Celait Bcrclilwalcl. successeur de Théodore
fondations, près de Northampton , le 23 juin 709.
Nous nous sommes étendu avec plus de détail sur cette vie, parce que d'abord elle résume à peu près l'histoire d'Angleterre au vii° siècle, puis elle touche à tant de questions importantes dans cette histoire qu'il fallait lui laisser sa place. Au point de vue des rites celtiques, l'altitude de ^Yilfrid fut nettement hostile. Nous avons même pu remarquer que ce zèle à les combattre fut parfois excessif. 11 n'était pas juste de considérer les Celtes comme des schismatiques ou des hérétiques. 11 s'agissait au fond de pures questions disciplinaires que l'on pouvait régler à l'amiable.
Mais si, dans le détail, Wilfrid et ses partisans ont pu dépasser la mesure, il faut reconnaître le grand service qu'ils ont rendu à l'Eglise d'Angleterre en la faisant rentrer dans l'unité latine. Il est clair, d'après l'histoire même de 'Wilfrid, que l'isolement avait été fatal à cette Eglise, et qu'il le serait devenu davantage encore avec le temps. La hiérarchie était à peine constituée, les lois canoniques paraissent inconnues ; les évêques sont institués ou destitués sans jugement, ils sont livrés aux fantaisies de ces roitelets saxons. Des abus s'étaient glissés dans cette Eglise qui demandaient un prompt remède ; les singularités celtiques elles-mêmes, quoique ne touchant pas à la substance du dogme, auraient pu être le point de départ d'un schisme ou d'une hérésie, comme pour les quartodécimants du iii'^ et du iv'' siècle. En montrant au-dessus des par-
tis politiques qui divisaient l'Heptarchie, et des intérêts de clocher qui troublaient la paix intérieure, cette juridiction supérieure qui, à Rome, jugeait en dernier appel, il rendit à son Eglise le plus signalé service et la fit échapper pour des siècles à l'érastianisme et à l'esprit national qui déjà menaçait de faire d'une Eglise universelle et catholique par essence, l'Église des Anglais.
N'eût-il accompli que cette tâche, Wilfrid devrait être honoré déjà comme un des plus grands hommes de l'Eglise d Angleterre. 11 fut en outre par son activité religieuse, par son zèle à porter la parole au milieu des infidèles, par sa constance invincible au milieu des plus grandes épreuves, par sa sainteté aussi, un des apôtres de ce grand pays.
4. — Le moine grec Théodore, philosophe et archevêque de Cantorbéry.
Nous pourrons résumer plus rapidement la carrière de ses grandscontemporains, Théodore, Cuthbert et Benoît Biscop, qui travaillèrent à ses côtés à la même œuvre.
Elle est bien extraordinaire aussi la carrière de ce moine grec qui devint sur ses vieux jours archevêque de Cantor])éry et fut avec Wilfrid un des grands ouvriers de la réorganisation des églises d'Angleterre. Lorsqu'en 667 le siège épiscopal de Kent vint à vaquer, Oswy, roi de Northumbrie en
même temps que Bretwalda de l'Heptarchie, d accord avec Egbert, rai de Kent, déféra au pape Yitalien le choix du primat d'Angleterre. Ce choix n'était pas facile. Yitalien désigna d'abord un certain Adrien, abbé d'un monastère des environs de Naples. qui ne se jugea pas digne de la tâche. Un autre moine, André, élu ensuite, ne put accepter à cause de ses infirmités. Les yeux du pape tombèrent alors sur un moine grec, Théodore, à qui sa science avait fait donner le surnom de philosophe, et qui n'avait pas moins de soixante-dix ans ; il était né avant la mort de saint Grégoire le Grand. Il fut sacré le 26 mars 668 et se mit en route pour l'Angleterre. Théodore, né à Tarse, avait fait une partie de son éducation à Athènes, et possédait une culture grecque et latine qui devait le mettre bien au-dessus de ses contemporains anglo-saxons. Comme nous l avons vu par l'histoire de Wilfrid, la hiérarchie d'Angleterre était dans un grand état de confusion, sans parler des divisions que jetait dans les églises la question des rites celtiques ; la tâche qu'il avait à accomplir était des plus compliquées. 11 commença par une sorte d'inspection de l'Angleterre, puis son premier soin fut d'établir des diocèses réguliers. Quand, en 673, il réunit un synode, il se trouva à la tête d'une réunion d évêques déjà imposante, avec ime juridiction bien délimitée. Ce concile se tint à Hertford (Bèdc, //. E., IV, 5). Les évèques de Uochester, d'Estanglio, d'York et Lindisfarne, de Laslingham, de Lich-
field,de Londres, de Winchester, de Cantorbéry y lurent présents ou représentés. Théodore y fit promulguer un livre de canons, probablement ceux de Denys le Petit, adaptés à l'Angleterre. Les questions de la Pàque, de la juridiction des évêques, de l'exemption des monastères y furent examinées ; on y donna les règles de vie ecclésiastique, des prescriptions sur le mariage. On a attribué avec raison une grande importance à ce concile, le premier monument chronologiquement, qui consacre la législation des églises anglaises.
