Les Orientales XL, décembre
9. Cf. Les Orientales, Navarin, 23 novembre 1827, où l'Autriche est fiétrie comme la puissance réactionnaire par excellence, l'alliée de la Turquie contre la Grèce.
sombre », du spiritualisme qui doit caractériser la littérature d’une société qui a beaucoup souffert. Il n’y a donc pas d’incompatibilité entre Byron et Chateaubriand : l’un représente «(les) premiers besoins de la société ranimée », l’autre, « les dernières convulsions de la société expirante ».
L'article répondait, comme l’a montré Estève ‘, aux sarcasmes d’Auger à propos des schismes de la nouvelle école, et constituait une avance nette à l’aile gauche, libérale et sceptique, du romantisme.
De même, il y a dans Cromwell des traits qu’il serait difficile d’expliquer sans cette évolution de Victor Hugo vers le libéralisme.
Le sujet avait de quoi plaire même à un ultra. Cette époque de l’histoire d'Angleterre où les croyances religieuses avaient joué un rôle prépondérant, et que la France du xvirne siècle avait pour cette raison déconsidérée ;, devait intéresser beaucoup un disciple de Chateaubriand. En outre, il y avait des ressemblances frappantes entre la révolution anglaise de 1640 et la révolution française de 1789 * ; et l’on pouvait d’une part pleurer la mort de Louis XVI en s’attendrissant sur « le juste » assassiné à Londres en 1639, et d'autre part, dénigrer le despotisme de Napoléon, en insistant, avec Villemain, sur les résistances parlementaires et juridiques que le despotisme de Cromwell avait provoquées, ou en s’attardant avec Guizot, sur les petitesses et les bouffonneries de la vie privée du grand soldat puritain. En effet Chateaubriand, qui avait, en 1797, signalé l'exécution de Charles Ier comme « une des scènes les plus mémorables de l’histoire », et affirmé que « si Charles n’avait pas été décapité à Londres, Louis n’eût vraisemblablement pas été guillotiné à Paris », publiait en 1826 un essai intitulé Les Quatre Stuarts”, où
1. Byron et le romantisme français, Paris, 1907, pp. 132 et suiv., 300.
2, Remusat, L'Angleterre au xvinre siècle. Paris, 1856, t. I, p. 17, et Chasles, (Ph.) Olivier Cromwell, sa vie privée, ses discours publics, sa correspondance particulière, précédés d'un examen historique des biographes et historiens d'Olivier Cromwell. Paris, 1847. Préface pp. xx et suiv.