CHAPITRE X
l'église d'angleterre et la discipline au ix'- et au x*' siècle.
1. L'Église d'Angleterre et la. discipline ecclésiastique au IX' et au X° siècle; les origines du Denier de saint Pierre. Les conciles. — 2. Saint Odon de Cnntorbâry , saint Dunstan. — 3. Turtjuelul, saint .Et/ielwold, saint Oswald. Le réveil monastique.
1. — L'Église d'Angleterre au IX' et auX' siècle le denier de saint Pierre.
Pendant la période du ix'^ siècle qui se termine à la mort d'Alfred et pendant le x'^ siècle, la discipline ecclésiastique et la vie chrétienne en Angleterre
BIBLIOGRAPHIE. —i^euiï'aJ iiionasti(iue du x" s. : La RcfjuUu is Voncordia ou De ConsuctuiUne Monactwrum (réunion île règles et de coutumes) attribuée à Dunstan quelquefois, mais qui est surtout l'œuvre d'Ethehvold vers 9f)ti-!Kï9, éd. dans : Dlt.dai.f., Monaatkon, vol. I, i>. xxvii-XLv. — .Micxk, P. L. t. CXXXVII, 47.-i-."j02; cf. aussi Giioss, p. 211 et n° liVt sq. — Mary Batkson, Padex for monks nnd secular canons afler llie revival under lung Edgar. Knglisli liist. Review, t. IX, (iîK)-708, Lond., I8!tl. — Sur la vie des. Dunstan. Une vie contemporaine et plusieurs autres vies analysées et appréciées dans l'introd. de Stubl)S qui résume bien sa carrière : Memorials of St Dunstan, éd. \V. Sti juis, Rotls scrics, London, 187'(. — Odon de Canterbury. Vie par i:admcr, dansAnglia Sacra, t. II. — S. Oswald. Vila S. Oswaldi, dans Historians o/'Yorlc,
eurent à subir des modifications dont l'histoire doit tenir compte.
Le roi OfTa, contemporain de Charlemagne, qui joua un grand rôle politique dans l'heptarchie, et donna à la Mercie un rôle prépondérant, exerça aussi son influence dans les affaires ecclésiastiques. C'est sous lui que, pour la première fois, l'Angleterre fut visitée par des légats du pape. Georges d"Ostie, alors en résidence à la cour de Charlemagne, et Théoplylacte, reçurent du pape Hadrien l'ordre de se rendre en Angleterre pour rétablir la discipline. Charlemagne leur adjoignit comme ambassadeur un abbé franc du nom de ^Yig■bod. Les deux légats visitèrent la Grande-Bretagne, tinrent un concile à Finchdale près de Durham, et un autre à Chelsea, 787*. Ces décrets prescrivaient aux évêques de tenir des synodes plus fréquemment, de faire la visite deleurs diocèses, de réformer les abus parmi les moines ouïes chanoines. C'est la première fois que dans l'histoire ecclésiastique de l'Angleterre, il est fait mention de ces derniers.
Le concile, après de longues discussions, élevais
t. I, Rolls séries. Les documents sur les Conciles, cf. la Bibliographie générale en tête de ce vol. p. xiii-xiv, spécialement Haddanet Stubbs, Coxncils andeccles. docum.,t. Ul. — ^tliehvold. Sa vie écrite par Wulfstan. son disciple, est éditée dans MiBiLLos, ^Ic/a .S'S. 0. S. B., saec. v, t. VU, p. 39ii-6-22 ; sur la Concordia regularis de .tlhelwold et les règles de celte époque, cf. Bateson, loc, cit., Eni/lish Histor.Revirw, oct. 18!»'.. t. IX, p.GOO.
1. Sur ce dernier, et la discussion des mots(?e5t debent décréta), tant latine quam teutonicc, cf. Hint, loc. cit., p. •23$. note sur la date de ce concile; cf. aussi p. 24(i.
siège de Lichfield au titre de métropole. C'était une suite de la politique d'Offa. En donnant à la Mercie le premier rang dansThcptarchie, il voulait l'affranchir au point de vue ecclésiastique de la prépondérance et de la juridiction de Cantorbéry. Cette dernière métropole fut donc démembrée au profit de Lichfield, mais dès 803, au concile de Clovesho, l'ancien ordre de choses lut rétabli et Lichfield réduit au rang d'évêché ordinaire. Le fils d'Offa fut sacré et reconnu par les légats comme son successeur.
