‹ L'Angleterre Dans l'œuvre de Victor HugoChapitre 161 sur 202 · D OT & À RO · texte numérisé non relu

D OT & À RO

cour, répété autant de fois qu’il le fallait pour suppléer à une cloche. Cet homme, promu coq, avait subi pour cela en son enfance une opération dans le pharynx, laquelle fait partie de l’art décrit par le D' Conquest. Sous Charles IT, une salivation inhérente à l'opération ayant dégoûté la duchesse de Portsmouth, on conserva la fonction afin de ne point amoindrir l'éclat de la couronne, mais on fit pousser le cri du coq par un homme non mutilé. On choïississait d'ordinaire pour cet emploi honorable un ancien officier. Sous Jacques II, ce fonctionnaire se nommait William Sampson Coq‘. »

Victor Hugo avait eu l'intention de faire un usage pareil d’un passage de Beeverell auquel l’article Monstre de la table des matières des Délices de la Grande Bretagne renvoie le lecteur. Beeverell y raconte l’histoire d’un monstre qui naquit à Edimbourg en 1490, sous le règne de Jacques IV : « depuis la ceinture et au-dessous il étoit unique, et avoit toutes les parties d’un homme. Au-dessus de la ceinture c'étoient deux corps bien formez, séparez l’un de l’autre, sans être joints que par le tronc, eb distingués par les autres membres, qui discernent les deux sexes ». Beeverell ajoute : « Le Roi le fit nourrir, élever et instruire avec grand soin et il profita particulièrement dans la musique*.» Hugo à évidemment consulté

1. L'Homme qui rit, t. I, p. 42, Victor Hugo a été, peut-être, influencé ici par un article sur les Mémoires de la Princesse Dachkoff, lequel parut dans La Correspondance Littéraire du 20 juin, — 11 a découpé cet article, écrit en tête « Despotisme » et marqué le passage suivant de plusieurs traits (v. Reliquat, fe 158, verso). « On sait que Pierre ler avait coutume de punir les nobles dont il était mécontent par un restrit impérial leur ordonnant d'étre fous. À partir de ce moment la malheureuse victime devenait le point de mire des sarcasmes de la cour. Le fou avait le privilège de dire ce qui lui plaisait, sauf les :uades et les coups de fouet qu'il lui lallait recevoir sans les rendre. On tournait en ridicule ce qu'il faisait : on se jouait de ses plaintes, on ricanait de ses bons mots, en les commentant, comme des preuves merveilleuses de l'intelligence d'un insensé. L impératrice Anne mit le comble à cette abominable cruauté; mais quelquefois elle y apportait une originalité qui ne laissait pas d’amuser. Un jour, pour punir certain prince G... d'une faute légère, elle décréta qu'il deviendrait poule. Elle ordonna en conséquence qu une grande corbeille en forme de nid bourrée de paille et garnie d'œufs fût placée en évidence dans uno des pièces principales du palais. Le prince fut condamné, sous peine de mort, à s'asseoir sur le nid et à imiter le gloussement d’une poule qui pond. »

Page 1