Turquetul, .ffithelwold, Oswald
A côté de Dunstan, il faut nommer quelques autres personnages qui travaillèrent de concert avec lui à la même œuvre. L'un des plus célèbres est Turquetul. 11 remplissait la charge de chancelier à la cour d'Edestan et de ses frères. Il vint un jour à passer à Croyland cet illustre monastère que les pirates du Nord avaient réduit en ruines. Il y trouva quelques moines qui vivaient misérablement dans ces lieux dévastés et la pensée lui vint de se faire leur compagnon et de restaurer ce grand monastère. Il prit l'habit monastique, fut élu abbé et se mit à Fceuvre. Plusieurs de ses compagnons le suivirent. L'organisation qu'il donna à ce monastère est une page trop curieuse de l'histoire monastique pour que nous n'essayions pas d en donner quelque idée.
Il divisa les moines en trois classes : les plus jeunes par leur entrée en relij^ion, durant vingtquatre ans, étaient soumis à toutes les observances du chœur, et à toutes les charges du monastère. Après ces vingt-quatre années d'observance stricte, on passait dans une seconde catégorie où Ton demeurait seize ans, et l'on était dispensé de certaines charges et de certains travaux, et d'une façon générale ceux qui en faisaient partie devaient être aidés et honorés par ceux du premier groupe. Un troisième groupe comprenait ceux qui avaient passé quarante ans dans la vie monastique et qui étaient appelés les seniores ou vieillards, qui étaient dispensés de presque tous les services, sauf la messe, et de toutes les charges. Ils étaient traités comme des vétérans émérites, et entourés d'honneur et de prévenances. Mais du reste ils n'étaient admis dans cette condition que si leur vie dans le monastère avait été sans reproche pendant ce longespace de quarante ans.
Quant à celui qui avait rempli cinquante ans de vie religieuse, la règle s'adoucissait encore pour lui ; on attachait même à son service un jeune clerc qui avait pour mission de veiller sur lui et de le servir. On s'efforçait de lui épargner tous les soucis, toutes les préoccupations , afin qu'il passât les dernières années de sa vie dans une paix complète.
Turquetul organisa les autres offices du monastère, le prieur, le sacristain, l'archidiacre. Pour
l'ensemble on devait suivre la règle de saint Benoît ^ .
^thelwold, disciple et ami de Dunstan, et Oswald, neveu d'Odon de Cantorbéry, rivalisèrent aussi de zèle pour la restauration des mœurs ecclésiastiques. Le premier nommé abbé d'Abingdon, monastère dévasté par les Danois, y rétablit la discipline, sur le modèle de l'abbaye de Glastonbury^. Devenu en 963 évêque de Winchester, il fît venir des moines du célèbre monastère de Corbie, afin de rétablir dans son diocèse la vie religieuse d'après les saines traditions bénédictines des Gaules.
Il envoya aussi un homme de confiance dans un autre grand monastère, Fleury-sur-Loire, qui fut pour l'Angleterre un grand foyer de rénovation monastique. Fleury-sur-Loire (près Orléans), qui possédait le corps de saint Benoît, passait aux yeux des Anglais pour la première abbaye du monde ; des relations nombreuses existaient entre l'Angleterre et cette abbaye; elle était pour beaucoup comme une étape, dans le voyage à Rome. Des moines anglais vinrent s'y former et portèrent ensuite la réforme à Glastonbury, à Winchester, à Ely, dans les principales abbayes saxonnes^.
.-Ethelwold, continuant son œuvre, traduisit la
1. Cf. MAniLLON, Acta SS. 0. S. B., éd. Paris, 1685, V, p. 510 sq.