‹ L'Angleterre Dans l'œuvre de Victor HugoChapitre 159 sur 202 · III. — LES PERSONNAGES FICTIFS · texte numérisé non relu

III. — LES PERSONNAGES FICTIFS

19 Gwynplaine et les C'omprachicos'. — Rien n’éclaire mieux l’étrange façon dont Hugo entend la vérité historique que cette histoire d’un enfant volé et mutilé par ordre du roi d'Angleterre. Nous avons déjà essayé de déterminer sur quels épisodes historiques Victor Hugo se fonde lorsqu'il impute ce crime à Jacques IX (voir pp. 173 et suiv.). D’autres précisions fournies par Hugo à propos de cette affiliation d'acheteurs d'enfants valent la peine d’être examinées. Hugo à eu le mérite, du moins, de prendre la plupart de ses renseignements dans des ouvrages contemporains de l’époque qu’il traite, de vieux bouquins depuis longtemps oubliés : ses sources principales ont été les ouvrages de Beeverell et de Chamberlayne, auxquels nous avons déjà fait allusion. Mais ce qui est un peu surprenant c’est de trouver que les noms et les particularités cités par Hugo ne sont pas rapportés par Beeverell et Chamberlayne à propos de mutilations ou de vols d’enfants.

Les Comprachicos ont un rendez-vous en Angleterre « derrière le mur du jardin de William Chaloner, écuyer de Gisbrough en Cleveland dans ; York, entre la tour

1. Je tiens à avouer ici une dette de reconnaissance envers M. Paul Berret pour ses travaux sur l'Homme qui rit : voir Revue d'Histoire littéraire de la

France, 1914, pp.503 et suiv. Les Comprachicos et la Mutiiation de Gwynplaine dans l'Homme qui rit.

Pr - Pak

carrée et le grand pignon percé d’une porte ogive'. »

Le cinquième volume de l’ouvrage de Beeverell contient un grand nombre de gravures représentant les châteaux seigneuriaux d'Angleterre et portant les noms et tous les

titres des propriétaires de ces châteaux. Hugo y a sou-

vent recours, notamment pour le chapitre intitulé « Satis-

factions qui doivent suffire à ceux qui n’ont rien», où il décrit les châteaux anglais d’après les planches de Beeverell en ajoutant çà et là des traits de sa propre invention pour donner l'impression de la « chose vue ». Il y à trouvé aussi, comme nous le verrons, un précieux répertoire de

noms propres et de titres, qu’il à consulté toutes les fois

qu’il a voulu frapper du cachet du xvrre siècle anglais ses inventions romanesques ou symboliques. Or, la 15e planche représente le château de William Chaloner, «écuyer de Gisbrough en Cleveland dans York », et la tour carrée et la porte ogive y sont bien visibles.

Les procédés de « cette chirurgie à rebours » dont se servent les Comprachicos, pour rendre méconnaissables le enfants qu’ils ont achetés, ont été décrits, selon Hugo, dans un traité en latin du Dr Conquest, « membre du collège d’Amen Street et visiteur juré des boutiques de chimistes de Londres * ». Le nom du D' Conquest se trouve sur la Liste de tous les Médecins du Collège de Londres nomme: dans la nouvelle Chartre sous le Roy Jacques IT, donnée par Chamberlayne ‘, qui précise que le D' Harvey fit bâtir le collège d’Amen Street en 1652 et que les membres de ce collège « ont l’autorité de visiter les boutiques des Apothicaires dans Londres * ». Mais Chamberlayne ne fait aucune mention du traité.

Un peu plus loin dans le roman, Hugo donne des précisions à propos de ce traité : « Ursus, quand Gwynplaine avait été en âge de comprendre, lui avait lu et expliqué

!. L'Homme qui rit, &, I, p. 51.

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