‹ L'Angleterre chret́ienne avant les NormandsChapitre 97 sur 118 · Saint Edouard le Confesseur · texte numérisé non relu

Saint Edouard le Confesseur

La race royale danoise s'éteignait ainsi d'ellemême, et laissait aux héritiers saxons d'Ethelred la place libre. Edouard, fils de ce roi, put reprendre tranquillement le trône de ses aïeux (1042-1066). L'histoire le connaît sous le nom d'Edouard le Confesseur, et l'Eglise l'a mis sur ses autels.

Les historiens anglais sont assez durs pour lui. Nous n'avons pas à apprécier son règne au point de vue politique. Elevé à la cour de Normandie, il accorda aux Normands une faveur que les historiens nationaux ont cru excessive et qui put préparer les voies à l'invasion de Guillaume. 11 ne se signala pas par des actions d'éclat, et il faut av uer que, dans sa politique, rien ne révèle une intelligence supérieure, ni une activité féconde, ni un grand esprit d'initiative, ou une grande vigueur de caractère. Au demeurant, son règne fut tranquille; ce fut pour les Saxons une période de recueillement, comme une trêve avant la grande révolution qui se

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préparait. Le plus grand reproche que l'on puisse lui faire, c'est d'avoir trop facilement subi l'influence de ceux qui l'entouraient. Sa vie privée, qui ne nous est pas connue par le détail et qui du reste n'appartient pas à notre histoire, fut marquée par la pratique des vertus chrétiennes à un degré héroïque. Sa pureté, sa simplicité, sa charité, lui ont valu le titre de saint. Il semble qu'un tel roi, dont le dévouement à l'Église était profond, eût dû lui rendre les plus signalés services. Cependant, soit indécision de caractère, soit défaut d'intelligence, il ne sut pas prendre l'initiative de ces grandes réformes qui auraient rendu à l'Eglise d'Angleterre la vigueur et l'éclat qu'elle avait eus sous les Egbert, les Alfred, les P^dgar, les Canut. Là, comme en politique, sa conduite manqua de suite et d'énergie.

Les intrigues continuèrent à se nouer, les prélats ambitieux ou mondains purent se livrer à leurs menées; ils cumulèrent les bénéfices; c'était une sorte de commende par anticipation, et qui eut les résultats désastreux qu'entraîna toujours cet a])us. Dans le clergé inférieur, la simonie fut pratiquée librement. Bien plus, les choix d'évèques et d'abbés, souvent étrangers par leur naissance à l'Angleterre, ne sont pas non plus à l'abri de tout reproche.

Un roi énergique, actif et éclairé, qu'aucun compétiteur ne gênait, eût pu tirer parti de cette situation exceptionnellement favorable pour rétablir les prérogatives du pouvoir royal, et rendre à l'Eglise sa ferveur passée. Il ne sut pas profiler de ces avan-

tages. Devant un roi aussi dépourvu d"iclée personnelle; de plan et d'autorité, le pouvoir des grands comtes de Wessex, de Mercie et deNorthumbrie, qui déjà tendaient à éclipser la royauté, arrivèrent à la tenir en échec ; les divisions de l'ancienne heptarchie semblaient renaître au profit de quelques grands féodaux. Le comte de "Wessex surtout, Godwine, se posa en représentant du parli national saxon, contre le parti normand qui s'appuyait sur le roi.

Cette rivalité entre le comte et le roi arriva au plus haut degré d'acuité, quand il s'agit de nommer un successeur à Edwige (1050) sur le siège de Cantorbéry. Godwine fit élire par le chapitre un de ses parents. Ce coup d'audace dépassait sans doute la mesure, car Edouard ne tint pas compte de Télection et donna le siège à l un de ses conseillers les plus écoutés, Robert, ancien abbé de Jumièges, alors évêque de Londres, ami d'enfance du roi, et qui déjà avait exercé son influence en faisant nommer des Normands aux emplois civils et ecclésiastiques.

