‹ L'Angleterre chret́ienne avant les NormandsChapitre 96 sur 118 · Canut et les rois danois · texte numérisé non relu

Canut et les rois danois

A la mort d'Ethelred. avril 1016, son fils Edmond

!. Elles ont été traduites par Tnor.PE, ^Ifiic's Bomilies.ixol., 1814. Boullbee, Soames, Turner concluent de ces expressions que l'Église saxonne ne crorait pas à la transsubstantiation. Vo>ezsiir toute celte controTcrse Lingard, The History and anliquiliei of the anglo- ••d.ron Churcfi. t. U, note R; et surtout BfiiDGErr. Bislory oflheholy Eucharist in Greal Britain, i vol.. London. iSSi. Le ch. rs ;tome I'", p. 133-lMîj est consacré à cette question: .In hislorical eontroversy. .Elfrie. Cf. aussi plus loin, p. 310, n. 2.

INVASIONS DANOISES

dit Côte de Fer, qui ne régna que peu de temps, se trouvait en présence du roi danois Canut qui prétendait bien rester seul maître du terrain. La lutle fut sérieuse entre les deux rivaux, tous deux déployant dans cette guerre des qualités d'énergie et une habileté à peu près égale ; ils durent finir par faire la paix. La mort d'Edmond quelques mois après, novembre 1016, arrivait trop opportunément pour ne pas laisser planer des soupçons sur son rival Canut. Cependant, il faut avouer qu'historiquement parlant, aucun témoignage ne vient fortifier cette hypothèse.

Canut, débarrassé de son rival, restait donc seul roi. Les fils d'Edmond, qui étaient encore en bas âge, et les fils d'Ethelred qui auraient pu prétendre à la succession, furent envoyés en exil; Canut était maître de la situation. 11 n'en abusa pas. Il avait été baptisé dès 1013, el il se mit à gouverner avec sagesse et modération, cherchant à réunir sous une même législation Anglais et Danois.

L'Eglise n'eut pas à se plaindre de lui. Il semble s'être inspiré de l'esprit de Dunstan, et laissa prendre au nouvel archevêque de (^antorbéry, .(fEthelnoth, une grande influence dans les aiïaires. Dès les premières années de son règne, le corps d'Elphège, le martyr des Danois, fut transporté de l'église de Saint-Paul de Londres à Cantorbéry. Canut suivait le cortège avec la reine et son fils.

Ses lois ecclésiastiques publiées à Winchester, et sans doute inspirées par iEthelnoth, renouve-

laient la législation d'Edgar et d'Ethelred. On sent que Canut comptait sur l'influence des évèques pour se faire accepter par la nation.

C'est sans doute dans ce but qu'il entreprit en 1027 un pèlerinage à Rome, accompagné de Lifing, abbé de Tavistock, homme habile et éloquent, qui devait lui servir de conseil. Il s'arrêta sur sa route à l'abbaye de Saint-Bertin, dans le nord de la France, et y donna toutes les preuves d'une piété sincère et émue, répandant des larmes devant les reliques des saints, se prosternant devant le grand autel, et faisant de magnifiques offrandes à chaque autel de l'église qu'il baisait dévotement. A Rome, il assista au couronnement de Conrad 11, le jour de Pâques, et s'y rencontra avec le roi de Bourgogne, Rodolf, et d'autres grands personnages venus à Rome pour la circonstance. Toujours soucieux de l'intérêt de ses sujets, il obtint de Conrad que les Anglais et les Danois, pèlerins ou marchands, qui allaient à Rome ne seraient pas soumis aux péages dans les pays germains, et du pape Jean XIX, que les archevêques anglais obligés d'aller chercher à Rome le pallium n'auraient pas à payer des droits exorbitants.

La lettre qu'il écrivit de Rome aux deux archevêques de Cantorbéry et d'York, aux nobles, et à tout le peuple anglais, mérite d'être signalée ici. Il y raconte son voyage, sa joie d'accomplir le vœu de pèlerinage qu'il avait formé depuis longtemps, et de vénérer les tombeaux des apôtres, il dit les honneurs

INVASIONS DANOISES

qu'il a reçus, l'estime que lui ont témoignée le pape, l'empereur et les princes réunis à Rome, les faveurs qu'il a obtenues pour ses sujets. Avec un ton de sincérité que l'on ne peut guère mettre en doute, il dit à son peuple les résolutions que lui ont inspirées les saints lieux de Rome, son regret pour les fautes de sa jeunesse, et le vœu qu'il a fait de gouverner selon les lois de la justice et de la religion.

