ANVERS
emprisormés et que Jes émigrés seront fusillés, il sera facile de la ramener au pas de la République i ».
Les Anglais livraient donc leurs alliés, comme à Toulon.
Ce n'est pas tout : l'occasion de nuire à la défense et au commerce d'une ville telle qu'Anvers était trop belle pour la laisser échapper.
Le 23, les Anglais incendient les magasins militaires et détruisent tes munitions de guerre.
Puis ils emmènent tous les navires de commerce mouillés dans le port.
Enfin, ils rompent Tune des digues de l'Escaut et dévastent, en les inondant, trois lieues de pays, sous prétexte d'arrêter les progrès de l'armée républicaine, que cette mesure n'incommoda nullement. L'inondation était le moyen de défense le plus efficace que possédât la Hollande, mais elle entendait ne recourir à ce moyen que dans le cas de besoin extrême, une ruine certaine et complète devant en résulter pour la contrée. Elle l'avait repoussé, au début des opérations. Ses alliés ne la consultèrent point, et rompirent la digue, malgré leur intention bien arrêtée dé ne tenter aucune résistance armée.
Les détails de leurs méfaits sont consignés dans le Journal du canonnier Bricard*, récemment publié. Voici ce qu'il rapporte, à la date du 27 juillet.
« Le 9 thermidor (27 juillet), je fus à Anvers pour affaire de service. Je trouvai cette ville très agréable et très marchande. 1 Les habitants étaient très mécontents des Anglais qui avaient enlevé tous les bâtiments marchands dans Je port. A quelques lieues de là, était la pleine mer, où une flotte anglaise croisait devant le fort Lillo, occupé par les Français.
Je fus voir la citadelle, très considérable par sa position, sa construction et sa grandeur. Mais les ennemis avaient jugé à propos de l'abandonner après avoir détruit tous les approvisionnements, évacuant par mer le plus beau de leur artillerie, et obligés de jeter dans les fossés qui en étaient pleins, leur poudre et leur fer coulé. Par maladresse, ils avaient mis le feu à un de leurs magasins à poudre; l'explosion fut terrible et causa la mort d'un
1. Le Républicain français, n* 613, 11 thermidor (29 juillet).
2. Journal du canonnier Bricard (1792-1802), publié pour la première fois par Lorédan Larchey (Paris, Delagrave, 1891).