Le parti normand et le parti saxon entraient enlutte ouverte. Les choses furent poussées à l'extrême et la guerre civile entre le roi et Godwine fut sur le point d'éclater. Elle ne fut écartée, cette fois, que grâce à l'influence de Leofric, chancelier du roi. Godwine dut s'exiler pour un temps (1051). Mais il revint bientôt, plus fort et appuyé par une armée ; les chefs du parti normand, l'archevêque Robert à leur tête, s'enfuirent, et Godwine triomphant plaça sur le siège de Cantorbéry une de ses créatures, Stigand, qui était déjà

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évoque de Winchester, et abbé de plusieurs abbayes. Ainsi le schisme suivait la guerre civile. Il faut signaler ce fait, car il eut une importance capitale sur les événements postérieurs et devint un des prétextes, sinon une des causes, de la conquête de l'Angleterre par les Normands. Robert, l'archevêque légitime dépossédé, alla porter ses plaintes au pape qui ne pouvait pas en justice ne pas prendre parti pour lui. Du reste, le cas était si clair que toute l'Eglise d'Angleterre, sauf de rares exceptions, considéra Stigand comme un intrus et un schismatique. Ce malheureux empira encore sa situation en usurpant et en portant le pallium que Robert, dans sa fuite précipitée, avait laissé derrière lui, et que les archevêques de Cantorbéry devaient aller chercher à Rome.

La mort de Godwine, 1053, ne rétablit pas l'ordre on Angleterre. Son fils aîné, Harold, hérita de ses biens en même temps que de son autorité. C'est ainsi que par ses divisions politi({ues et religieuses, et par la faiblesse de son gouvernement, l'Angleterre préparait les voies à l'envahisseur.

Harold continua, comme son père, et comme trop de souverains au moyen âge, à considérer les digniU'S ecclésiastiques, évêchés et abbayes, comme des postes avantageux à donner en récompense à ses partisans et à ses amis. La décadence commencée dans l'Eglise d'Angleterre par ce système, accéléra sa marche. Stigand conserva son poste usurpé. Harold essaya même de fortifier la situation de son favori par une démarche des plus regrettables. Dans

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un pèlerinage qu'il fit à Rome, le comte obtint de Benoît X le pallium pour la créature de son père. Malheureusement pour lui, Benoît n'était qu'un antipape. Le pape légitime et ses successeurs, sous la direction dllildebrand, le lulur Grégoire VII, répondirent à cette nouvelle usurpation en excommuniant l'archevêque intrus. Tous ces faits pèseront lourdement dans la balance, quand, quelques années plus tard, Guillaumele Conquérant demandera pour son entreprise l'appui du pa})e.

Tandis qu'Harold favorisait le schisme, le roi Edouard, dont la position paraît de plus en plus effacée, continuait à porter le titre de roi; il se tenait du moins en étroites relations avec Rome et tirait l'Église d'Angleterre de son isolement. Déjà, quand s'était réuni à Reims un concile sous Léon IX, en 1049, Edouard avait envoj'é un évêque et deux abbés pour y représenter l'Angleterre. L'année suivante, deux autres évêques anglais, envoyés spécialement par le roi, assistaient au concile de Rome qui condamnait Bérenger de Tours pour ses erreurs contre l'eucharistie. Un peu plus tard, 1062, le pape Alexandre II envoyait deux légats en Angleterre. Depuis le règne d'Offa (vers le milieu du viii'' siècle], aucun légat n'avait paru dans ce pays. Ceux-ci avaient pour mission de régler une question de discipline au sujet de l'archevêque d'York, Ealdred, qui avait obtenu du pape le pallium à la condition qu'il ne cumulerait pas avec le siège archiépiscopal d'York, celui de Worcester qu'il occupait aupara-

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vant. Ils réussirent à faire élire sur ce dernier siège un des hommes qui, par la sainteté de sa vie et la prudence de ses conseils, ont le plus honoré TEglise d'Angleterre durant cette période, Wulfstan, qui fut cvêque de Worcester de 1062 à 1095.

Un autre fait que l'on doit compter à l'actif d'Edouard le Confesseur, c'est la fondation, ou pour parler plus exactement, le relèvement de l'abbaye de Westminster, qui devint le plus célèbre des monastères d'Angleterre. L'ancien monastère, élevé sur les bords de la Tamise, à l'ouest de Londres, par un compagnon de saint Augustin, tombait presque en ruines et n'avait plus que quelques moines. L'église de la nouvelle abbaye fut bâtie dans le style des églises de Normandie, et dédiée le 28 décembre 1065. Edouard n'assistait pas à la dédicace. 11 était sur son lit de mort, et il expirait quelques jours après, le 3 janvier 1066. Ce grand monastère qui allait devenir la sépulture des rois d'Angleterre, et comme le centre de la monarchie, était dédié ainsi la veille du jour où croulait la royauté saxonne, et où allait s'accomplir, dans l'histoire d'Angleterre, la plus grande révolution peut-être qu'elle ait eue à enregistrer : la conquête par les Normands.

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