Dans le Ms.ces deux mentions sont marquées
Victor Hugo n’a pas consulté, comme il le dit, The History of the Reigns of Edward VI, Mary and Elisabeth, par Shawn Turner, cet ouvrage étant en anglais. Il est très douteux qu’il ait consulté les Æclaircissements de la Biographie et des Mœurs de l'Angleterre sous Henri VIII, Edouard VI, Marie, Elisabeth et Jacques 1°, par Edmund Lodge (Londres, 1791) : l'édition anglaise de 1791 se trouve à la Bibliothèque Nationale, mais aucune traduction française. Il est significatif, d’ailleurs, que, dans le ms. cette citation et celle de l’ouvrage anglais de Shawn Turner ne sont, ni l’une ni l’autre, de la main de Victor - Hugo.
Le Panégyrique de Marie, reine d’ Angleterre, par Abbadie, est un panégyrique de Marie, femme de Guillaume III, décédée à Kensington, le 28 décembre 1694 !
Enfin, il y a sur la liste, trois Peerages, un Almanach.', une Vue sur les Monnaies d'Angleterre, une Succession des
colonels anglais, — ouvrages qui n’ont, évidemment, qu’un rapport très lointain avec le règne de Marie Tudor. La liste se termine par l’avis suivant : « Consulter le
recueil exact et complet des dépêches de M. de Noaiïlles, ambassadeur de France en Angleterre sous Édouard VI et une partie du règne de Marie.» Voici comment débutent les Nouveaux Eclaircissements sur Marie, fille de Henri VIII, par le Père Griffet': « Monsieur, vous savez que l’histoire est un pays où l’on peut faire tous les jours de nouvelles découvertes. Le Recueil exact et complet des Dépêches de M. de Noailles, ambassadeur de France à la Cour d’Angleterre, sur la fin du règne d’Édouard VI et pendant une partie du règne de Marie, nous en fournit un exemple ED) Il n’a pas fallu à Victor Hugo de longues recherches pour découvrir combien « exact et complet » est le recueil des dépêches de M. de Noailles !
Donc, des vingt-sept ouvrages qu’il cite, Hugo n’en à certainement consulté que quatre ou cinq. La documentation de Marie Tudor, beaucoup plus rapide et plus res-
1. L'Etat de la Grande-Bretagne, par Jean Chamberlayne. Londres, 1737. 2. Griffet, Nouveaux Eclaircissements sur Marie Tudor, fille de Henri VII, adressés à M. David Hume. Paris, 1766, in-12, p. 1.
treinte que celle de Cromwell, à aussi un but différent : dans le peu de livres qu’il a lus sur le règne de Marie, Hugo ne semble avoir cherché que les moyens de donner à une conception foncièrement romanesque une apparence d’exactitude historique. Le mince volume de Griffet contient non seulement toute la partie historique, mais aussi la genèse de l'intrigue romanesque de Marie Tudor. C’est un ouvrage extrêmement intéressant et l’on conçoit facilement que Victor Hugo ait été attiré par ces tableaux de la cour de Marie auxquels l’auteur à su donner un caractère de réalisme et d’intimité qui manque aux ouvrages de Godwin et de Burnet. Le livre étant un plaidoyer en faveur de Marie, il est évident que Victor Hugo ne l’a pas suivi très fidèlement. Les notes qu’il y à prises, — et il l’a transcrit presque entièrement, — et qui sont reliées avec le manuscrit de Marie Tudor (f*° 130-139), éclairent d’une façon assez intéressante le travail de déformation auquel il à soumis son auteur. \
C’est en lisant Griffet que Hugo à eu l’idée de faire de Marie, à l'instar de l’Élisabeth de Scott, une amante délaissée qui abuse de sa puissance royale pour satisfaire sa jalousie. Plus de la moitiédes Nouveaux Eclaircissements sont consacrés à un examen de l’affaire Courtenay. D’après Hume, dit Griffet, Marie se serait éprise de Courtenay et le lui aurait laissé voir, mais Courtenay aurait négligé ces ouvertures et se serait attaché à Élisabeth dont la jeunesse, — elle avait seize ans de moins que Marie, — ia beauté, et l’esprit lui plaisaient mieux que la puissance de sa sœur ; Marie en aurait conçu le plus vif ressentiment, et les persécutions auxquelles Élisabeth et Courtenay furent soumis pendant son règne n'auraient été que les manifestations de sa jalousie.
Griffet avoue que cette interprétation est vraisemblable et séduisante : « c’est la matière d’un joli roman, dit-il,
c’est une intrigue propre à être mise au théâtre ; on n’y
voit rien qui ne soit dans la nature ‘. » Mais il tient à démontrer que la conduite de Marie à l'égard de Courtenay