Après le concile, Théodore continua son œuvre et nous avons vu'par la vie de Wilfrid, que, pendant un exil de ce dernier, il divisa en trois le vaste diocèse de Northumbrie. La sentence de Théodore fut discutée à Rome, 679, dans un concile La division du diocèse fut maintenue, mais Wilfrid fut rétabli sur son siège, sans pouvoir cependant, comme nous l'avons dit, obtenir l'effet de cette sentence. Cependant, sans se laisser arrêter par aucun incident, et avec une activité étonnante de la part d'un vieillard, Théodore continuait son œuvre, créait et délimitait des diocèses au nord et au sud, déposait des évèques ou en établissait de nouveaux.
En 680, il tint un nouveau concile à Ilatfield, dont malheureusement les actes ne nous ont pas été conservés'-. On y consacra probablement la
I. BiiD., IV, 1-2; WiLKiNs, CowHf (7s, I, 4l-i3; Si'i i man, I, ; Haddan elSTi nns, t. lU, H8-li-2.
■2. Anylia sacra, I, li3;Stul)bs dans son article sur Thc'odore de
nouvelle organisation des diocèses, on approuva contre les monothclites les décisions de l'Église romaine, on y prit quelques nouvelles mesures concernant la délimitation des diocèses.
Avant de mourir il se réconcilia, comme nous Tavons vu. avec Wilfrid, qu'il avait injustement dépossédé. Mais quelque jugement que l'on porte sur sa conduite dans cette affaire, il faut reconnaître que l'œuvre de ce vieux moine grec en Angleterre fut considérable. Soit par suite des directions diverses qui s'étaient exercées dans ce pays, missionnaires romains, francs, burgondes, italiens, celtes, soit par suite de la différence des races qui se partageaient alors cette contrée, soit même en vertu de la division en petits royaumes rivaux, souvent hostiles au sein même de l'Heptarchie anglo-saxonne, l'Eglise d'Angleterre manquait essentiellement d'unité et d'homogénéité ; elle était tiraillée en sens divers par des influences contraires ; c'était presque l'anarchie. Théodore lui donna une organisation plus solide, et s'il ne put faire l'unité complète, il travailla avec succès à sa réalisation partielle. Et par suite, comme les historiens d'Angleterre l'ont reconnu, il a aidé aussi à faire l'unité de la race anglaise.
Sur la théologie et sur la discipline il a exercé la plus grande influence par les règles qu'il a établies. Si le pénitentiel qui lui est attribué n'est
Tai'se dans Dicl. of Christian Bior/raphy, p. 9-29 ; Haddan et Slubbs, loc. cit.
pas de lui, dans son intégrité, il s'inspire incontestablement de son esprit, et il peut en être considéré au moins moralement comme l'auteur. Il y établit des règles et fixe les peines encourues par les délits dans une sorte de catalogue tarifé des péchés'.
On lui a aussi attribué le mérite d'avoir établi en Angleterre le système de la paroisse. Mais il lui est postérieur. A l'époque de Théodore la paroisse n'est pas encore constituée. Il y a des monastères, il y a des missionnaires, il y a des chapelains attachés à des églises fondées par des patrons, il n'y a pas encore un système parochial proprement dit. Cependant le pénitential pouvait fournir les éléments pour cette organisation future. En somme au vu" siècle l'élément monastique est encore dominant; le ministère de la prédication et de l'évangélisation, on a dû déjà s'en rendre compte par cette histoire, est accompli par les moines ou dans des églises qui dépendent des monastères.
Sur les écoles et sur l'enseignement, l'influence de Théodore fut aussi considérable. Lui-même était un vrai scholar qui, à la connaissance du grec, sa langue maternelle, et du latin, de la théologie, de la philosophie et du droit, joignait quelques notions de médecine.
1. Sur cette question des pcnilentiels de TliéoJore cf. Folrnikr, loc. C!7. ; S.vi.TET, lor. cit.; ci-dessus, p. 110, note. Contrairement à Schmilz, M. Fournier établit que l'origine de ces penitentiels est celtique, et que l'Église saxonne les adopta de bonne Imure.
Il fonda ou organisa des écoles, et quelques-uns de ses disciples, comme Aldhelm, dont nous parlerons bientôt, lui font honneur. Ce moine grec fut l'anneau qui renoua pour l'Angleterre la chaîne des traditions avec l'orient et le monde grec. Quant à son caractère, sa conduite à l'égard de Wilfrid a pu paraître dure, injuste même, et le biographe de Wilfrid, Eddius, va jusqu'à l'accuser d'avoir obéi au roi Egfrid par intérêt. Mais Eddius est passionné et partial, et rien dans la vie de Théodore ne paraît justifier un pareil reproche. Sans parler de son activité qui fut extraordinaire, de son intelligence qui paraît avoir été lucide, et au-dessus de l'ordinaire, de son érudition étendue, de son expérience, il eut la force et la ténacité dans le caractère qui lui permirent de mener à bien l'entreprise ardue de la réorganisation des diocèses. 11 mourut le 19 septembre 690, à quatre-vingt-huit ans.
Cependant c'est moins par la sainteté que par l'activité que brilla Théodore. Si l'on veut, durant le vii^ siècle, trouver des exemples d'une vie sainte, c'est celle de Cuthbert qu'il faut étudier.