‹ L'Angleterre chret́ienne avant les NormandsChapitre 33 sur 118 · Voir plus haut cliap. ii, p · texte numérisé non relu

Voir plus haut cliap. ii, p

L'EGLISE BRETONNE AU V1I« SIÈCLE

modernes. Des divergences se produisirent ; au II' siècle et au in'^, il y eut une question de la pàque qui s'envenima rapidement, dégénéra en querelle entre les orientaux et les occidentaux, et faillit amener un schisme Au iv'^ siècle, on iinit par arriver à une entente, et sur ce point l'unité fut faite Toute l'Eglise, à peu d'exceptions près, adopta un cycle astronomique, connu sous le nom de cycle de quatre-vingt-quatre ans, qui était emprunté aux juifs d'Alexandrie. Ce cycle n'était, du reste, pas très exact, car à chaque révolution des quatre-vingtquatre ans, il se trouvait en avance sur la véritable année lunaire d'un jour et sept heures. On s'en aperçut vite, et Rome en 532 adoptait une réforme pour corriger ce défaut ; ce cycle corrigé a régi l'année ecclésiastique et civile pendant tout le moyen âge, jusqu'à la réforme du calendrier grégorien.

C'est ce point-là môme qui fut l'origine des difficultés et des discussions.

Les Eglises bretonnes séparées de l'Occident latin depuis la fin du i v^^ siècle par les invasions saxonnes, n'avaient pas été mises au courant delà réforme, et restaient fidèles au cycle non amendé de quatrevingt-quatre ans; par suite, ils célébraient la Pàque tantôt avant tantôt après les autres églises latines ; cette différence était parfois d'une semaine ; dans

I. Sur celle queslion pascale aux origines du chiislianisnie, cf. MB' Ducliesne, IIi.it. ancienne de l'Eglise, l. I, p. 282 sq., el les Orir/ues (tu cuUe chrétien, p. 22S si|.

certains cas même, il y avait un mois de différence entre Celtes et Occidentaux. Les Bretons, pour justifier leur manière de calculer, s'appuyaient sur un prétendu cycle asiatique d'Anatolius de Laodicée. Mais il est prouvé aujourd'hui que ce cycle est l'œuvre d'un Breton faussaire, qui Finventa pour fournir à ses compatriotes, contre le système romain, une arme d'autant plus redoutable que l'antiquité du cycle et le nom de son auteur lui donnaient une plus grande autorité. C'est donc sur un faux que repose le meilleur argument dont se servirent les Bretons pour soutenir leurs revendications ' .

Cette question qui ne paraît pas capitale au premier aspect, avait cependant une grande importance aux yeux des chrétiens de ce temps, soit par suite

t. Le cycle d'Anatolius a été publié d'abord par Sirmond, puis par BixiiERUs, De doclrina temporum.\t. 444; il a été reproduit souvent, cf. en particulier L'art de vérifier les ilales, t. I. p. xxii. C'est Van (1er Haegen qui en a prouvé l'inaulhenticité, De pseudo-AnaloUi canone pascal i, praof., p. 118, 134 etc. Il a prouvé aussi que ce cycle repose sur la même erreur que le cvcle breton, mais c'est le cycle (lu pseudo-Anatolius qui procède du cycle breton. C'est au vu" siècle que remonte le faux. Cf. aussi snr cette question, V.vhin, Mémoire cité, p. 210 sq. C'est aussi en partie sur ce faux comput que l'on s'est appuyé pour prétendre que les divergences entre les églises celtes et les églises latines venaient de l'origine asiatique de cette église. Voir aussi sur ce cycle de quatre-vingt-quatre ans dont se servaient les Celles, Br. Knrscu, S/wdic» zur c/iristlicli. mitlelal- Icrlichen chronologie. Dcr S't Jâlir. Ostercyclus u. seine Quellen' Leipz., 1880. Il adopte en général les conclusions de Haegen sur le Liber Analholi de ralione pascitali. et donne une nouvelle éd. de ce traité, p. 311-32", et Die Einfûhrung des griesch. Paschalriius im Ahenlande, dans IS'eues Arcliiv, vol. IX, p. 'J'J. Cf. aussi Biche- Rius, De doctrina tcmporum, ]>. 4.".l.

