Ethelbert, roi de Kent; sa conversion
Le roi, ayant reçu les messagers d'Augustin, ne permit pas aux missionnaires d'avancer plus avant, mais il promit de venir les voir lui-même. Il les considérait un peu comme des sorciers dont il fallait se défier et qu'il était plus sûr d'aborder en plein air'. Il fut fidèle au rendez-vous et vint dans l'île de Thanet avec ses guerriers en armes.
Cette première entrevue est assez importante pour que nous la décrivions en détail. Le roi s'assit au pied d un arbre, entouré de son conseil. Les moines s'avancèrent vers lui en procession, en tête une croix d'argent, puis une large bannière dorée représentant l image du Sauveur. Ils chantaient les litanies qu'on avait récemment inaugurées à Rome, et qui dans les circonstances solennelles accompagnaient la procession. Nulle part
1. KÈDE, H.E., I, -25; cl". Homes Di ddf.n, Grcgory thc Orcal, t. U,
SAINT GRÉGOIRE ET LES ANGLO-SAXONS
dans riiistoire de la prédication chrétienne, des missionnaires ne se sont présentés avec cette solennité. « Dansleurs robes de moines, dit le dernier historien de saint Augustin, les quarante conquérants apportaient bien des choses que ces barbares ne soupçonnaient pas, une civilisation, des arts nouveaux, une littérature, un lien avec l'ancien monde, une vie surnaturelle intense, des germes de sainteté qu'une génération allait faire éclore et dix siècles de gloires religieuses. L'histoire chrétienne de la Grande-Bretagne se renouait et recommençait plus belle ' . »
Le 2 juin 597, l'abbé Augustin, servi par un interprète, exposa au roi les principales vérités du christianisme. Ethelbert l'écouta attentivement. Il ne semble pas que la reine ou son chapelain lui eussent jusque-là parlé beaucoup du christianisme, car tout cela lui parut nouveau. Il ne pouvait, disait-il, abandonner sa religion pour embrasser celle des nouveaux venus ; mais il promit de les accueillir comme des hôtes, de leur fournir ce dont ils auraient besoin, et de leur laisser liberté complète de prêcher. Rarement missionnaires chrétiens furent accueillis aussi favorablement. Dès ce moment, apparaissent quelques-uns des caractères delà race ; l'attachement aux vieilles coutumes, tempéré par une disposition à accueillir ce qui se présente sous un aspect raisonnable,
1. Le P. liiKiu, Saint AugKsIin de C'antorbvrij, 1H',)7, p. Cf. BÈDE. 1, 25.
esprit de modération et de tolérance jaloux de fournir à une tentative nouvelle des conditions loyales et une chance de succès, ce qu'ils expriment sous les termes intraduisibles de fair play (mot à mot franc jeu).
Après cette première conférence les moines se dirigèrent vers Cantorbéry, qui était la capitale d'Ethelbert et la plus ancienne des villes saxonnes. Ils s'établirent dans le voisinage, menant leur vie de prière et de prédication. Il semble que leur parole ait été reçue volontiers et que leur vie pauvre, leurs prières, leurs jeûnes, aient frappé l'imagination des Saxons. Plusieurs se convertirent et le roi lui-même demanda le baptême.
Nous n'avons pas de détails sur ces grands événements qui n'avaient pas moins d'importance pour l'avenir religieux de l'Angleterre que le baptême de Clovis n'en eut pour la France. Bède, l'iiistorien de cette période, nous dit en deux lignes : « Lui (le roi) et plusieurs autres, charmés de la vie très pure de ces saints (moines), et de leurs suaves promesses, crurent et furent baptisés » .
C'était la première étape dans la conversion de la race anglo-saxonne qui fut, jusqu'à Henri Ylll, un des grands facteurs dans l'histoire du christianisme. Après le baptême du roi, Augustin vint trouver l'évêque d'Arles, Virgile, qui était pour la province des Gaules le délégué et le vicaire du j^ape. 11 reçut de lui l'ordination épiscopale et fixa son siège à Cantorbéry qui, de capitale des rois de Kent, deve-
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naitla capitale religieuse de leur royaume, et bientôt le serait de toute l'Angleterre.