CHAPITRE II
Depuis Cromwell, l'écart qui séparait Hugo déjà en 1826 des partisans du drame historique s’est élargi ‘. Hugo à appris à l’école de Shakespeare, de Goethe et de Schiller, à «prendre les libertés de la poésie à l’égard de la réalité ? ». En outre, le « révolutionnaire » de 1830 s’est rapproché du « peuple » et en est venu à concevoir le drame comme « un perpétuel enseignement (moral) pour la foule” ». Son dessein n’est donc plus, en 1833, ce qu’il était en 1826, la peinture de mœurs pittoresques : le but qu’il se propose maintenant est plutôt de présenter une idée abstraite, de « poser largemeñt sur la scène, dans toute sa réalité terrible, ce formidable triangle qui apparaît si souvent dans l’histoire : une reine, un favori, un bourreau * ».
Il n’est pas difficile de savoir pourquoi Hugo à choisi l’Angleterre du xvIe siècle pour son drame.
Les annales italiennes du xvie siècle, qui avaient valu à Hugo, en février 1833, le plus grand succès théâtral qu’il eût connu jusqu'alors, n’étaient égalées, en fait d’horreurs, que par celles de l’Angieterre du xvI£ siècle. Amédée Pichot, dans son article sur Lucrèce Borgia *, lequel n’a peut-être pas été sans influence sur Hugo, avait comparé cette pièce aux drames de l’école shakespearienne,
1. Cf. Balzac. « … Entre la préface de Cromwell et le drame d'Hernani il ÿ à une distance énorme » (cit. Simon, notes d'Hernani, éd. Imp. Nat.).
2. Mot de Goethe, cité par Baldensperger (art. cité, Revue Lilt. Comp. janvier 1927.)