Abus dans les monastères
Cette vogue extraordinaire, cette sorte d'engouement qui poussait vers les monastères tant d'hommes et de femmes de condition différente, devait fatalement entraîner des abus. Ils sont signalés par le Vénérable Bède lui-même, avec une grande liberté de langage, dans sa fameuse lettre àEgbert, évêque d'York.
« ... Il se trouve, dit-il. comme nous le savons tous, des lieux innombrables qui portent le nom de monastères, sans qu'il y ait la moindre observance monastique. Ce serait substituer la chasteté à l'incontinence, la tempérance à la gourmandise, et la piété à la vanité, que d'attribuer de pareils endroits, par l'autorité des assemblées publiques, à la dotation d'un nouvel évêché. Oui, il y a de vastes et nombreux établissements, qui ne servent de rien nia Dieu ni aux hommes. Aucune règle monastique n'y est observée, aucun profit n'en revient aux comtes et aux chevaliers chargés de défendre notre nation contre les barbares. Celui donc qui
L'ANGLETERRE CHRÉTlEiNNE.
constituera de nouveaux évêchés ne sera ni un usurpateur ni un prévaricateur; il fera une œuvre de salut et un acte de vertu ' . »
Il y avait un autre abus, qui celui-là n'était pas attribuable aux moines. Des hommes rapaces et l'usés ne craignaient pas de se donner pour moines, bénéficiant de tous les avantages que comportait ce titre, sans subir aucune des charges que cette profession entraîne. « 11 se commet, continue Bède, un crime plus grave encore quand de simples laïques, qui n'ont ni l'expérience, ni l'amour de la vie régulière, donnent aux rois de l'argent pour prix de certaines tenues, sous prétexte d'y construire des monastères, et puis se font attribuer un droit héréditaire sur ces terres, par des édits royaux qu'ils font ensuite confirmer par la signature des évèques, des abbés et des grands du siècle. Dans les champs et les villages qu'ils ont ainsi usurpes, ils vivent au gré de leur licence, exempts de tout service divin ou humain ; y commandent quelquefois, aux laïques, à des moines, ou plutôt y rassemblent, en guise de moines, ceux qui sont chassés des vrais monastères pour leur désobéissance, ceux qu'ils en peuvent débaucher, ceux qu'ils trouvent vaguant par le pays ; ou encore prenant quelquesuns de leurs vassaux qu'ils font tondre et par qui ils se font promettre une sorte d'obéissance monastique. Quel spectacle monstrueux que celui de