L'ÉGLISE BRETONNE AU VII» SIÈCLE. 81

des controverses antérieures, soit parce que l'année ecclésiastique et les fêtes de l'Eglise avaient une signification beaucoup plus grande.

11 sullit du reste de considérer de nos jours où les questions liturgiques excitent beaucoup moins d'intérêt, les difficultés que cause la différence du calendrier entre les Russes et les peuples qui sont en relation avec eux.

La tonsure celtique n'est qu'une singularité sans conséquence ; et tout le monde est d'accord sur ce point, son origine est locale.

La liturgie des Celtes donnait prise aussi aux difficultés. Il y avait des rites différents pour le baptême, et pour la façon de célébrer la messe Les Celtes, en un mot, avaient leur liturgie particulière,

1. En quoi consistaient ces différences? Pour le baptême, on a dit que les Bretons n'emiilo> aient peut-être qu'une immersion au lieu de trois, ou qu'ils ii'emplo>aient pas le Saint-Chrême, ou encore qu'ils omettaient la confirmation après le baptême.

Ces difTêrentPS hypothèses sont savammeut discutées dans la dissertation de H. A. Wii.soN, Notes on somc lHurgical questions relatin<j to Ihe mission of Si Augustme, dans le recueil édite par A. J. Masox, The mission ofSt Awjustine to Englanri, 1 vol., Cambridge, 1897, p. -249.

Cf. aussi l'art. Baptême dans notre Dicl. d'archéol et de liturgie, t. II, col. :m sq.

Quelques-uns supposent au contraire (liock, Warren) qu'il ne s'agissait pas d'une omission dans le rituel, mais d'une addition, à sa\oir ; le rite gallican du lavement des pieds a|)rès le baptême. Enlin Wilson émet, avec réserve, l'avis (|uc la formule même du baptême au nom de la trinité, était altérée chez les Celtes [loc. cit., p. 25t). Mais celte opinion ne nous ])arail pas plus probable que les précédentes, et pour le moment, il faut s'en tenir à des hypothèses. Quanta la messe, les divergences celtiques portaient sur la place du baiser de paix et des diptyques.

comme l'Église milanaise, l'Église des Gaules. l'Église mozarabe.

Quoique les spécialistes ne soient pas encore d'accord pour expliquer l'origine de ces différences, il nous paraît assez vraisemblable qu'elle n'est pas due aux influences orientales, sauf peut-être quelque point particulier, mais que cette liturgie, comme les autres liturgies occidentales, rentre dans une grande famille, la famille latine, qu'elle est par conséquent sœur ou fille de la liturgie romaine '.

Il est même possible que sur ce point, comme en ce qui concerne le cycle pascal, les Bretons ne parussent aux moines romains des novateurs que parce qu'ils étaient restés fidèles au vieux système liturgique que les Romains eux-mêmes avaient modifié.

Dans tous les cas ces divergences liturgiques portent sur des points si secondaires, qu'avec un peu de bonne volonté et une intelligence plus éclairée, l'entente eût été facile s'il n'y avait pas eu en jeu d'autres intérêts.

En somme, aucune dissidence fondamentale, aucun écart dans les doctrines essentielles, rien qui pùt motiver un schisme, ou mériter le nom d'hérésie -.

On comprendra mieux, grâce à ces explications,

1. Cf. nos OrUjiiics lilurgiques, Paris. 193li, p. IOj sq. et 334 sq. et l'appendice sur la litursie à la fin du iirésent volume.

2. Sur les prétendues doctrines ariennes de l'Église bretonne, cf. ch. u, p. 43, note i.

L'ÉGLISE BRETONNE AU VII» SIÈCLE

et l'on (.lé{)lorera davantage, le long conflit que nous allons raconter, l'ondé sur de si futiles prétextes.

Page 1