'Irlande pendant des siècles. Accusé d'avoir attisé parmi les chefs des guerres fratricides et d'avoir fait verser le sang chrétien, il fut condamné par un synode à convertir un nombre égal de païens à celui des chrétiens morts dans les guerres qu'il avait suscitées, et banni d'Irlande, sa patrie aimée ^.
En 563, il abordait dans une des îles Hébrides, lona, où il fonda un monastère qui devint la capitale monastique del'Kcosse, et, pendant des siècles, un
1. Mabili.on. Acla SS. 0. S. B., et Boll., t. H de juin. Uccditée par Reevf.s, Dublin, 1857 ; cf. MotiTALEsinEiiT, t. ni, p. 101 seq. i. L'aullienticité de cette partie du récit a été contestée.
foyer de civilisation chrétienne pour le nord de la Grande-Bretagne. En peu d'années, cinquante-trois monastères furent fondés par les soins de Colomba. Sa parole éloquente, le prestige de sa naissance, en imposèrent à ces barbares et il sema sa route de conversions. Quand il mourut en 597, l'Ecosse était en partie convertie. La meilleure preuve que l'on puisse donner de son influence, c'est le singulier privilège dont jouissent ses successeurs, les abbés d'Iona. En mémoire de la sainteté de l'illustre fondateur, ils exercèrent une sorte de juridiction sur les évèques voisins (Bède, III, 4). Cette anomalie paraîtrait inexplicable ailleurs ; mais parmi ces tribus celtiques de la Grande-Bretagne, la hiérarchie ecclésiastique n'était pas constituée suivant les lois ordinaires ; longtemps les évèques n'y eurent pas de circonscriptions territoriales. D'ailleurs ce fait d une sorte de juridiction sur les évèques exercée par des abbés qui quelquefois n'étaient pas prêtres, se produisit en ces pays pour d'autres monastères qu'Iona. Ces cas prouvent l'extraordinaire influence de l'élément monastique dans ces contrées et déjà donne aux chrétientés celtiques un caractère bien spécial.
A en croire Augustin Thierry, ces Bretons auraient été les plus fervents et les plus purs chrétiens de cet âge. Mais il faut se défier de son esprit de système qui avait besoin de les représenter sous ces couleurs. Un témoin presque contemporain, breton lui-même, Gildas, en fait au contraire une peinture terrible. Si terrible même que l'on a émis l'hypo-
thèse que ce Gildas, dont le personnage est du reste énigmatique, ne serait autre qu'un Anglo- Saxon, adversaire acharné des Bretons, et qui ne se donnerait lui-même comme breton que pour mieux accabler sous ses invectives ce malheureux peuple ' .
Mais encore que cette hypothèse ne soit guère vraisemblable, il faut se défier des exagérations de ce moine. C'est une sorte de Salvien, dont la peinture est poussée au noir, un Jérémie qui accumule contre son peuple les griefs. C'est dans tous les cas un livre curieux que cette plainte sur la chute de la Bretagne 2, et qui doit nous arrêter un instant, puisque c'est un témoin presque unique de cette époque, et aussi son unique représentant littéraire. Il n'a du reste pour tout talent qu'une certaine véhémence de ton, mais la langue est pauvre, besoigneuse, c'est un bégayement, et sans cesse pour couvrir son indigence il est obligé d'emprunter aux livres saints, surtout aux prophètes, dont il transcrit des pages entières. Il s'en prend au peuple breton, à ses rois, à ses pasteurs, et en ses trois livres, il fait le procès aux uns et aux autres.
1. Nous avons deux vies de Gildas le Sase. L'uue du xi". l'autre du siècle, aussi peu dignes de foi l'une que l'auire et du reste en
conîradiction l'une avec l'autre. Cf. la note bibliograplii(|ue en tête de ce chapitre. C'est Wriglit qui en a fait un Saxon, Biographia Britannica, t. I.
2. Liber qxœrulus de Exridio Britanniae ; il a été publié pour la première fois à Londres en d.'i-iS. Depuis lors il a élc réédité i)lusieurs fois, notamment dans toutes les collections des écrivains anciensde la Bretagne, iîer!<»i Brilannicarun Scrij/lorcs (cf. p. vni). 11 est dans Hk^e, P. L., t. l.XIX, col. 327 sq. Mommsf.n l'a édité pour les Moiiumenta Germaniae, cf. plus haut p. 22.
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La nation bretonne est aujourd'hui, dit-il, ce qu'elle a été toujours : faible quand il s'agit de repousser l'ennemi, mais forte pour la guerre civile; faible pour la paix et la vérité, forte pour le mensonge et le crime L'abondance et la richesse ont développé en elle tous les vices, le mensonge, la malice, la débauche; aussi considère-t-il les invasions, la peste et tous les fléaux qui ont fondu sur cette malheureuse nation comme un juste châtiment du ciel.
Quant aux rois bretons, ce sont des tyrans, qui n'usent de leur puissance que pour dépouiller leurs sujets, se livrer à de honteux plaisirs, dont ils ne sortent que pour fomenter des guerres civiles entre eux. Chacun des rois bretons a du reste sa mercuriale. C'est toute la division de ce deuxième livre : invective contre Constantin ; invective contre Aurelius-Conan ; invective contre Vortiporius; invective contre Cuneglassus; invective eniin contre Maglocunus, le dernier venu, mais le premier pour les vices, « vrai dragon insulaire, libéral pour donner, plus libéral encore pour pécher, loup qui dévore le troupeau du Christ ^ ».
Les pasteurs ne sont pas mieux traités. Le troisième livre leur est consacré. La Bretagne a des prêtres, mais stupides; elle a des ministres, mais imprudents; elle a des clercs, mais menteurs; des pasteurs ! non, mais des loups prêts à tuer les âmes de leurs brebis; ils enseignent les peuples, mais en