OO
maintenant, à quelques exceptions près, étaient des marchands dont l'exil avait tué le commerce, des paysans arrachés à leurs champs, des ouvriers sans travail. Qu’aurait gagné à les connaître une population qui à le bon sens de tout traduire en six-pence, qui dit : Le temps est de l’argent, qui demande d’abord d’un homme: combien vaut-il ? qui paye une visite, et qui reste fidèle à la vieille devise anglaise dont nous rétablissons si justement l’orthographe : Honi soit qui mal six-pence ‘! » ;
Puis, les proscrits n'étaient pas dévots — c'était un défaut impardonnable dans une île où la Bible était « en colère * ».
« L’intolérance, irascible en Angleterre, est enragée à Jersey. La population commença à devenir hostile aux réfugiés lorsqu'elle vit qu’ils n’allaient pas à la messe. Ils vivaient le dimanche comme les autres jours *.… »
Enfin, les exilés étaient républicains et égalitaires ; tandis que la société jersiaise était aristocratique, conservatrice et «royaliste à outrance * ». « C’est au travers de ces coutumes antédiluviennes », dit Vacquerie, après avoir décrit la hiérarchie sévère, et certaines coutumes féodales, qui restaient toujours en vigueur à Jersey, « que firent irruption les réfugiés du Deux Décembre. On devine l’impression que dut éprouver cette île vieillotte au contact de ces tumultueux amants des idées nouvelles *. »
Les lectures et les idées libérales de certains habitants ‘ ne cachèrent pas, non plus, à Victor Hugo, la « solidité des préjugés » de la plupart des Jersiais. Le 29 mai 1853, par exemple, il voyait passer devant sa maison des charrettes ornées de branches de chêne, et apprenait avec stupeur que c'était pour commémorer la fuite de Charles IE après la bataille de Worcester. Charles. IT, réfléchissait-il, à été