Quatre-vingt-treize, éd. Imp. nat., notes de l'éditeur
la conception du She romps Club, dont nous venons de parler ? Barbier ajoute que pour faire cesser ces préten-
dues convulsions on donnait aux convulsionnaires des.
coups de bûches sur la poitrine ou on leur perçait avec une épée nue l’endroit où était la douleur . Victor Hugo aurait-il pensé à ces convulsionnaires en décrivant le Club des Coups de Tête, « … ainsi nommé parce qu’on y donnait des coups de tête aux gens. On avisait quelque portefaix à large poitrail et à l’air imbécile. On lui offrait, et au besoin on le contraignait d'accepter, un pot de porter pour $e laisser donner quatre coups de tête dans la poitrine. Et là-dessus on pariait. Une fois, un homme, une grosse brute de Gallois nommé Gogangerdd, expira au troisième coup de tête *.… ? »
Évidemment, ce ne sont là que des hypothèses. Signalons pourtant que « Gogangerdä » est un des mots gallois cités par Beeverell : « Gogangerdd, écrit ou discours satyrique”... »
Pour ce qui est des déguisements de lord David, qui hantait les tavernes et les cours des miracles de Londres «et des Cinq-Ports », vêtu d’une jaquette de matelot !, c’est un trait qui à, peut-être, été suggéré à Victor Hugo par les fredaines de Rochester, qui « prenait plaisir à se déguiser en porteur de chaises et en mendiant, à poursuivre des amourettes de bas étage, à sortir sous des déguisements bizarres * ».
Lord David emmène ia duchesse Josiane, sa fiancée, à un combat de boxe. Comme nous ie montrerons plus loin, c’est ie xix° siècle que Hugo peint ici. Il tient, cependant, à la fidélité historique absolue, en matière de topographie et de noms et, dans ce but, se reporte à l'ouvrage de Beeverell qui, à peine est-il besoin dele dire, ne nomme pas la boxe parmi les amusements de son temps. Des deux combattants, l’un, le grand, s’appelle Phelem-ghe-Madone,
. Barbier, op cit., vol VII, pp. 2843, 2:12.
. L'Homme qui rit, vol. I, p. 320.
. Beeverell, op. cit., &. If. p. 472.
. L'Homme qui ril, vol. I, p. 325.
+ Hamilton, op. cit., introduction de G. Brunet, p. xxix.
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qui est le nom d’un rang de douze montagnes situé dans le comté de Tipperary, en Irlande ‘; l’autre, le petit, s’appelle Helmsgail, qui est le nom d’une rivière écossaise ?. Les noms des pairs, des clergymen et des membres du Parlement, qui assistent à ce combat sont pris dans la Liste des Membres du Parlement de 1707 *, ou bien inventés au moyen des noms géographiques cités par Beeverell'. Les souteneurs sont de Cornouailles, et les prouesses dont ils sont capables sont décrits par Hugo, mot pour mot, d’après Beeverell :
L'Homme qui rit (LI, 394) : BEEVERELL, op. cit. (LL, 669) :
« Ils avaient l’un et l’autre leur Les habitants de Cornouailles
groupe de souteneurs, gens de rude mine, menaçant au besoin les arbitres. Dans le groupe pour Helmsgail, on remarquait John Gromane, fameux pour porter un bœuf sur son dos, et un nommé John Bray, qui un jour avait pris sur ses épaules dix boisseaux de farine à quinze gallons par boisseau, plus le meunier, et avait marché avec cette charge plus de deux cents pas loin. Du côté de Phelemghe-Madone, lord Hyde avait amené de Launceston, un certain Kilter, lequel demeurait au Château-Vert, et lançait pardessus son épaule une pierre de vingt livres plus haut que la plus haute tour du château.
Ces trois hommes étaient de Cornouailles, ce qui honore le comté. »
« sont les plus forts hommes du Royaume. Un nommé Jean Romane portoit le corps tout entier d’un bœuf éventré; un certain Kilter, qui demeuroit au Château verd de Launceston, jettoit par-dessus l'épaule une pierre de plusieurs livres, au delà de la plus haute Tour du Château. Un nommé Jean Bray portoit sur ses épaules, plus de deux cents pas loin, six boisseaux de farine de froment, à quinze gallons pour boisseau…..
et par-dessus tout cela, le meunier âgé d'environ vingtquatre ans ».
Enfin, Hugo suit Beeverell mot pour mot, lors-
4, Beeverell, op. cit., t. VII.
2 'EIbid- NN IT 3 1010, tNE
4. Cf. « Révérend Docteur Gumdraith, un des quarante associés d’All-Soules College...» Gumdraith est le nom d’une baie située en Cornouailles (Beeverell,
il, 663).
208 L'ANGLETERRE DANS L'ŒUVRE DE VICTOR HUGO qu’il décrit l’endroit où se passe le combat de boxe :
L'Homme qui rilt : BERVERELL? :
« Les plus belles boxes d'alors « On y (à Southwark) va voir le
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avaient lieu à Lambeth, paroisse où Je lord archevêque de Cantorbéry a un palais, quoique l'air y soit malsain, et une riche bibliothèque ouverte à de certaines heures aux honnêtes gens. Le pré choisi était plus loin que le Jardin des Ours. où l’on faisait autrefois(!) battre les ours, les taureaux et les dogues... »
Jardin des Ours, où se font les combats des ours et des taureaux avec les dogues... De là l'on passe dans la Paroisse de Lambeth, pour voir le Palais des Archevèques de Cantorbéry. C'est un bâtiment antique construit au bord de la Tamise... Les Archevêques de Cantorbéry font là ordinairement leur résidence bien que
l'air n’y passe pas pour être fort sain. Ils y ont une riche Bibliothèque, qui est ouverte aux honnêtes gens à de certaines heures. »
4. Les autres personnages fictifs. — Les autres personnages fictifs sont trop essentiellement hugoliens pour qu’on puisse les considérer comme des types représentatifs de lPAngleterre des xvIIe et xvIrre siècles. Barkilphedro, l'Envieux, est de la même lignée que Habibrah, Triboulet, Homodei et Thénardier. Les prototypes historiques que Hugo lui donne, dans l'Homme qui rit ', sont d’ailleurs, tous Français et s'appellent Olivier le Daïm, Dangeau, Lebel, etc. Ursus rappelle les charlatans et les saltimbanques du boulevard Montparnasse dont Victor Hugo aimait à écouter les boniments ‘ ; il ressemble plus particulièrement à |’ « espèce de Sbrigani » que Hugo entendit, un jour, dans le Gatinais entretenir des villageois des « sarcoptes », des « glyciphages », et des « psoroptes * ». Sa philanthropie bourrue rappelle Gillenormand, des Misérables, et sa philosophie frondeuse exprime fidèlement le républicanisme de Victor Hugo.