Les écoles celtes et saxonnes
C'est aux écoles que l'on doit en grande partie la conservation de la culture en Angleterre. Ecoles celtes et écoles anglo-saxonnes rivalisèrent de zèle pour cette grande œuvre d'éducation nationale.
Je ne puis que rappeler ici le grand rôle des Celtes dans la question de l'enseignement et de la conservation des chefs-d'œuvre de l'antiquité. Nous en avons vu déjà plusieurs exemples. Passionnés pour l'étude, pour la connaissance du latin et du grec, pour la copie des manuscrits, ils rendirent à la science et à la civilisation d'incomparables services. Ils copièrent les manuscrits et conservèrent par là le patrimoine de l'antiquité classique.
Je n'ai pas à parler de la grande action qu'ils exercèrent sur le continent. Possédés de la passion des voyages, et d'un esprit de prosélytisme qui fut à cette
époque un des traits du caractère celte, ils parcoururent l'Europe, et l'on retrouve leur trace un peu partout. Dans les plus vieilles bibliothèques d'Allemagne, de Suisse, d'Italie, les manuscrits des scoli qui comptent parmi les plus précieux, attestent l'activité et l'habileté de ces copistes cosmopolites'.
En Angleterre, ils ne furent pas moins zélés pour l'enseignement. Llancarvan, aux jours de Cadoc, est peuplée d'étudiants irlandais ; il y a des écoles celtiques à Bangor, à Saint-Asaph, à Llantwit, à Candida Casa (monastère de S. Ninian) ; à Whitherne, à Rosina, dans tout le pays de Galles.
Gildas qui reproche si amèrement aux Bretons leur ignorance, Gildas, comme saint David et Finnian de Clonard, a été élevé aux écoles de Llancarvan et àMenevia.
Il semble même que ce sont les Celtes bretons d'Angleterre, surtout du pays de Galles, qui ont porté en Irlande les traditions des écoles, où elles s'épanouirent avec un prodigieux éclat, et d'où elles rayonnèrent ensuite de nouveau sur l'Angleterre et sur les autres pays d'Europe. Il y eut ainsi un échange continu entre l'Angleterre et l'Irlande^.
Les étudiants saxons sont si nombreux dans les écoles d'Irlande qu'Aldhelm les décrit comme des essaims d'abeilles et il s'en plaint, car il croit qu'ils
1. Ce rôle sera décrit par dora Gougauchje ne puis ici i|U'.v faire allusion ; voir l'avertissement, p. 1.
2. Cf.HYDE, Literanj hist. oflrelaïul, p. 131, HOi. — 1-"owlku. Vila s. Coiomh., 3. Cf. Caskoin, loc. cil., p. 2 sq.
trouveraient d'aussi bons maîtres en Angleterre. Un tiers de la sainte cité d'Armagh, si renommée par ses écoles , était appelé le quartier des anglo-saxons * .
La plupart des monastères celtes dont nous aurons à parler au chapitre suivant, Bangor, Saint- Asaph, lona, Lindisfarne, sont des écoles où accourent les disciples.
Les moines romains furent aussi pour les Anglo- Saxons des éducateurs. On peut croire qu Augustm fonda une école à Cantorbéry. car on ditd un de ses compagnons, Félix, qu il en établit une « sur le modèle de celle de Kent ».
Mais ce fut surtout le moine grec Théodore, déjà connu de nous, qui développaparmiles Anglo-Saxons le goût de la culture. 11 prit des mesures pour que l'éducation se répandît parmi eux et Tun de ses grands soucis fut la fondation des écoles. Un de ses compagnons, qui l avait suivi d'Italie, reçut la mission d'en établir une à Cantorbéry, oii l'on apprenait le latin et le grec, la musique, l'astronomie, la poésie, l'arithmétique, même la médecine. De cette école où Théodore et Hadrien enseignèrent sortirent plusieurs éj^^éques. Lt Bède affirme que les étudiants pouvaient parler le grec et le latin comme leur langue maternelle.
Cette école de Cantorbéry devint plus tard le modèle sur lequel se forma la fameuse école d'York, d'où l'instruction se répandit sur le continent. Les
1. BniGHT. Eo.rly English church history, 3«édit., Oxford, 1897.
Saxons ne voulurent pas rester en retard; Cuthbert fonde une école ù Carlisle. La même activité intellectuelle avait été inspirée aux deux monastères jumeaux de Wearmouth et de Yarrow, par Benoît Biscop, et Bède ne fit que développer ces goûts. L'évêque Daniel, son contemporain, a dû aussi avec lui répandre l'éducation enWessex.
Aldhelm, dont nous avons parlé souvent, avait créé à Malmesbury une école et démontrait à qui voulait l'entendre qu'il n'était plus nécessaire à ses compatriotes d'aller en Irlande pour apprendre, puisque dans leur propre patrie ils pouvaient avoir une meilleure éducation.
L'école de Dunwich, dans la première partie du vu" siècle, est due à un bourguignon, Félix, qui se rattache probablement à la mission de saint Colomban; il vint en Angleterre, et installa à Dunwich une école sur le modèle de celles qu'il avait connues en Gaule.
Ces écoles assurent à l'Angleterre, pour le va" et le viii'' siècle, une prépondérance intellectuelle que Charicmagne, jaloux de toutes les gloires, parvint à lui enlever pour la transporter dans son royaume.
Nous verrons, au chapitre suivant, que les monas tères de femmes rivalisèrent sur ce point avec ceux des moines et leurs cloîtres furent souvent des écoles remarquables, en môme temps qu'ils étaient des ateliers de peinture, d'enluminure, de broderie.