La meilleure preuve de la droiture de ses intentions, c'est qu'en effet il s'efforça de gouverner désormais suivant ce programme qu'il s'était tracé et il donna encore à l'Angleterre des jours glorieux.

11 fut libéral envers les églises et les monastères auxquels il fit de larges donations. Sa générosité s'étendit même au delà des frontières de son royaume, et Fulbert, évêque de Chartres, obtint de lui pour bâtir sa cathédrale un secours important. Il construisit à Ilolm (Norfolk) le monastère de Saint-Benet pour l'expiation des maux causés à l'Angleterre par les Danois ses compatriotes. Le monastère de Bury Saint-Edmond, celui de Glastonbury, les deux monastères de Winchester et celui d'Ely reçurent aussi des preuves de sa munificence.

Doué de l'esprit d'organisation, il eut l'idée de s'entourer d'un certain nombre de clercs ou de chapelains, qui devaient lui servir de secrétaires et de conseillers dans l'administration des affaires du royaume, hommes habiles et instruits qu'il fit venir de tous les pays et qui composèrent

une sorte de conseil privé. C'est parmi eux qu'il choisit les évêques et les abbés. La création de ces agents dut sans aucun doute rendre de grands services pour l'administration des affaires du royaume. Elle eut des conséquences moins heureuses pour l'Eglise dont les premiers pasteurs se recrutèi'ent d'hommes habiles, mais plus versés dans les affaires du monde que dans les questions religieuses, trop souvent intrigants, et dénués des vertus qui avaient distingué les évêques du temps de saint Dunstan et d'Alfred le Grand.

Ces liens entre l'Eglise et l'Etat, Canut les avait resserrés jusqu'à gêner la liberté de leurs mouvements; ce système produisit sous les règnes suivants des effets désastreux et dégénéra en confusion des pouvoirs spirituel et temporel.

Canut mourut en 1035 après un règne glorieux qui avait fait oublier les jours sombres d'Ethelred. Le péril danois était conjuré, le roi avait su établir l'union entre les deux races saxonne et danoise qui jusqu'alors avaient été aux prises. Les Anglais qui, dans les temps modernes, ont accepté si facilement des rois de race étrangère, avaient su, dès cette époque, s'accommoder d'un roi danois, et avaient consenti à oublier son origine du moment où luimême s'engageait à les gouverner avec justice. Cette sagesse politique, qui sacrifie les principes abstraits aux intérêts bien entendus de la nation, faisait déjà l'un des traits de cette race. Ce qui augmente encore notre admiration pour ce roi, c'est que

INVASIONS DANOISES

tout en gouvernant l'Ang-leterre, il ne négligeait pas son royaume d'outre-mer. En dehors du Danemark et de la Suède, son influence s'étendit jusqu'en Norvège et sur les côtes de la Baltique.

Mais le fait le plus remarquable de sa vie. et qui peut être considéré presque comme inouï dans l'histoire, c'est le changement qui, d'un forban sauvage et cruel, fit un roi prudent, modéré et habile.

Il faut reconnaître du reste que les hommes du Nord qui, sous le nom de Danois, ravageaient l'Angleterre depuis des siècles, étaient au fond frères de race des Englishmen. Aussi, une fois les Danois établis en Angleterre, circonscrits dans cette contrée qui leur avait été abandonnée sous le nom de Danelag (Northumbrie), ils fusionnèrent aisément avec les Saxons. L'influence des mœurs Scandinaves en Angleterre n'est du reste pas encore bien définie ' .

La confusion et l'intrigue suivirent sa mort. Ses trois royaumes de Norvège, de Danemark et d'Angleterre furent divisés entre ses trois fils. Harold eut l'Angleterre et ne régna que cinq ans (t 1040), règne trop long cependant, où le roi ne se fit connaître que par sa cruauté et son immoralité. Harthacnut (Hardi Canut), son frère, passa plus rapidement encore ( 1040 à 1042), et se rendit odieux par les vengeances qu'il

J.Of. les travaux de Steenstrup dans son Danelag et son Normatinerne: ceux de Alex. liugge dans son récent volume sur les Vikiiigs; ceux surtout de Vinogradoff, déjà cités, notamment Ê/iyi/s/i Sociely, in the Elèvent h Century, l'KJS.

exerça contre ses ennemis ; sa haine n'épargna pas le cadavre de son frère qu'il fit déterrer et jeter dans un marais. Si courts qu'aient été ces règnes, les deux fils de Canut eurent le temps de s'immiscer dans les affaires de l'Eglise, de nommer aux évêchés des clercs indignes. L'intrigue et la simonie devinrent des pratiques habituelles.

Page 1