Par reconnaissance envers le pape, et aussi, diton, pour l'expiation d'un meurtre dont il s'était rendu coupable, Offa fonda une rente d'une pièce d'argent par famille à payer à l'Église de Rome pour l'entretien d'une église et d'un grand hospice, qui deviendrait le quartier général des pèlerins saxons si nombreux à Rome. Cette schoîa saxonumeut une si grande importance, qu'elle a laissé son nom à un quartier de Rome, au Transtévère, le Burgus saxonum, aujourd'hui le Borgo. Ce fut, croit-on, l'origine du denier de saint Pierre ou Peter pence, une nouvelle preuve de l'union étroite qui régnait entre l'Église d'Angleterre et l'Église de Rome, et de la dévotion que la première nourissait envers le siège de Pierre
4. C'est la tradition rapporlée par Guillaume de Malmesbury, Gesta rcgum, I, lOf». Vita Offx, éd. Watt, p. 2f>.
Une autre tradition, suivie par Mathieu Paris, rapporte cette institution à Ina, roi de Wessex, le célèbre législateur saxon (éd. Luard, t. I, p, 331) : « Statutum est, generali decrclo pertoturn regnum occi-
Quand Ethehvolf, roi de Wessex, réunit sous ses ordres I heptarchie, il étendit le denier de saint Pierre à toute l'Angleterre. Une partie de cet impôt, comme l'indique Mathieu Paris, élait consacrée à soutenir l'école ou collège des Saxons à Rome, l'autre au luminaire de la basilique de Saint-Pierre, et aux papes. Les conquérants danois eux-mêmes respectèrent cet impôt, en favorisèrent la levée et le considérèrent même comme un moyen d'établir leur légitimité. Dans les fouilles récentes du Forum, sous la maison des Vestales, on découvrit un vase de terre du temps du pape Marin (829-842) contenant un grand nombre de monnaies anglo-saxonnes qui appartenaient au trésor pontifical et provenaient du denier de saint Pierre, comme Ta démontré de Rossi '.
Un canon du concile de Celchyt (816) prescrit qu'à la mort d'un évêque, la moitié de ses biens sera attribuée aux pauvres, et qu'on affranchira ceux de ses serfs qui seraient anglais de nation (Labbe, VII, p. 1484).
Les invasions danoises et les guerres intestines avaient relâché tous les liens de la discipline; de graves désordres s'étaient glissés dans le clergé
dentalium saxonum, ut stngulis annis de singuUs familiis denarius unus qui anglice Romscot appellatur bealo Petro ecclesiœ romanse millerclur ut angli itidem commorantes vitale subsidium haberent. "Sur ce point voir notre appendice sur le Dcniei' de saint Pierre, p. 323. Cf. E. A. Fakemax, King Ine, Somersetsh. Archaeol. Histor. Society, t. XVUI et XX, Taunton, 18-4-1875.
1. Voir l'appendice à la lin du volume sur le Denier de saint Pierre, p. Z-Xi.
anglais ; par suite, les populations chrétiennes négligeaient les lois de l'Eglise; le paganisme prenait sa revanche : les unions incestueuses n'étaient pas rares; l'ignorance religieuse devenait lamentable. Le pape Formose, instruit de tous ces désordres, était sur le point d'excommunier tous les évèques anglais qu'il jugeait infidèles à leur mission. C'était une mesure extrême que l'on parvint heureusement à suspendre ; il se contenta d'écrire aux évèques une lettre sévère pour leur reprocher leur négligence et les exhorter à maintenir avec plus de ferveur la discipline (Labbe, p. IX, 430). Ces avis salutaires semblent avoir porté leurs fruits dans la suite ; une partie du x*^ siècle fut consacrée au rétablissement delà discipline; Alfred avait repoussé les Danois et rétabli la paix; c'était la première condition d'une réforme ; quelques grands évèques dont nous allons parler en furent les ouvriers.