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Des expériences personnelles de Victor Hugo ont inspiré, aussi, certains traits de l’image qu’il présente de la vie privée de l'aristocratie anglaise au commencement du XVIe siècle. Notamment, le goût des jeunes lords pour cette espèce de passe-temps destructif et puéril qu’on appelle le fun ‘.
Sans doute Hugo se souvient-il ici du rôle joué par les dandys jersiais dans l'expulsion de 1855 (voir p. 125). Ce n’est pas la seule fois qu’il eût à se plaindre des aristocrates de l'archipel. Dans un de ses Carnets se trouve la note suivante : « 9 mai (1860). Cette nuit, de jeunes Sixty (aristocrates, voir p. 135) aimables ont cassé les marteaux de porte de la rue Hauteville. C’est une farce aristocratique guernesiaise. Le marteau de ma porte, qui est la face d’un chien ressemblant à Dupin, à perdu son battant dans cette équipée ?. »
Une des préoccupations dominantes des exilés semontre dans un des discours les plus mémorables d’Ursus, celui où Ursus adresse à une foule anglaise l’éloge que voici : « Hommes et femmes de Londres, je vous félicite cordialement d’être Anglais. Vous êtes un grand peuple. Jedis plus, vous êtes une grande populace. Vos coups de poing sont encore plus beaux que vos coups d'épée. Vous avez de l'appétit. Vous êtes la nation qui mange les autres. Fonction magnifique. Cette succion du monde classe à part l'Angleterre. Comme politique et philosophie, et maniement des colonies, populations et industries, et comme volonté de faire aux autres du mal qui est pour soi du bien, vous êtes particuliers et surprenants. Le moment approche où il y aura sur la terre deux écriteaux ; sur l’un on lira :
4. « Fun est comme cant, comme Oro un mot spécial intraduisible. » L'Homme qui rit, vok. I, p. 320.
2. Publié par G. Simon dans Les Annales politiques et littéraires janvierfévrier 19140. Cf. L'Homme qui rit, t. 1 p. 321. « Sur plusieurs points de l’Angleterre, ou des possessions anglaises, à Guernesey par exemple, de temps en temps on vous dévaste un peu votre maison la nuit, on vous brise une clôture, on vous arrache le marteau de votre porte, etc. Si c'étaient des pauvres on les enverrait au bagne ; mais ce sont d’aimables jeunes gens. »
côté des hommes ; sur l’autre on lira : côté des Anglais *. »
La violence de cette tirade contre l’impérialisme britannique rappelle La Décadence de Ledru-Rollin, une grande partie de laquelle à pour but de montrer que l’histoire des relations de l’ Angleterre avec ses colonies et avec ses voisins n’a été qu’une suite de perfidies et de barbaries ’. Louis Blanc quoique plus impartial que Ledru- Rollin *, et plus réaliste, s’indigne souvent de l’immense popularité de Palmerston, dont le grand mérite est d’être « Anglais avant tout, Anglais coûte que coûte, Anglais envers et contre tous * », et notamment du triomphe de celui-ci dans les élections, « tristement fameuses », de 1857, où Palmerston fit appel au pays pour soutenir $a politique immorale en Chine *.
Quant à Victor Hugo, nous Pavons vu qui essayait, en 1854, de mettre la France en garde contre l'Angleterre, en disant qu’ «il y à toujours du côté d’un marchand l'affaire commerciale » (voir p. 122). « L’Angleterre est égoïste, dit-il dans William Shakespeare. L’égoïsme est une île. Ce qui manque peut-être à cette Albion toute à son affaire, et parfois regardée de travers par les autres peuples, c’est de la grandeur désintéressée » (p. 375). Nul peuple n’a plus méconnu, dans ses colonisations, les devoirs des «peuples aînés » : elle est « une mauvaise tutrice » pour PAsie ‘ ; elle « donne à la Chine le spectacle de l’Europe vandale” »; elle soumet l'Irlande à « la succion monstrueuse de la pieuvre * ».
* *% * Enfin, Hugo était-il tout à fait innocent du désir d’éton-