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À vrai dire, bien peu des choses que Victor Hugo fait dire à sa reine Anne sont historiques. L’on reconnaît les préoccupations philosophiques de Hugo lui-même, par exemple, dans le dialogue suivant :
« … un jour, à Hampton Court, … il (Barkilphedro) entendit Anne, se conformant lourdement à la mode, émettre des sentences.
— Les bêtes sont heureuses, disait la reine, elles ne risquent pas d’aller en enfer.
— Elles y sont, répondit Josiane.
Cette réponse, qui substituait brusquement la philosophie à la religion, déplut *. »
À pou près, le seul trait qui caractérise Anne comme souveraine se trouve dans le passage suivant de l'Homme qui rit: « Tory, elle gouvernait par les whigs. Elle était cassouse. Pas de personne plus maladroite pour manier les choses de l’État. Eïle laissait tomber à terre les événements. Toute sa politique était fêlée. Elle excellait à faire de grosses catastrophes avec de petites causes. »
Victor Hugo se souvient ici de Voltaire, qui raconte dans un passage du Siècle de Louis XIV, comment la reine Anne se sépara de la duchesse de Marlborough, et par conséquent, du parti whig : « Quelques paires de gants d’une façon singulière qu’elle (la duchesse) refusa à la reine, une jatte d’eau qu’elle laissa tomber en sa présence, par une méprise affectée, sur la robe de Mme Masham, changèrent la face de l'Europe... Les torys saisirent cette conjoncture pour tirer la reine de cet esclavage domestique, pour abaisser la puissance du duc de Marlborough, changer le ministère,
faire la paix, et rappeler, s’il se pouvait, la maison de Stuart sur le trône d'Angleterre ‘. »
4. Cf. « La condition des animaux ‘est cent fois plus douloureuse que la nôtre; leur âme est dans la position horrible où serait un Paganini enfermé dans une tour, muré, aveugle, sourd, ayant pour tout instrument un bâton...» Victor Hugo. Journal de l'Exil, cit. Berret, P. La Philosophie de Victor Hugo, (1854-59). Paris 1940, p. 35.