‹ L'Angleterre Dans l'œuvre de Victor HugoChapitre 187 sur 202 · Louis Blanc, op. cit., 1re série, t. Il, p · texte numérisé non relu

Louis Blanc, op. cit., 1re série, t. Il, p

4. Calman, Ledru- Rollin après 1848, el les proscils français en Angleterre, Paris 1921, p. 51.

5. Ledru-Rollin, op. cit.,t. I, pp. 185-363, t. II, p. 14-452.

6, Ibid., t. II, p. 98,

pour gagner juste ce qu’il fallait pour ne pas mourir de faim (et encore les confectionneuses de Londres étaientelles obligées de se prostituer pour avoir du pain).

Tous les exilés attribuaient cette excessive misère à l’individualisme anglais, qui faisait dépendre le prix du travail des mêmes conditions d’offre et demande qu’une marchandise quelconque ‘, et tous dénonçaient l’ineffcacité des palliatifs superficiels proposés ou adoptés en Angleterre.

Victor Hugo lui-même avait condamné l’industrialisme anglais dans les Misérables : « L’Angleterre.. crée admirablement la richesse: elle la répartit mal. Cette solution qui n’est complète que d’un côté la mène fatalement à ces deux extrêmes : opulence monstrueuse, misère monstrueuse . » Il s’intéressait beaucoup au sort des enfants pauvres (voir pp. 129 et suiv.) A l’époque où il écrivait l'Homme qui rit, il notait dans ses cahiers des cas de misère extrême signalés à Londres *.

1. CF. Louis Blanc, op. cit., Are série, &. I, pp. 93 et suiv. ; t. Li, p. 428.

2. Les Misérables, éd. Flammarion, s. d., t. [LL, p. 28. Cf. ibid., t. II, p. 24. . 3. Cf. Reliquat ms. de L'Homme qui rit, fe 165 : « Misère à Londres, juin 1867, une femme vit de piquer douze faux-cols pour 3 demi-pence (3 sous — 15 centimes). Elle avait ans un coin un objet... depuis quelques Jours. C'était le cadavre de son enfant mort la semaine passée, elle n'avait pas de quoi le faire enterrer. »

AE Ed nd LS tee ‘Os ci 2

st EEE

ir)

Fo

On le voit, malgré des différences évidentes, il y à un lien de parenté très visible entre l'Homme qui rt, Marie Tudor et Cromwell.

Les sujets traités dans ces trois ouvrages ne $e sont pas imposés, en quelque sorte, à l’auteur par leur intérêt propre, mais lui ont été suggérés par des circonstances étrangères, et n’ayant souvent, à vrai dire, qu’un rapport assez lointain avec ne FPE Encore royaliste et catholique, malgré son libéralisme naissant, Hugo ne ressent, évidemment, aucune sympathie pour Cromwell et les Puritains. Il peint Marie Tudor en songeant à Christine de Suède, à Lucrèce Borgia ou à l’Élisabeth de Scott. L'Homme qui rit n’est qu’ « une sorte d’avant-scène du livre Quatre-vingt-treize ». (Voir p. 159.) ,

Les sujets une fois choisis, ne pouvant négliger « la couleur locale », Victor Hugo parcourt, la plume à la main un certain nombre de livres sur l’histoire d’Angleterrre, y compris des Dictionnaires. Mais ces lectures sont entreprises dans un but trop spécial pour qu’elles soient vraiment fécondes. Hugo utilise les renseignements qu’elles lui ont fournis, tantôt avec une fidélité trop servile, faisant œuvre de copiste tout simplement, tantôt avec une fantaisie qui fait que ses essais de couleur locale ne sont que des parodies inconscientes de la manière de l'historien. Une fidélité excessive et trop superficielle fait de Cromwell une caricature grossière du puritanisme. Dans Marie Tudor et l'Homme qui rü, le romancier et l'historien se rencontrent très rarement. L’un poursuit en plein vent ses

conceptions imaginaires, tandis que l’autre fait humblement dans sa cellule sa besogne de copiste. Lorsqu'ils se rencontrent, il y a entre eux, un conflit, et, comme dans le duel de Laertes et de Hamlet, un échange d’armes : le romancier se travestit en historien et cite à propos de ses inventions, des textes, latins, pour la plupart, des noms, des titres, des précédents historiques ; mais c’est toujours le romancier qui parle et ce serait s’exposer à de grandes déceptions que de considérer ces digressions «historiques » comme des pièces justificatives.

Les données historiques n’auraient-elles pas dans l’œuvre de Hugo le rôle que celui-ci attribue aux détails réels dans l’œuvre de Shakespeare : «nous parlions tout à l'heure de là réalité singulière propre aux créations des poètes. Pas de plus frappant exemple que ce type, Hamlet. Hamlet n’a rien d’une abstraction. Il à été à l’université, ete. Après avoir ainsi pourvu de vie réelle son personnage, le poète peut le lancer en plein idéal. Il y a du lest' » ? Dans Marie Tudor et l'Homme qui rit aussi, les détails historiques ne seraient -ils pas, tout simplement, « du lest » ?

De même, si nombreux que soient les jugements portés par Victor Hugo sur l’Angleterrre contemporaine, ceux-ci n’en montrent pas moins que les contacts du poète avec PAngleterre n’ont pas été autre chose que des épisodes accidentels dans sa vie. Le même hasard qui dicta les drames et le roman consacrés par Hugo à l’histoire d’Angleterre, voulut aussi: a) que le poète fût un ardent bonapartiste à une époque où la politique étrangère de l’Angleterre était dirigée par un impérialiste aussi intransigeant, aussi maladroit, que Palmerston, et que le poète, habile à penser ce que tout le monde pensait autour de lui ou ce que pensaient ceux auxquels son ambition, légitime d’ailleurs et nullement mesquine, lui conseillait de plaire, ne pût se soustraire aux mouvements populaires que des conflits

Page 1