‹ L'Angleterre Dans l'œuvre de Victor HugoChapitre 167 sur 202 · Ibid., &. II, livr. 8e · texte numérisé non relu

Ibid., &. II, livr. 8e

4. V. l’article de Miss Maclean, Modern Language Review, 4 oct. 1913.

5. L'Homme qui rit, t. II, p. 809. À côté des notes que Hugo a prises pour cette partie du roman, il à éerit : « Indiquer que ces détails vont être très curieux ! » (Reliquat MS. fo. 167.)

liste civile du prince George, mari de la reine Anne. Gwynplaine, lorsque son avis est demandé, s’y oppose, et prononce, à ce propos, un magnifique plaidoyer pour les misérables. Ce discours est un élément essentiel du portrait de Gwynplaine. Il nous révèle le caractère symbolique de sa mutilation. « Ce rire qui est sur mon front », s’écrie-t-il, tandis que son désespoir fait tordre de rire les autres pairs, «c’est un roi qui l’y a mis... Je représente l’humanité telle que ses maîtres l'ont faite. L'homme est un mutilé. Ce qu’on m'a fait, on l’a fait au genre humain. On lui à déformé le droit, la justice, la vérité, la raison, lintelligence, comme à moi les yeux, les narines et les oreilles ; comme à moi, on lui à mis au cœur un eloaque de colère et de douleur, et sur la face un masque de contentement ‘. » Nous comprenons, enfin, pourquoi dans le chapitre préliminaire sur les Comprachicos, il est beaucoup moins question de l'Angleterre des XVIIe et xvrre siècles, et du «bon plaisir» des Stuarts, que des eunuques du Sultan, des chanteurs du Pape, des tortures des Chinois, des pénalités légales ou illégales de tous les temps et de tous les pays : Gwynplaine est moins près de Geoffrey Hudson, de Staviraza et de Guillaume Sampson, que d’Ixion et de Sisyphe ; c’est « un Prométhée ou un Job... jetant, non plus au dieu, mais au roi, sa protestation tragique * ».

Malheureusement, dans ce discours, Gwynplaine présente aussi un tableau de la misère des classes inférieures en Angleterre au commencement du xvirte siècle, et provoque, pour ainsi dire, un examen de la valeur historique de ce tableau. Cet examen révèle qu’une fois de plus le respect de Victor Hugo pour l'exactitude historique n’est qu’apparent. Tous les noms cités par lui se trouvent dans le deuxième volume de l'ouvrage de Beeverell ; maïs les faits qu’il raconte sont souvent directement contredits par Beeverell,

« En Caernavon, à Traithmawr, comme à Traithbichan, dit Gwynplaine, l'épuisement des pauvres est hor-

2. Reliquat MS. de L'Homme qui rit, fo. 11. ébauche de préface, datée 17 juillet 1868 : citée aussi, L'Homme qui rit, éd. Imp. nat. notes de l’éditeur.

rible.. Savez-vous que les pêcheurs de hareng de Harlech mangent de l’herbe quand la pêche manque ‘ ? » Voicr évidemment la source de ces détails : Beeverell dit, à propos de Harlech: «il ne s’y trouve rien de remarquable, sinon que la pêche y est très riche, et la chasse des oiseaux fort aisée et fort agréable. » Et il continue : « Au-dessus de Harlech la mer s’avançant dans les terres vers les frontières de Caernavon, forme deux Bayes de différente grandeur, dont l’une s'appelle Traith Mawr, la grande Baye, et l’autre, Traith Bichan, la petite Baye... Quand la saison est venue, les habitants du Comté se rendent en foule dans ces Bayes et tout du long des côtes pour pêcher les harengs, qui sy trouvent en grande quantité. Il n’y a rien de fort agréable dans ce Comté pour un homme qui n’aime ni les montagnes ni les vents : le terroir n’y produit rien que de l’herbage *.… »

«Tenez, continue Gwynplaine, dans le comté de Lancaster, Ribblechester, à force d’indigence, de ville est devenue village *. » Voici tout ce que dit Beeverell : « Ribblechester n’est qu’un petit village aujourd’hui, mais il paraît avoir été si considérable autrefois qu’il mérite bien qu’on s’y arrête un peu. Les monuments que ses habitants anciens y ont laissés donnent lieu de croire qu’il y à eu dans l'Antiquité une ville riche, bien peuplée et magnifiquement bâtie .… »

Guwynplaine : « Savez-vous qu’à Burton-Lazers il y à encore des lépreux traqués, et auxquels on tire des coups de fusil s’ils sortent de leurs tanières*? » — Beeverell: «A une mille au Midi de Melton-Mawbray parait Burton- Lazers, petite ville dont le surnom et la principale réputation est venue d’un magnifique lazaret qu’on y construisit dans les premiers temps de l’Empire des Normans°.…. »

Gwynplaine: «A Aïlesbury, ville dont l’un de vous est

. L'Homme qui rit, &. II, p. 377.

. Beeverell, op. cié. t, Il, pp. 399-400.

. L'Homme qui rit, &. IL. p. 377.

. Beeverell, op. cit. t. II, pp. 297-9.

. L'Homme qui rit, &. II, p. 377.

. Beeverell, op. cit. t. II, p. 338.

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lord, la disette est en permanenco'.» Beeverell : « Aïlesbury est un beau bourg, à 44 milles de Londres, placé dans une belle et fertile vallée... Il est grand, bien peuplé, et dans une situation fort agréable au milieu de belles et de vastes campagnes. La vallée d’Aiïlesbury est l’une des plus fertiles du Royaume”. » |

Gwynplaine : « A Strafford, on ne peut dessécher le marais, faute d’argent*. » — Beeverell : « Autrefois (Stafford) étoit bordée d’un marais au Nord-Est : mais les habitants ayant eu l’industrie de le dessécher, on y voit aujourd’hui une belle et agréable campagne, moitié champs, moitié prairies * » etc., etc., etc.

1. L'Homme qui rit, t. IL, p. 377. Le MS. portait d’abord (fo. 535) :

« À Aïlesbury... on n’a pas de lits dans les cabanes et l'on creuse des trous dans la terre pour y coucher les petits enfants. » Hugo s'est ravisé et a transféré cette particularité d'Ailesbury à Penck-ridge (autre nom trouvé dans le deuxième volume de Beeverell).

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