‹ L'Angleterre Dans l'œuvre de Victor HugoChapitre 103 sur 202 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La conversion de Victor Hugo au républicanisme et son départ en exil après le coup d’état du 2 décembre 1851 eurent pour effet de rendre beaucoup plus important le rôle joué par l’Angleterre dans la vie du poète. Hugo se réfugia d’abord à Bruxelles ; mais la publication de Napoléon le Petit à Londres’ l’obligea, à son grand regret, à quitter la Belgique. Il avait déjà envisagé la possibilité d’être chassé de la Belgique à cause de ses projets de propagande démocratique * ; et malgré l'avis de sa femme, qui le pressait de s'installer en Angleterre * et qui avait engagé Adèle

{. Dans une lettre à sa femme. Hugo parle des difficultés qu'il eut à faire publier son livre même à Londres : « .… Aujourd’hui même on met sous presse, à Londres, un volume de moi. Personne n'a osé acheter le manuscrit (c'est Hugo qui souligne); on limprime, c'est là toute la hardiesse anglaise... » Correspondance de Victor Hugo. Bruxelles, juillet 1852.

2. IL projetait alors une librairie triple à Londres, à Bruxelles et à New- York, un Journal des Peuples, rédigé à Londres par lui, Kossuth, Mazzini, ete, etc., et un Moniteur Universel des Peuples, rédigé à Jersey par lui, ses fils, Vacquerie, Meurice, etc. « Mais tout cela nous chasse de la Belgique, j'en suis triste, car c'est un pays doux et honnête, et qui eût été fort agréable l'été. » (Lettre à Mme Victor Hugo, Bruxelles, 19 avril 1352. Correspondance de Victor Hugo.)

3. « Quitte la Belgique sans plus attendre et va en Angleterre. L’Angleterre est un pays puissant et qui à de l'honneur. » (Lettre de Mme Victor Hugo à son mari, citée par G. Simon. La Vie d'une Femme. Paris 1914, p. 265.)

et François-Victor à apprendre l’anglais ‘, il avait déjà choisi Jersey comme lieu d'asile, disant en faveur de son choix : « Jersey est une ravissante île anglaise, à dix-sept lieues des côtes de France. On y vit très bien à bon marché... A Jersey, on parle français, ce quiest précieux, aucun de nous ne sachant Panglais ?. » Donc, le 1er août 1852, Hugo s’embarqua à Anvers pour se rendre en Angleterre, où il ne voulut rester que juste le temps nécessaire pour «régler avee Mazzini, Ledru-Rollin, Kossuth, les intérêts de la démocratie européenne ‘»; et le 5 août 1852, il débarqua à Jersey.

«Quand je suis arrivé ici, il y à huit ans, dit Hugo en 1860 à Jersey, répondant à un toast qui lui avait été proposé, Savez-vous ce que j’ai trouvé à Jersey ? Une chose sainte, sublime, inattendue, la paix... Oui, je rends grâces à Jersey.. Je sentais sous vos toits et dans vos villes la bonté humaine, et dans vos champs et sur vos mers je sentais la bonté divine. Oh ! je ne l'oublierai jamais, ce majestueux apaisement des premiers jours de Pexil par la nature ‘ !.. » Ce témoignage est confirmé par une lettre que Hugo écrivit en 1852 à un ami, à Bruxelles : « Nous voici, monsieur et cher ami, dans un ravissant pays; tout y est beau ou charmant. On passe d’un bois à un groupe de rochers, d’un jardin à un écueil, d’une prairie à la mer. Les habitants aiment les proscrits *.… » Charles Hugo aussi, rend témoignage de la bienveillance des Jersiais, bienveillance que ne diminuaient pas les vexations attirées sur le commerce jersiais, de la part de la douane française, par la présence

1. «Afin de faire diversion à notre situation, j'ai engagé Adèle à apprendre l'anglais. J'ai conseillé aussi à Toto d'en faire autant. Je me suis appuyée sur ceci, qu'il serait. très possible que nous allassions nous fixer en Angleterre. » (Lettre de Mu Hugo à son mari, citée par G. Simon. op cit. p.26 }).

2. Lettre à se femme, Bruxelles, 19 avril 1832. Correspondance.

Lettre à sa femme, Londres, 2 août 1852. À propos du Journal de l'Exil, O. Uzanne dit : « Sur le passage de Victor Hugo à Londres rien de bien saillant n’est rapporté, si ce n’est une visite à Mazzini » Les Propos de table de Victor Hugo en exil. Paris, 4892, p. 9.

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