‹ L'Angleterre Dans l'œuvre de Victor HugoChapitre 58 sur 202 · TE ES NE · texte numérisé non relu

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fils de l’action. Dans Lucrèce Borgia il s'appelle Gubetta dans Marie Tudor, le juif hollandais ; dans Angelo, Homodei. Dans Quentin Durward, il se nomme Hayraddin, — « personnage singulier dont l’auteur aurait peut-être pu

tirer encore plus de parti », disait Hugo, en 1823, dans la

Muse Française, — dans Peveril du Pie, Ganlesse; dans Tvanhoë, Isaac ; ete., ete.

Néanmoins, Hugo ne se réclame plus de Scott. Il n’est: pas question du romancier écossais dans la lettre qu'il écrit à son éditeur, Gosselin, à propos de Notre-Dame de Paris, dans laquelle il distingue nettement entre la partie historique qui n’est qu’épisodique et la partie purement romanesque du roman, et montre combien celle-ci est plus importante que celle-là, en d’autres termes combien l’imagination prime l’érudition dans son ouvrage : « …. C’est une peinture de Paris au xve siècle et du xve à propos de Paris. Louis XT y figure dans un chapitre. C’est lui qui détermine le dénouement. Le livre n’a aucune prétention historique, si ce n’est de peindre peut-être avec quelque science et quelque conscience, mais uniquement par aperçus et par échappées, l’état des mœurs, des croyances, des lois, des arts, de la civilisation enfin, au xve siècle. Au reste, ce n’est pas là ce qui importe dans le livre. Sil a un mérite, c’est d’être œuvre d'imagination, de caprice et de fantaisie !. »

Le nom de Scott ne se trouve pas non plus dans la préface (datée mai 1833) d’une nouvelle édition de Han d’Islande qui paraît en 1833, — ce qui est encore plus significatif vu le caractère éminemment scottien de ce roman : Victor Hugo définit Han d'Islande en 1833, comme « un roman fantastique », représentant assez bien « l’époque de la vie à laquelle il à été écrit, et l’état particulier de l’âme, de limagination et du cœur dans l’adolescence, quand on est amoureux de son premier amour, quand on convertit en obstacles grandioses et poétiques les empêchements bourgeois de la vie, quand on à la tête pleine de fantaisies hé-

1. Victor Hugo raconté... éd. Nelson, t. IL, p. 363. Hugo dira plus tard, à propos de L'Homme qui rit, « Je n’ai jamais fait de drame ni de roman historique... » (Correspondance, lettre à Lacroix, déc. 1868).

roïques qui VOUS grandissent à vos propres yeux..., quand on à lu Dueray-Duminil à onze ans, Auguste Lafontaine à treize, Shakespeare à seize, échelle étrange et rapide qui vous fait passer brusquement dans vos affections littéraires, du niais au sentimental et du sentimental au sublime. »

Enfin, lorsque, en 1834, Victor Hugo réimprime dans Littérature et Philosophie mélées l’article de 1823, sur Quentin Durward, il y fait un changement important. Dans l’article de 1823, ilavait fait à Walter Scottun vague reproche : «… Voilà le genre dont sir Walter Scott à déjà donné tant d’excellents modèles : il n’a peut-être pas encore accepté franchement toutes les conditions de cette création ; mais s’il n’a pas jusqu'ici toujours atteint le but, il a du moins frayé le chemin. » Ce reproche, venant immédiatement après la définition du roman dramatique, semblait vouloir dire que Scott avait quelques-uns des défauts du romancier narrateur ou du romancier épistolaire, que ses personnages ne se peignaient pas toujours par eux-mêmes, qu’il ne donnait pas toujours place au « dialogue naturel », à «l’action véritable», etc.'. En 1834, Victor Hugo précise, et, à mon avis, change totalement le sens de sa critique : « Après le roman pittoresque, mais prosaïque de Walter Scott, il restera un autre roman à créer, plus beau et plus complet encore selon nous. C’est le roman à la fois drame et épopée, pittoresque et poétique, réel maïs idéal, vrai mais grand, qui enchâssera Walter Scott dans Homère *, » Victor Hugo ne se plaint donc plus que le roman de Scott ne soit pas assez dramatique, pittoresque, réel et vrai, mais qu’il ne soit pas assez épique, poétique, idéal et grand *.

4. Certes, lorsqu'on compare Bug-Jargal (écrit en 1825) et Han d'Islande (écrit en 4821-2) l'on découvre un renchérissement de l'élément dramatique et pittoresque. Bug-Jargal est beaucoup moins personnel, beaucoup moins lyrique, que Han d'Islande, qui est, en effet, l'œuvre d’un jeune homme amoureux et poète.

2. Lillérature et Philosophie mélées, pp. 251-2. Ce passage est entièrement nouveau. Cf. le passage de l'article de 4823 (remanié un peu en 1834) cité p. 17 à propos des « romans épiques de Scott ».

3. Il est significatif aussi qu’en 1834 Victor Hugo a le sentiment de remplir « un devoir de conscience » en plaçant Walter Scott très haut parmi les romanciers. Littérature et Philosophie mélées, p. 252.

À cette époque, Hugo se croit, évidemment, beaucoup plus près de Shakespeare que de Scott.

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