Cons. Litl., t. 1, 19 livr. (art. signé J
5. Toid., t. IIT, 21° livr. sept. 1820, signé V.. Ce morceau est reproduit dans Litl. el Phil. mélées, pp. 108-9, mais sous la date d'avril 1819.
Re
res
« le premier (Lesage) se rit de toute vérité de lieux, de mœurs, d'histoire ; le second (Scott), scrupuleusement fidèle à cette vérité même, lui doit l’éclat magique de ses tableaux ». En outre les caractères de Scott sont « plus saillants, d’une nature plus fraîche et moins polie » que ceux de Lesage ; « Lesage sacrifie souvent la conscience de ses héros au comique d’une intrigue ; Walter Scott donne à ses héros des âmes plus sévères ; leurs principes, leurs préjugés même ont quelque chose de noble en ce qu’ils ne Savent point plier devant les événements ». Enfin, les romans de Scott diffèrent de ceux de Lesage en ce que « le Cœur » y joue un plus grand rôle que « le sort ».
L'article consacré par Victor Hugo à Lalla Roukh ! éclaire bien la position intermédiaire qu’il occupait en 1820. Il aime ces qualités, qui apparentent le poème de Moore aux ouvrages de Scott *, — « fraîcheur d’imagination », « vérité de teinte locale » etc. ; mais il n’aime pas le style vague et indécis de Moore. « Le style est, dans Lalla Roukh, ce qui prête le plus à l'éloge et à la critique. On y peut blâmer, avec raison, l’abus des métaphores, le vague de l'expression et cette profusion de formules interrogatives et exclamatives qui, maintenant presque tout le poème sur le ton lyrique, blesse le goût, et surtout fatigue l'attention ‘. D'un autre côté, ces défauts sont bien rachetés par la vérité des figures, l’éclat du coloris, la grâce ou l’énergie des peintures,et cette vérité de teinte locale qui répand sur les imperfections mêmes une sorte de charme magique. » C’est sur les défauts plutôt que sur les qualités que Victor Hugo revient à la fin de l’article, dans laquelle il à fait, pour la reproduction de l’article, par le Témoin, de petites suppressions assez significatives : « Les ouvrages de Thomas Moore, qui ont plu généralement, choqueront toutefois
4, Cons Lit, KIT 15 livr. (V°):
2. «Nous n’examinerons point jusqu à quel point est fondée la comparaison que l’on a voulu établir entre Thomas Moore et Walter Scott, que nous croyons bien supérieur au poète irlandais. » Ibid.
3. Les mots soulignés ne sont pas reproduits dans l’article tel quil est publié par le Témoin dans Viclor Hugo*raconté (éd. Nelson, t. IF, pp. 13-20
le goût de quelques champions du classique, sans qu’ils puissent motiver leur sévérité. La poésie romantique, par ses formes vagues et indécises, échappe à la critique : semblables à ces hôtes fantastiques de l'Élysée païen, qui frappaient la vue et se dérobaient à la main qui les voulait Saisir ‘. » s Pour ce qui est des autres dieux du Romantisme,
Shakespeare et Byron, il est manifeste que Victor Hugo
ne les connaît guère et ne les aime point.
Byron choque probablement les croyances religieuses du jeune disciple de Chateaubriand *.
Shakespeare heurte les préjugés classiques de celui qui craint que la révolution ne naturalise en France le drame, «ce genre bâtard », où « la royale tragédie. est toujours souillée par le drame bourgeois et la farce populacière * ».
«On disait autour de nous au théâtre, dit Hugo, en mars 1820, à propos de Marie Stuart, par Lebrun, que cette tragédie n’était pas du genre classique, mais du genre romantique ; nous n’avons jamais compris cette distinetion. Les pièces de Shakespeare et de Schiller ne diffèrent des pièces de Corneille et de Racine qu’en ce qu’elles sont plus défectueuses “. »
Ce que Victor Hugo hait avant tout dans la tragédie romantique, ce sont « les distractions » ; comparant la tragédie romantique et la tragédie classique, il dit : « Dans June tout concourt au même but; dans l’autre il n’y à point d’ensemble. Les Français veulent que l'intérêt se concentre sur quelques personnages ; les Anglais regar-
a? Voici comment ce passage est reproduit par le Témoin (Victor Hugo HER t. I, pp. 19-20) : « Si la poésie de Thomas Moore choque le goût de quelques champions du classique elle échappera du moins par ses formes vagues à leur critique... » :
2. Une Variété de La 44° livr. du Cons. Litt., t. IL, dans laquelle « L. T. » annonce avec une désapprobation sévère une Ode contre l'existence de Dieu, représenterait assez exactement l'attitude de Hugo envers celui qu'il appelait le € Dante Anglais » (Cons. Lilt., 46° livr., t. Il) à cet époque. Pourtant l'article de Vigny sur Byron (Cons. Lilt., t. IL, 26e livr.), est très élogieux.
3. Cons. Litt.,t. I, 30e livr., article sur L'Emigré en 1794, signé V.
4. Ibid., t. 1, e livr. Ce passage est supprimé par le Témoin dans sa repro-
duction de l'article sur Marie Sluart (Victor Hugo raconté.…., éd. Nelson. &. Il, pp. 36 et suiv.). ,
dent la variété comme une qualité tragique. Chez nous l'intérêt va toujours croissant ; chez eux chaque scène en est réduite à son propre intérêt !. »
Il avoue, pourtant, que c’est la lecture de Schiller qui à fait naître ses idées sur le genre romantique. Certes, la connaissance d’Othello que supposent les changements qu’il recommande à Lebrun est assez superficielle ?.
En août 1820, le bruit que la Comédie-Française vient de recevoir à l’unanimité une tragédie de Népomucène Lemercier * intitulée La Démence de Charles VI, évoque le jugement suivant de Victor Hugo : « Il faut un bien grand talent pour faire de la démence un ressort tragique. Shakespeare l’a tenté dans le Roi Lear, et notre Ducis, avec tout son talent, n’a pu réussir à faire supporter cette pièce sur la scène française ‘. »
4. Cons. Lit, &. I, % livr., article cité. Abel Hugo est moins prévenu que Victor sur ce chapitre : v. son article sur La Fuerza Lastimosa de Lope de Vega (Cons. Litt., &. III, 25e livr.).
2. Hugo refait en plan la pièce de Lebrun, faisant dépendre la tragédie . de Marie Stuart de la jalousie de Leicester plutôt que de sa faiblesse. « J'ai dit que cette tragédie (celle dont il vient d’esquisser le plan) aurait été sublime et qu'était-ce en effet? Rien que quelques pages d’Afala, deux scènes d'Andromaque, et le dénouement de Zaïre et d'Ofhello. »
3. Victor Hugo, cependant, voit d’un œil assez bienveillant, en général, les hardiesses de Lemercier même à cette époque. Amené à parler du Clovis de Lemercier, à propos du Clovis de Viennet, il dit : « Certes, loin de nous, cependant, l'idée de comparer le drame bizarre, mais plein de talent de M. Lemercier, au mélodrame long et pâle de M. Viennet. Il y à dans l'ouvrage de M. Lemercier une sève, une vigueur, une inspiration qui manquent à M. Viennet, et si le tragique du premier fait quelquefois rire, nous le préférons encore au pathétique du second, qui fait incessamment bailler. » Cons. Litt., t. IL, 25e livr. Cet éloge a d'autant plus de mérite, que la pièce de Lemercier est beaucoup moins favorable à la monarchie que celle de
Viennet. 4, Cons. Litt.. t. IL, 20e livr., Variétés, etc.