cr. La traduction de Sedgefried
L'état d'anarchie dans lequel les invasions danoises et les luttes intestines avaient plongé l'Angleterre inspira au roi la pensée de compléter la législation anglaise.
Son code débute par le Décalogue et par des extraits des Lois de Moïse et du concile de Jérusalem (Actes des apôtres). Il rappelle que par leur conversion au christianisme et par l'influence de leurs synodes, les nations chrétiennes ont été amenées à adopter des lois plus douces, et que la peine de mort, édictée par la Loi de Moïse, a été remplacée par des compensations en argent suivant le degré du délit (amendes, vergild).
En somme son code n'est pas un système nouveau de lois édicté par le souverain. Alfred eut la sagesse de comprendre qu'en matière de législation il n'est pas bon d'innover; il faut faire une large part à la tradition. Une partie de ses lois sont celles des rois clirétiens saxons, surtout de Ina, et de Offa, ses prédécesseurs ; il abrogea avec l'assentiment de son conseil (Witan) quelques lois qui lui parurent surannées; il en modifia quelques autres, mais en petit nombre, « car, dit-il sagement, je n'ai pas osé édicter trop de lois nouvelles, ne sachant pas si ceux qui viendront après nous les accepteraient volontiers ».
On remarque dans l'ensemble de cette législation une tendance à l'adoucissement. Les amendes en général sont moins élevées que dans le code de Ina ou d'Ethelbert. Mais celle diminution avait peut-être
aussi pour cause l'état économique de ces royaumes qui, par suite des invasions danoises, n'était rien moins que prospère. Nous ne nous arrêterons pas plus longtemps à l'étude des lois d'Alfred, quel que soit l'intérêt historique de ces prescriptions, parce que cette étude concerne bien plus l'histoire civile de l'Angleterre que son histoire religieuse ^ . Il nous a suffi de remarquer que le christianisme, ici comme chez tous les peuples barbares, a exercé son influence en inspirant au législateur plus de miséricorde et un sens plus juste dans l appréciation du délit.
Les années suivantes (892-896) furent désolées par de nouvelles invasions des pirates du Nord. Encouragés d'abord en France par l'inertie de l'empereur Charles le Gros, les Normands s'étaient ensuite trouvés en présence d'une résistance vigoureuse qui leur fit abandonner pour un temps leurs tentatives sur le continent.
Le torrent se détourna de nouveau sur l'Angleterre. Nous ne donnerons pas le détail de cette lutte, nous dirons seulement qu'Alfred s'y distingua encore par son activité, par son courage, et qu'il y déploya de nouvelles ressources d'organisation et de tactique militaire. Hastings, qui avait succédé au grand chef Guthrum, fut battu comme lui par Alfred en diverses rencontres ^.
1. Sur la question d'organisation politique, cf. surtout Vinogr.u)off, Growth of Ihe Manor.
2. Cf. sur Hastings, Engl. Ilisl. Review, 1898, t. XIII, p. 444.
Un jour, Alfred qui campait dans les environs de Londres reconnut la position de la flotte danoise mouillée dans la rivière de Lea ; il eut l'idée de faire construire des ouvrages en amont et en aval de leur flotte de façon à les prendre comme dans une souricière. Le stratagème réussit et les Normands perdirent tous leurs bateaux. Il fallait pour se débarrasser des pirates leur opposer une flotte. Alfred se fit ingénieur; aux barques des pirates, il opposa des bateaux beaucoup plus longs et plus hauts, d'un modèle que lui-même avait conçu. La mention qui en est faite dans la chroniiiue saxonne de l'année 896, peut être considérée comme le plus ancien texte connu sur l'origine de la plus grande marine du monde.
Battus sur terre, poursuivis sur mer, les pirates se retirèrent^et les dernières années d'Alfred furent encore pacifiques. Il mourut le 26 octobre de l'an 900, à l'âge de 53 ans. C'est le plus grand roi de la période saxonne, un des plus grands dans l'histoire d'Angleterre.
11 personnifie, comme on l'a dit, le type anglais dans ses meilleures et ses plus hautes qualités, tenace , pratique, très maître de lui-même, ardent au fond sous une apparence froide et profondément religieux. Par sa simplicité, son amour du devoir, par sa grandeur morale, il mérita d'être appelé, des siècles après, le « chéri de l'Angleterre ». Ainsi se réalisait
1. Peut-être en «99; sur cette date, cf. Sif.vf.nson, Eng. /uni. Rcv, 1898, t. xni, p. 71.
L'ANGLETERRE CHRÉTJENNE.
le vœu qu'il exprimait en mourant : « J'ai tâché pendant toute ma vie de vivre dignement; et j'ai tâché qu'après ma mort, ma mémoire survive dans les œuvres utiles que je laisserai. » Il avait arrêté son royaume sur la pente de la décadence, et fait reculer la barbarie. Plus qu'aucun autre il a travaillé à constituer l'unité nationale de l'Angleterre.