Jbid., t. I, p
4, Ibid., t, I, pp. 327 et suiv.
de certains passages de À History of England, par Macaulay, ayant trait à la reine Anne . Victor Hugo a accepté le jugement de Macaulay sans réfléchir que la prédilection de celui-ci pour Guillaume III, qu'Anne détestait, le rendait, en cette matière, peu digne de confiance. Voici
la traduction :
Macaulay.
a) Anne was slow and taciturn.
b) To those whom she loved she was meck.
c) The form which her anger assumed was sullenness.
d) She had a strong sense of religion, and was attached even with bigotry to the rites and government of the Church of England.
e) The tenderness which she felt for her offspring was languid compared with her devotion to the companion of her early days.
f) That William should have been disliked by a woman who had just sense enough to perceive that his temper was sour and his manners repulsive, and who was utterly incapable of appreciating his higher qualities is not extraordinary.
g) Anne, who, when in a good humour, was meekly stupid, and, when in a bad humour, was sulkily stupid.…
h) In truth the Princess seems never to have been guilty of a thought inconsistent with her conjugal vows.
Traduction.
Anne était taciturne.
Elle était débonnaire et facile avec ceux qu'elle aimait.
Sa mauvaise humeur avait les formes de l’'emportement.
Elle avait un sentiment fort de la religeone (sic), et était attachée même jusqu'à la bigoterie aux cérémonies et au gouvernement de l'Eglise d'Angleterre.
La tendresse qu'elle montrait pour son enfant était faible quand on la comparait à son amour dévoué pour le compagnon de sa Jeunesse.
Elle avait assez d'esprit pour apprécier la morosité du caractère de Guillaume (mari de sa sœur Marie) et ses manières repoussantes mais elle était complètement incapable d'apprécier ses qualités élevées.
Quand elle était de bonne humeur elle avait la bêtise douce, et quand elle était de mauvaise humeur elle était stupide en rechignant.
Ilest certain qu'elle ne fut jamais coupable d’une pensée contraire à sa foi conjugale.
1. L'édition employée par la traductrice est probablement celle de 1849-51 (Longman, 5 vols) où tousles passages quise rapportent à Anne sont indiqués dans la table des matières. Les passages traduits se trouvent tous dans t. LE pp. 256-9, ett. III, pp. 560-3, de cette édition de Macaula y.
) History exhibits to us few spec- C'était une folle souvent difficile tacies more remarkable than à mener, elle n'avait pas de that of a great and wise man volonté, pas de jugement, pas de (Marlborough) who, when he conscience (elle avait la volonté, had combined vast and pro- le jugement et la conscience du found schemes of policy. could Colonel Churchill et de sa femme carry them into effect only by depuis Marlborough).
inducing one foolish woman, who was often unmanageable, to manage another woman who was more foolish still. .. The Revolution opened to the Churchiils a new and boundless prospect of gain. The whole conduct of their mistress at the great crisis had proved that she had no will, no judgment, no conscience, but theirs
j) Nature had made her a bigot. La nature en avait fait une Such was the constitution of bigote. La disposition de son her mind that to the religion : esprit étail telle que les premières of her nursery she could not idées religieuses de sa petite but adhere, without examina- enfance restèrent intactes jusqu à tion and without doubt till she ce qu’elle fut couchée dans son was laïd in her coffin.… cercueil sans (avoir) douté ou
examiné un seul instant.
k) … This slowness and obsti- Elle était bonne et obstinée. * nacy made her important.
Hugo à une telle confiance en Macaulay qu’il le suit même là où, faute d’une traduction exacte, il ne comprend pas très bien. En traduisant « sullenness », dans le passage (c), par «emportement », et «foolish », dans le passage (i), par « folle » ; en oubliant d’indiquer que la phrase, « folle souvent difficile à mener » (passage i), s’appliquait à lady Marlborough, et non à la reine Anne, et en représentant celle-ci comme une femme sans conscience (passage i), et ne disant qu'après coup, entre parenthèses, qu’elle avait la conscience de Marlborough et de sa femme, le traducteur avait introduit dans le portrait de Anne des éléments qui ne s’accordaient pas très bien avec le douceur et la bêtise de cette reine, et qui rendaient son caractère un peu énigmatique. Victor Hugo imite fidèlement la trahison du traducteur de Macaulay : Anne, dit-il, gouvernait « en
femme, en folle. Elle avait des rages.. » ‘ « C’était un mélange de la bonne femme et de la méchante diablesse.…. * » « Elle était brutale. Et en même temps, au fond, elle était douce. Contradiction qui n’est qu’apparente. Une colère la métamorphosait. Chauffez le sucre, il bouillonnera *. » Est-il étonnant après cela que Hugo ait dit : « Il y avait du sphinx dans cette ùie * ? »
Victor Hugo a probablement lu aussi l’article sur Anne dans le Nouveau dictionnaire historique, par L.-M. Chaudon et F.-A. Delandine’, auquel, malgré le mépris qu’il montre pour cet ouvrage dans William Shakespeare ‘, il fait, comme nous le prouverons plus loin, des emprunts indiscutables.
L'article sur Anne se termine ainsi :
« elle avoit une bonté de carac- Cf. L'Homme qui rit : tère qui aurait mieux valu que « Sa myopie’ s'étendait à son le génie, si elle avoit eu assez esprit... »
de lumière dans l'esprit, etassez t. I, p. 328.
de vigueur dans l'âme, pour ne pas laisser prendre trop d’ascendant à ses favoris et à ses favorites... Ceschagrins domestiques joints à 1 usage trop fréquent des liqueurs fortes, goût qu’elle tenoit de son époux, abrégèrent les jours de cette princesse, et ternirent un peu ses vertus.»
« Elle buvait. Son mari était Danois, de race, »
(Ibid.)
C’est peut-être l’allusion de Chaudon et Delandine aux «favoris » de la reine Anne, jointe à l'affirmation de Macaulay (passage h), qui à inspiré à Victor Hugo l’appréciation suivante : « Épouse, elle était infidèle et fidèle, ayant