‹ L'Angleterre Dans l'œuvre de Victor HugoChapitre 87 sur 202 · Ibid., p. 191 (sans date · texte numérisé non relu

Ibid., p. 191 (sans date

c’est que nous pouvons lâcher son peuple sur tout roi qui nous lâchera son armée. Une révolution combattra pour nous partout où nous le voudrons. — L’Angleterre seule est redoutable pour mille raisons. — Le ministère anglais nous fait bonne mine parce que nous avons inspiré au peuple anglais un enthousiasme qui pousse le gouvernement. Cependant Wellington sait par où nous prendre ; il nous entamera, l’heure venue, par Alger ou par la Belgique. Or nous devions chercher à nous lier de plus en plus étroitement avec la population anglaise pour tenir en respect son ministère ; et pour cela, envoyer en Angleterre un ambassadeur populaire, Benjamin Constant, par exemple, dont on eût dételé la voiture de Douvre à Londres avec douze cent mille Anglais en cortège. De cette façon, notre ambassadeur eût été le premier personnage d’Angleterre et qu’on juge le beau contre-coup qu’eût produit à Londres, à Manchester, à Birmingham, une déclaration de guerre à la France ! Planter l’idée française, dans le sol anglais, c’eût été grand et politique ‘.… »

Dans la préface des Feuilles d'Automne l'Angleterre est réprésentée comme la puissance qui fait de l'Irlande « un cimetière * ». Dans Marie Tudor, le despotisme d’une reine d'Angleterre est entravé par un ambassadeur étranger, appuyé sur le ressentiment d’un « peuple », que la reine persiste à traiter comme « canaille * ».

Dans les années suivantes, le bonapartisme de Victor Hugo, et par conséquent son anglophobie, ne fait que s’accroître. Voyageant en Belgique, en l'été de 1837, Hugo se souvient de Napoléon à Anvers, « ce pistolet que Napoléon voulait tenir toujors chargé sur le cœur de l’Angle-

4. Littérature et Philosophie mélées, pp. 183-4 (morceau daté « septembre 4830 »).

2, Cf. « Quand l'Irlande saignante expire sur sa croix... » Feuilles d’Automne, XL, nov. 1831.

3. Marie Tudor. Journée II, 4re partie, sc. 1x. Simond Renard, qui veut que Marie sacrifie son favori, dont le peuple réclame le supplice : « .… Cédez, Madame, pendant qu'il en est temps encore. Vous pouvez encore dire la canaille, dans une heure vous seriez obligée de dire le peuple ». Cf. le rôle que Victor Hugo aurait voulu voir tenir par un ambassadeur français en Angleterre (ci-dessus).

terre ‘ »; à Bruxelles, il ne veut pas visiter Waterloo : « J'ai jugé inutile de rendre cette visite à lord Wellington. Waterloo m'est plus odieux que Crécy. Ce n’est pas seulement la victoire de l’Europe sur la France, c’est le triomphe complet, absolu, éclatant, incontestable, définitif, souverain de la médiocrité sur le génie... J'irai voir Waterloo quand un souffle venu de France aura jeté bas ce lion flamand à qui saint Louis avait déjà arraché les ongles, les dents, la langue et la couronne, et aura posé sur son piédestal un oiseau français quelconque, aigle ou coq, peu m'importe. Je n’ignore pas que tout ce que j’écris ici pourrait se traduire en un couplet de facture, mais cela m'est égal. Albertus sait bien que j’ai tout un grand côté bête et patriote :.

L'amitié du duc et de la duchesse d'Orléans”, qui vaut bientôt à Victor Hugo ses potites entrées au pavillon de Marsan*, n’est nullement incompatible avec cette exaltation du bonapartisme. Le duc d'Orléans est dévoué aux principes dela Révolution de 1830 : il est libéral et ardemment bonapartiste, professe le culte de l’armée, et dit tout haut que le relèvement national comporte nécessairement la revanche de Waterloo et la conquête des frontières du Rhin *. En outre, son mariage avec une princesse allemande

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