Saint Augustin et ses compagnons
Nous ne décrirons pas en détail l'itinérair© de la petite troupe de missionnaires qui allait aborder les Saxons. S'embarquant sur la Méditerranée,
i. jcssEUAND, Hist. littéraire du peuple anglais, t. I, p. 6-2.
SAINT GRÉGOIRE ET LES ANGLO-SAXONS
ces moines s'arrêtèrent quelque temps à Lérins où ils trouvaient un monastère florissant. Ils n'allèrent pas loin à travers les Gaules. Effrayés des récits qu'on leur faisait de la férocité des habitants des pays qu'ils allaient traverser, ils rebroussèrent chemin et revinrent à Rome. Mais le pape n'était pas homme à s'arrêter devant de pareils obstacles; il obligea les missionnaires à reprendre leur route ; ils remontèrent le Rhône, puis suivirent la Loire jusqu'à Nantes, non sans se heurter parfois à 1 hostilité des habitants encore sauvages. De Nantes, ils s'embarquèrent et naviguèrent jusqu'à l'embouchure de la Tamise.
Ils touchèrent terre dans la petite île de Thanet où avaient abordé aussi pour la première fois les conquérants romains et les conquérants saxons^. Mais ces derniers venus ne rêvaient qu'une conquête pacifique. Augustin envoya des interprètes au roi de Kent, maître du pays dans lequel ils venaient d'aborber. C'était Ethelbert, descendant d'Hengist le pirate, un des premiers envahisseurs de la Bretagne. A son litre de roi de Kent, Ethelbert joignait celui de Bretwalda, c'est-à-dire qu'il était chef de la confédération saxonne. Les missionnaires n'ignoraient pas que sa femme Berthe était fille de Caribert, roi de Paris, et l'un des petits-fils de Clovis ; elle était chrétienne et son
1. The Landing place of SI Angusline, by Mck. Hughes dans A. J. Mason, Tlie mission of St Augustine to England, Cambridge, 1807, p. 209.
mari avait accepté qu'elle suivît sa religion. Elle avait avec elle un chapelain, Luidhard, évèque de Senlis, et pratiquait au milieu de ces païens le culte catholique dans une ancienne église bretonne, délaissée depuis l'arrivée des nouveaux venus, et dédiée à saint Martin. Pour Augustin et ses moines, c'était un appui, et dans l'œuvre de la conversion, elle fut d'un puissant secours.