‹ L'Angleterre Dans l'œuvre de Victor HugoChapitre 95 sur 202 · LE CARACTÈRE ANGLAIS JUGÉ PAR VICTOR HUGO · texte numérisé non relu

LE CARACTÈRE ANGLAIS JUGÉ PAR VICTOR HUGO

Il est important d’observer aussi que Victor Hugo, très soucigux de sa dignité et cérémonieux à la mode espagnole, ne voit pas d’un œil très favorable l'invasion des mœurs et des coutumes anglaises, qui est un des aspects les plus remarquables de la vie française, ou plutôt parisienne, sous la monarchie de Juillet *.

1. {cles et Paroles, Lt. I, discours sur les Ateliers nationaux, le 29 juin 1848.

2. Après 1830, la vicille aristocratic française, qui avait, sous la Restauration, mis un peu de dédain dans l'accueil qu'elle accordait aux Anglais, s'en va bouder à la campagne; et c'est désormais le Boulevard, et non le Faubourg, qui donne le ton. Les divertissements publics se substituent aux réceptions privées, et des institutions essentiellement anglaises, Jes clubs, les rouls, les courses de chevaux (« Je jockey anglais pullule à Paris », dit la Revue Brilannique en 1335), les combats de boxe, le tir aux pigeons etc., sont très fashionables. « La vie anglaise telle qu'elle existait de 1815 à 1820 a été adoptée par la population parisienne d’un certain rang », dit un journaliste anglais en 1835 (Rev. Brit., mars 1835). Les jeunes «lions » du Boulevard s’habillent à l'anglaise, fument des cigares, fréquentent le gymnase de Seymour, affectent le flegme et la morgue d'un milord, vont même jusqu'à se brunir les dents afin d’avoir un point de ressemblance de plus avec les véritables Anglais. Une foule de snobs angläis, réduits à des économies, s'installent à Paris, parce que l'étiquette ÿ étant moins exigeante, l’on y vil à meilleurs frais qu'à Londres. Les nouveaux riches anglais y accourent, sûrs de rencontrer partout, en qualité de riches étrangers, le meilleur accueil (Mae Trollope constate, en 1835, que la mode d'aller passer huit ou quinze jours à Paris est devenue très générale on Angleterre et que les Anglais

Victor Hugo trouve la plupart des modes anglaises ridicules et le caractère anglais, en général, très peu estimable : à propos de sa description du bateleur endormi qu’il voit un jour à Berne et qui le fait penser à « un lion en repos », il «supplie» son correspondant, Louis Boulanger, de «ne pas donner ici au mot lion le sens ridicule qu’on lui fait prendre à Paris depuis quelques années, mode déplorable et sotte, comme la plupart des modes anglaises * ». Hugo n’est pas hostile au dandysme vestimentaire : pour Jui, le costume fait partie de l’art ; seulement, « la mode, qui est la fantaisie sans la pensée, marche indifféremment en avant ou en arrière. [Il suffit, pour tout gâter, d’un niaïs riche et jeune fraîchement arrivé de Londres * ». Il se moque des Anglaises, qui voyagent en toilette*, et trouve leurs enfants « fort empanachés * ».

Mais ce qui lirrite surtout, c’est l’arrogance britannique. « Les enfants du Rhin, dit-il, sont charmants. Aucun d’eux n’a cette mine rogue et sévère des marmots anglais, par exemple. Les marmots allemands ont Pair indulgent comme de vieux curés. » (Le Rhin, I, 241). L’insolence lui semble un produit exclusivement anglais : « Quand nous retournerons ensemble à Boulogne, chère amie, écrit-il à sa femme, je ne te conduirai pas à l’hôtel du Nord. L'hôtel du Nord est une médiocre auberge à grand fracas, où l’on paie fort cher un maigre gîte et où les garçons sont d’une impudence rare. J’ai été indigné de leurs façons avec une famille de pauvres voyageurs fourvoyée là, laquelle, fort inquiète du haut prix probable des repas, s’ingéniait pour n’en faire qu’un par jour. Sur quoi, ricanements odieux des garçons. Je n’ai pu m'empêcher de les en très fort

viennent en France en nombre « prodigieux ». Paris el les Parisiens en 1835, trad. Cohen., Paris 1836, &. IJ, pp. 315, 329, etc.). Les excentriques anglais, buveurs, boxeurs, joueurs acharnés, font retentir Paris plus que jamais du fracas de leurs extravagances. (V. R. Boutet de Monvel, Les Anglais à Paris, 1800-1850, Paris 1911, pp. 164, 223, 224, 283, 286, etc.: et J. Boulenger : Sous Louis-Philippe : Les Dandys, Paris, 1932, pp. 35-56, 123-160, etc.).

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